L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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lord Lovât, « cet homme qui, suivant l'expression très-heureuse du peintre, vécut comme un brigand
et mourut en Romain ». Hogarth le rencontra à Saint-Alban; on le conduisait à la Tour de Londres d'où
il ne devait sortir que pour monter sur l'échafaud et faire une si belle mort. Le prisonnier ne pouvait
avoir aucune illusion sur le sort qui l'attendait; cependant il conservait une figure sereine, il accueillit
avec bienveillance l'artiste qui avait sollicité et obtenu l'honneur de lui être présenté. Ainsi que le roi il
ne demanda point « qu'est-ce que Hogarth? » Le lord écossais l'embrassa. Songeant peut-être avec un
secret frémissement à la tâche du bourreau, le peintre remarqua que Simon lord Lovât avait les muscles
du cou énormes. Le prisonnier posa avec un calme parfait, l'artiste exécuta vin beau dessin qu'il se hâta
de graver et un éditeur lui acheta la planche au poids de l'or. Il se trouva avoir fait une excellente
opération ; durant plusieurs semaines, quoique la presse fonctionnât jour et nuit, l'heureux spéculateur
ne put arriver à satisfaire à toutes les demandes qui lui furent adressées.

Puisque nous parlons portraits, disons qu'Hogarth en exécuta un grand nombre. Il faut citer celui
de Fielding, son ami, fait de mémoire avec l'aide d'une silhouette découpée ; celui d'Henri Fox, de lord
Holland, de Hunt, etc. Hogarth. se peignit deux fois, la première à demi-corps, avec son chien en dehors
du cadre; dans son second portrait de 1758, il s'est représenté assis, vu de profil, avec un bonnet sur la
tète, et on lit au bas « W. Hogarth serjeant painter to her Majesty. » Ces deux peintures, un peu lourdes
de dessin, sont touchées d'un pinceau ferme et libre. Hogarth a donné aussi le portrait de trois hommes
méprisables avec qui il eut de longues querelles, le directeur de théâtre Heidegger, le plus laid et le plus
riche des particuliers de son temps; John Wilkes, le faux tribun dont le masque trahit l'âme, et le
renégat C. Churchill qu'il représente sous les traits d'un Hercule russe.

Nous ne disons rien de la grande peinture de Hogarth, ni de « Sigismunda », ni de « Moïse présenté
à la fille de Pharaon », ni de « Danaë », ni du « bon Samaritain »; tentatives impuissantes et malheu-
reuses. A ces toiles de vaste ordonnance, nous préférons la simple caricature des « Cinq ordres de per-
ruques au couronnement de Georges III », qu'il exécuta en 1758.

Un plus grand malheur arriva à Hogarth que de ne point réussir dans les grandes machines; lui aussi
il voulut être écrivain, et lui, le plus individuel de tous les peintres, devenir régent et chef d'école!
En 17^3, avec l'aide de quelques amis qui retouchèrent son style et firent pour lui ce que Voltaire faisait
à Potsdam, il publia « l'Analyse de la Beauté » et il y joignit des planches pour faire mieux concevoir
ses idées et son système. Horace Walpole nous semble avoir sévèrement mais judicieusement apprécié
cet ouvrage.

« Ce livre, dit-il, est l'erreur d'un visionnaire si aveuglé sur ses défauts qu'il s'imagine avoir
trouvé le principe de la grâce et qui crie avec enthousiasme : « Eurêka! » La fameuse ligne de
beauté est la base de son « Analyse ». L'ouvrage contient assurément des observations judicieuses,
des aperçus sensés, mais il ne saurait convaincre, et, comme Hogarth avait flagellé ses contemporains,
ils le ridiculisèrent à leur tour. » Ils se moquèrent de lui lorsqu'ils le virent donner comme archétype
de la beauté la ligne ondoyante figurée par la lettre S.

Mais à ce sujet il arriva, douze ans après, une chose singulière : nous avons vu Diderot
défendre à Hogarth de toucher à une plume. Eh bien! sans le nommer, ce qui est mal, voilà Diderot qui
adopte le système du peintre anglais : écoutez les termes dont il se sert, en 1665, en appréciant un
paysage de Lautherbourg : » La pyramide est plus belle que le cône, qui est simple, mais sans variété.
La ligne droite brisée plaît plus que la ligne droite, la ligne circulaire plus que la droite brisée,
l'ovale que la circulaire, la serpentine que l'ovale. » Art des grands maîtres, à quel point vous ravalent
ces bizarres paradoxes et que devenez-vous lorsque le peintre anglais écrit bravement : « La conve-
nance, la variété, l'uniformité, la simplicité, la complication, la quantité, contribuent toutes à produire
la beauté en se corrigeant, en se fortifiant mutuellement selon qu'il est besoin... »

Cependant Hogarth devenait vieux, il avait beaucoup travaillé; depuis de longues années il
habitait dans Lambeth-Terrace une maison où il avait planté un cep de vigne qui verdissait encore
il y a quelques printemps. S'amusant à sculpter, il s'était plu à décorer de ses mains la façade de sa
demeure d'un buste de Van Dyck taillé dans un bloc de liège; le soleil, la pluie, la gelée, l'ayant
détérioré, il le remplaça par un autre buste du même peintre qu'il avait modelé en terre et qui périt
à son tour; alors la niche fut occupée par l'image d'Isaac Newton.
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