L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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DE LA MISE EN SCENE.

Souffrant et sentant ses forces diminuer, Hogarth s'était établi dans une campagne à Chiswick;
là, secondé par quelques graveurs, il passait son temps à retoucher et à raviver ses planches. Éprouvant
un plus vif malaise le 25 octobre 1764, il voulut revenir à Lambeth-Terrace; il mangea, le lende-
main, avec appétit sa livre de beefsteak habituel; le soir il était mort de la rupture d'un anévrisme.

Hogarth avait une taille au-dessus de la moyenne, son œil était clair, pétillant d'intelli-
gence; son front haut, bombé, semblait pensif, et sur le sourcil il portait une cicatrice qu'il
dérobait sous son chapeau. D'humeur franche et joyeuse, excellent camarade, plutôt orgueilleux
ou fier que vaniteux, souvent distrait au point d'inquiéter sa femme lorsqu'il sortait seul, il
aimait chaudement et haïssait de même. Il parlait avec une facilité remarquable et l'ironie
plissait ses lèvres, mais jamais il n'attaquait les absents. Fils respectueux, frère excellent, il aida
toujours ses deux sœurs qui, restées filles, s'étaient établies lingères. Il rendit sa femme heureuse;
mais quoiqu'il eût gagné des sommes considérables, il ne lui laissa pour toute fortune que ses plan-
ches. Tant que l'œuvre d'Hogarth fut couverte par le bill du Parlement, la veuve vécut à l'aise, mais
lorsque le privilège cessa, il n'en fut plus de môme. Elle n'avait point eu d'enfants, elle était fort
vieille. La Royal Acadcmy s'honora en lui faisant une pension de 40 livres sterling. Elle mourut
après un long veuvage, justement fière du nom qu'elle portait.

Le corps d'Hogarth avait été déposé à Chiswick, sous une pyramide portant la date de sa
naissance, celle de sa mort, des vers de son ami Garrick, et des attributs de l'art dans lequel,
malgré ses défauts et par ses défauts mêmes, il avait excellé.

A. Genevay.

DE LA MISE EN SCÈNE

Les Merveilleuses étaient tombées l'an dernier; la Haine n'a pas eu, cette année, une fortune plus
heureuse. Tombées n'est peut-être pas le mot propre. Une pièce signée du nom de Sardou ne tombe
pas. Il faut bien avouer cependant que l'une et l'autre œuvre n'ont pas obtenu le succès que l'on s'en
était promis. Il a fallu les retirer, après un petit nombre de représentations, pour cette raison fort
simple, qu'elles ne faisaient point les frais. L'auteur en est convenu lui-même.

Il en a témoigné quelque surprise, et son étonnement a été partagé par bon nombre d'amateurs
de théâtre. Leur raisonnement était fort simple et il paraissait excellent. Le public, se disaient-ils,
n'aime plus guère, dans un spectacle, que le décor, la mise en scène et le costume, et la preuve en
est que toutes les féeries, pourvu qu'elles soient montées avec luxe, font salle comble et poussent
aisément jusqu'à la trois-centième représentation. Dieu sait pourtant si les féeries valent la peine
d'être écoutées! Le texte en est la plupart du temps idiot, les plaisanteries surannées, les couplets
ridicules. Personne ne s'en émeut ni ne s'en scandalise; on va là uniquement pour le plaisir des yeux.
C'est le goût du jour, à plus forte raison devra-t-on se plaire à une pièce qui, déployant les mêmes
magnificences, donnera par-dessus le marché quelque satisfaction à l'esprit. Si la Biche au bois ou le
Pied de mouton attirent durant six mois, tous les soirs, une affluence si considérable, que ne fera pas
une véritable œuvre de théâtre, drame ou comédie, où la mise en scène, tout en réjouissant les yeux,
parlera encore à l'imagination, éveillera des souvenirs historiques, fournira des sujets de comparaison
et d'études?

Cette argumentation semblait inattaquable. Comment se fait-il que l'événement l'ait trompée? que
le public récalcitrant ait continué de courir au Tour du Monde en 80 jours, qui n'est qu'une féerie
déguisée, sous un autre nom, et qu'il ait obstinément tourné le dos à la Haine, comme il avait fait jadis
aux Merveilleuses?

C'est que le public a, lui aussi, sa logique, une logique secrète dont il ne se rend pas compte, mais
qui, pour être instinctive, n'en est pas moins sûre.
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