L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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Ce ne fut qu'en 1836 qu'il parvint à finir un tableau, YÉpisode de la campagne de Russie. Ce
tableau eut un grand succès et le méritait. Il est aujourd'hui placé dans une salle obscure du musée
de Lyon ; mais ce qu'on en peut voir suffit pour faire comprendre l'impression qu'il fit sur le public
lors de son apparition. Sur une immense plaine de neige, à travers le demi-jour d'une brume glacée, se
dîroule une longue file de malheureux qui se traînent la tète basse, condamnés à tomber les uns après
les autres avant de voir la fin de cette horrible steppe. Il est difficile de rien imaginer de plus triste,
de plus morne.

Charlet, suivant son habitude, fit bon marché de son triomphe. Il écrit à un de ses amis : « Les
journaux vous ont peut-être appris mon début au Salon de 1836. Tableau peu terminé; j'avais peur.
Couleur assez bonne, bonne môme; le tout sévère et énergique, dit-on. Je laisse dire pour ou contre,
m'inquiétant peu de l'un ou l'autre. » Au fond, il s'en inquiétait plus que cela. Nous en avons la preuve
dans une lettre de sa femme : « Pendant que mon mari faisait son tableau, écrit M1"" Charlet, il était fort
triste. Il a passé bien des nuits sans sommeil, me disant : « ce malheureux tableau n'est pas ce que je
« voudrais. » Plus il avançait, plus son découragement augmentait. Il était vraiment à plaindre, et tous
mes efforts pour lui donner du courage étaient inutiles. « Non, disait-il, je ne suis pas content, et plus
« je vais, plus je suis inquiet. Comprends-tu, ma mère (c'était son nom d'amitié), combien il me sera
« pénible d'entendre dire et écrire : « Pourquoi Charlet veut-il faire de la peinture ? Il devait s'en tenir
« à ses lithographies. » Mon cœur se brise à une idée pareille. Pardonne-moi de t'affliger, mais je suis
« tout à fait découragé. » Rien ne pouvait le distraire de ces tristes pensées. Arrive enfin l'ouverture du
Salon; mon pauvre mari n'eut pas la force de sortir de la maison. Il avait l'air d'un coupable qui attend
sa condamnation... Un de nos amis vint bientôt nous dire que non-seulement le tableau avait été
admis, mais que le premier effet avait été favorable. Les yeux de Charlet se remplirent de larmes, et
m'embrassant : « Mon Dieu, dit-il, je vous remercie! »

Ce triomphe l'encouragea à continuer dans la même voie. En 1837 il fit, pour le musée de
Versailles, le Passage du Rhin par le général Moreau (24 juin 1796); et, en 1843, un Convoi de blessés
faisant halte dans un ravin. Mais il ne retrouva pas le même succès que la première fois.

Il lui était poussé en même temps une autre ambition, assez étrange dans une tête comme la
sienne, celle d'être de l'Institut. Le 10 décembre 1836, il sollicita la place que laissait vacante la mort
de Carie Vernet. On en rit longtemps à l'Institut1.

Eugène Véron.

(La sitite au prochain numéro.)

DE LA MISE EN SCÈNE".

IL

Vous connaissez le proverbe :

Laissez-leur prendre un pied chez vous,
Us en auront bientôt pris quatre.

Ce que M. Cousin, parlant de philosophie, traduisait en langage noble :

« On ne fait pas au scepticisme sa part; sitôt qu'on lui a donné accès dans l'âme humaine, il
l'envahit tout entière. »

Eh bien! il paraît qu'on ne fait pas davantage sa part à la mise en scène. Le nouveau système
eut ce grave inconvénient de lui ouvrir un compte dans le succès des pièces de théâtre. Jusqu'à ce

t. Les croquis de Charlet que nous reproduisons dans cet article sont tirés d'un recueil de cinquante-deux dessins, précédés d'une
introduction par Charlet, intitulé U Plume. Ce recueil appartient à M. Leconte, marchand d'estampes, y, boulevard des Italiens.
2. Voir page 181.
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