L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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NICOLAS-TOUSSAINT CHARLET

(FIN

Charlet et ses amis s'en vengèrent en criblant l'Institut des sarcasmes ordinaires. Cela prouvait
simplement que les amis de Charlet, non plus que Charlet lui-même, ne se rendaient compte de
ce qu'est nécessairement l'Institut.

Quoi qu'on fasse et « quoi qu'on dû », une compagnie qui se compose d'hommes arrives, et
qui se recrute elle-même se considérera toujours comme une aristocratie spécialement chargée de
veiller au maintien des saines traditions, c'est-à-dire des traditions consacrées. Par son institution
même l'Académie des beaux-arts n'e:;t et ne peut être autre chose qu'un sénat conservateur. Là
est son rôle et sa raison d'être. Qu'on approuve ou qu'on blâme, peu importe, cela ne changera
rien à la logique des choses. On peut concevoir qu'il n'y ait pas d'Institut, mais tant qu'il y en
aura un, il sera ce qu'il est, le représentant de la règle et de l'autorité, et il continuera à repousser
ceux qui, après avoir recherché les acclamations populaires en dehors de lui et de ses enseignements,
prétendront ensuite s'imposer à lui et le forcer à renier ses propres doctrines. Tant pis pour les
fantaisistes qui se refusent à le comprendre, et qui, après avoir vécu en irréguliers, aspirent aux
bénéfices de la discipline. Quand on n'a pas voulu être académique, il ne faut pas vouloir être
académicien.

Pour consoler Charlet de cet échec, le gouvernement, au commencement de 1838, le promut
au grade d'officier de la Légion d'honneur, et, à la fin de la même année, le nomma professeur de
dessin à l'École polytechnique.

Ce choix était excellent, car non-seulement Charlet était un très-habile dessinateur, mais
il avait sur l'enseignement du dessin une théorie particulière, à la fois très-simple et très-féconde,
qu'il a lui-même exjDosée à plusieurs reprises et que nous résumerons tout à l'heure.

Il est douteux cependant que ce soit uniquement la supériorité de sa méthode qui ait
déterminé le choix qu'on fit de lui. En fait, cette méthode était inconnue, puisque le traité de la
Plume, où elle est exposée pour la première fois, ne fut écrit et imprimé qu'en 1839, et d'ailleurs
on sait bien que ce ne sont pas là les considérations qui guident les gouvernements. La vraie raison,
c'est que, après avoir été longtemps méconnu, Charlet était devenu très-populaire. Cette popularité
même tenait à des causes plus politiques qu'artistiques, qu'il importe d'expliquer en quelques mots
pour faire bien comprendre la situation toute particulière que l'opinion publique avait faite à
Charlet.

Dans les dernières années de l'Empire, la paix était devenue pour tout le monde un besoin
impérieux. La France était lasse de tenir seule tète à toute l'Europe. Les désastres répétés de 1812
et de 1813 ne permettaient plus d'espérer qu'on pût longtemps soutenir cette lutte inégale. On en
était venu à enrôler des enfants de dix-sej>t à dix-huit ans et il n'y avait guère de famille qui ne se
trouvât atteinte par cette effroyable consommation d'hommes. Les documents qui datent de cette
époque ne laissent aucun doute sur les sentiments de lassitude et d'irritation qui commençaient à
se produire dans les âmes, et qui, en plus d'une circonstance, se manifestaient soit par la fuite ou
par la résistance des jeunes gens qu'on appelait à l'armée pour combler les vides des guerres
incessantes, soit par la complicité presque ouverte des populations à cacher et à protéger les
réfractaires.

Les gouvernements qui succédèrent à l'Empire purent donc de très-bonne foi croire que le meilleur
moyen de mériter la reconnaissance de la nation était de lui assurer cette paix si ardemment
désirée. Mais ils furent victimes d'un malentendu. La France aspirait à la paix, mais elle ne voulait

1. Voir page 193.

Tome I.

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