L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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l'aspect ou l'ensemble d'un arbre. J'ai laissé les détails pour ne prendre que ce qui doit d'abord fixer
l'attention : i° la silhouette générale ou galbe, le jet, le mouvement, les masses; 2° l'effet pris
dans son grand aspect, le côté noir et le côté blanc. Le reste n'est que du plus ou du moins de noir
et de clair, toujours subordonné au grand aspect, à l'effet général qu'il ne doit ni absorber ni détruire ;
je n'ai donc fait qu'exprimer ce premier aspect dans plusieurs numéros, évitant de les avancer et
terminer davantage, afin d'en faire mieux sortir le principe... On se jette toujours trop tôt sur les
détails, c'est l'ensemble qu'il faut avant tout. L'ensemble!... hors l'ensemble point de salut.

« La manie, la soif des détails est une véritable maladie dans les arts; elle ne mène qu'aux
petites choses. On fait de très-grandes petites choses. Pourquoi? Parce qu'il y a peu d'hommes à
talent large et fort qui résistent à la mode. On lui cède, on cherche même à la contenter...

« 11 faut sacrifier à propos au grand aspect, à la grande tournure. Donc que vous fassiez un
cheval, un homme, un chien, un arbre ou tel objet que vous voudrez : voyez d'abord la silhouette, les
lignes, les masses. »

C'est un précepte sur lequel il ne tarit pas, c'est le fond de son enseignement comme c'est le
caractère de son talent, c'est la règle qu'il applique à tout.

« Dans une tète par exemple, dit-il, il faut qu'au premier aspect vous saisissiez son caractère, i a
grande construction, ses lignes. Dans une tète deux parties se disputent la possession : la partie
pensante et la partie masticante. Dans l'une, c'est la partie supérieure qui domine; dans l'autre, c'est
la partie inférieure. »

Cette question de la simplification de l'enseignement du dessin par une méthode plus rationnelle
que celle qui dominait alors était devenue la préoccupation de Charlet. J'extrais les lignes suivantes
d'une note écrite par lui, on ne sait quand, qu'on a retrouvée dans ses papiers : « Pour bâtir il faut
d'abord examiner le terrain sur lequel on veut construire et faire la construction en raison de sa
destination. Je veux élever ici une chose utile et à peu de frais d'exécution : donc je dois chercher la
simplicité. Je veux tâcher de rendre fructueuses le peu d'heures que les élèves de l'Lcole poly-
technique peuvent consacrer à l'étude du dessin; donc je dois débarrasser cette étude de ses super-
fluités ; je dois chercher les moyens les plus prompts et les plus simples pour diminuer la difficulté
de l'exécution en multipliant la production, c'est-à-dire faire pratiquer beaucoup par des moyens
rapides, afin d'exercer l'œil et le jugement... On fait perdre aux jeunes gens un temps précieux dans
des choses puériles; on leur fait cribler de hachures des tètes d'étude sur lesquelles ils passent des
mois entiers, parce que les chefs d'institution ont besoin de frapper et de charmer les regards des
parents par une exhibition de magnifiques dessins plus ou moins bien grenés, égrenés et hachurés,
d'un fini doux et précieux. »

Charlet avait eu un moment l'intention d'écrire un petit manuel des différents procédés de
peinture. Il n'en a jamais terminé que quelques pages: partout il s'inspire du même principe :
recherche des masses et de l'aspect, subordination des détails. Pour lui tout est là et sa pratique a
été de tout temps en parfaite conformité avec sa théorie. Qu'on examine ses dessins les moins
achevés, ceux surtout où figurent des soldats et des enfants : on verra que d'instinct il allait en
toutes choses au trait essentiel et distinctif; du premier regard, sans le chercher, il saisissait le type
et le rendait en deux coups de crayon. C'est ce discernement de la ligne essentielle qui fait les
grands dessinateurs et les artistes aimés de la foule. Mais ce discernement est surtout un don
de nature; c'est parce que Charlet le possédait de naissance, qu'il a été amené à en faire la base de
son enseignement. Quelque confiance cependant qu'il eût dans sa méthode, il ne s'est jamais fait
l'illusion de croire qu'elle pût par elle seule suffire à faire des artistes. Il y a des esprits amoureux de
la complication, incapables de simplifier, de résumer, de coordonner et qui par cela même sont pré-
destinés à se perdre dans le détail. C'est là une infirmité naturelle, contre laquelle aucun précepte
ne peut prévaloir. Charlet le savait mieux que personne.

Il comprenait aussi très-nettement que l'art consiste essentiellement dans l'expression d'une
pensée ou d'un sentiment personnel, et que, quand ce but est atteint, le reste n'est que remplissage
et vanité. « Dans les arts, écrivait-il, il y a deux classes de productions bien distinctes : l'une où
l'œil et la main seuls ont part, et l'autre où la tète et le cœur dirigent et parlent. » Il disait encore
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