L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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LOUIS BOULANGER. "5

Moine, Célestin Nanteuil, d'autres encore ont détruit, sous les coups éclatants de leurs succès, la
vieille et impuissante école de l'Empire, sans avoir la force de volonté et la tenue d'idées suffisantes
pour parvenir à s'asseoir à sa place. Ils ont révolutionné l'art, mais ils n'ont pas su le gouverner.

Louis Boulanger offre aux historiens de la peinture une des figures les plus intéressantes de
cette période si curieuse à étudier. Le caractère principal de l'école romantique gît en l'introduction
qu'elle a faite de l'esprit littéraire dans les beaux-arts.

Louis Boulanger fut, par excellence, le peintre poète et le peintre des poètes. Toutes les formes
du beau lui étaient familières et chères. Son admiration, si facile à exciter quand l'expression de
l'art prenait le chemin de la passion pour arriver à son cœur, se partageait également entre
Shakespeare et Titien, Dante et Rubens, Victor Hugo et Eugène Delacroix.

Le matin, il peignait le Supplies de Ma\eppa, la Mort de Bailly ou le Triomphe de Pétrarque ;
le soir venu, il déposait la brosse inspirée par le génie des plus fougueux coloristes de Venise ou
d'Anvers et il empruntait la plume du poëte pour répondre à quelque appel amical de Victor Hugo,
de Théophile Gautier, de Sainte-Beuve, d'Alexandre Dumas ; ou bien, saisissant d'une main ferme le
burin de l'histoire, il écrivait pour l'Artiste, de Ricourt, ou pour la Repue de Paris, de Bohaire, quelque
page émue et colorée sur les maîtres de la Renaissance. Pourquoi résisterions-nous au plaisir de citer
quelques-uns de ses vers? Ils expliquent les tendances de son art; ils éclairent la nature de son
talent, le caractère de sa peinture; ils justifient certaines circonstances de ses convictions et même
quelques rares et intempestifs retours de son idéal aux principes puisés dans les leçons de l'école
académique où il fut élevé. Car, on ne saurait trop le faire ressortir, Louis Boulanger fut exception-
nellement le peintre littéraire de l'école moderne.

Comme un plongeur, battu par la vague écumante,
Cherchant avec effort la perle au fond des mers,
Lutte et, vainqueur, chargé de sa proie éclatante,
Reparaît souriant sur les gouffres amers;

De même après avoir longtemps, dans la nuit sombre,
Poursuivi le doux bien où tendait mon essor,
Triomphant, radieux, je m'élance de l'ombre
Portant au cœur l'amour, ineffable trésor !

Cet esprit si profondément imbu de l'inspiration poétique, si délicatement façonné à la forme litté-
raire, devait trouver un accès facile et un accueil fraternel dans cette rare pléiade de poètes qui a jeté
un si vif éclat sur la littérature de 1830.

Victor Hugo, Sainte-Beuve, Théophile Gautier, Brizeux, Fontaney, Alfred de Vigny virent en lui
le peintre-né que l'art nouveau semblait susciter pour illustrer leur inspiration, vulgariser leur pensée
et donner une forme palpable aux créations de leur génie. Ils l'adoptèrent comme un des leurs et son
nom répété dans leurs vers fut salué, à chaque ouverture d'un Salon nouveau, par les acclamations
de la foule.

Et comment la foule n'aurait-elle pas applaudi ce peintre favorisé du ciel, que proclamait le poëte
et dont il déplorait l'absence dans cette pièce incomparable des Feuilles d'automne, adressée à Sainte-
Beuve et Louis Boulanger? Pouvait-elle ne pas croire qu'il était un grand peintre celui à qui Victor
Hugo lui-même écrivait ainsi :

Amis, mes deux amis, mon peintre, mon poëce !
Vous me manquez toujours, et mon âme inquiète

Vous redemande ici.
Des deux amis, si chers à ma lyre engourdie,
Pas un ne m'est resté. Je t'en veux, Normandie,

De me les prendre ainsi.

TCME I.

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