L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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timètres; le saint s'appuie sur la jambe gauche et a la tête légè-
rement tournée vers la gauche ; la main gauche, à la hauteur de
la hanche, soutient et presse un rayon de miel dont le suc tombe
dans une petite corne que, de la main droite, il porte à ses
lèvres. Une courroie de cuir, passée en bandoulière sur l'épaule
gauche, soutient une peau d'agneau qui ceint ses flancs et tombe
gracieusement, derrière la jambe gauche, sur le tronc d'arbre qui
lui sert de soutien. La calotte du crâne est rapportée.

Le propriétaire de la statue a convoqué un jury d'artistes
pour l'examiner et donner leur avis sur cette hypothèse qu'elle
est l'œuvre de Michel-Ange. Ce jury était composé des profes-
seurs Enrico Pollastrini, Stefano Ussi, Emilio Burci, et de
MM. Ulisse Cambi, Giovanni Paganucci et Fuller.

Ces messieurs ont été de l'avis de M. Salvino Salvini, profes-
seur de sculpture à l'Académie des beaux-arts de Pise, qui, le
premier, avait vu la statue et avait déclaré que c'était là le Saint
Jean fait par Michel-Ange pour Laurent de Médicis.

Vasari et Condivi, qui parlent de cette statue, disent qu'elle
fut sculptée lorsque Michel-Ange, de retour de Bologne, n'avait
encore que vingt et un ans.

Les membres du jury, qui font tous partie de l'Académie des
beaux-arts de Florence, ont émis un verdict qui nous semble
s'appuyer sur des considérations fort justes et fort rationnelles,
et ils demandent, en terminant, que les connaisseurs et les ama-
teurs de beaux-arts aillent voir cette statue pour discuter et
confirmer leur verdict.

— Le célèbre fondeur toscan, Clementi Papi, qui avait re-
trouvé le secret des anciens maîtres et avait réussi à couler en
bronze des statues colossales d'un seul jet, est mort il y a quel-
ques jours à f lorence. Une de ses œuvres les plus importantes
est le monument de Cavour à Milan. On craint que bien des
.secrets de sa fabrication n'aient disparu avec lui.

Russie. — On va fonder à Saint-Pétersbourg un Musée
national. Un concours est ouvert pour la construction de l'édifice.

COROT ET LA PRESSE ANGLAISE

Le talent du grand peintre que la France vient de perdre a
été parfois singulièrement jugé, notamment à l'étranger.

Nous citions dernièrement une lettre adressée au Times par
un amateur anglais à propos de la mort de Millet. Le correspon-
dant, homme entendu pourtant et plein de sympathie pour le
peintre des paysans, n'avait qu'une médiocre estime pour Corot.
Il opposait Millet au trio des « réalistes quand même i>, le trio
Courbet-Manet-Corot! Courbet, Manet, Corot, singulière asso-
ciation ! Trois noms et trois notes qui forment, non pas un accord
parfait, mais une violente dissonance. Courbet, le réalisme maté-
rialiste et sensuel, Manet, l'école de la tache de couleur, la tache
pour la tache. Et Corot? Exactement le contraire de l'un et de
l'autre; la poésie intime dans l'observation du monde extérieur,
l'idéalisme dans le naturalisme. Le Times, revenant sur cette appré-
ciation dans sa notice sur Corot, considère surtout cet artiste
comme un peintre d'histoire, et le compare à Delacroix.

M. Frédéric Wedmore, dans YAcademy, n'admet pas cette
comparaison, quelle que soit l'importance des peintures histo-
riques de Corot. Il fait remarquer que dans ces œuvres l'élément
historique est subordonné au paysage et à l'impression, et qu'avec
le temps ce qu'il appelle l'impression domina tout. Voici com-
ment ce critique caractérise le talent si personnel de l'illustre
paysagiste :

« Comme peintre de paysage, Corot fut unique en son genre;
il ne suivit aucune école; c'est à peine s'il en fonda une; il fut
Corot. L'école moderne du paysage français dans ses manifesta-
tions les plus puissantes et les plus célèbres dérive de Constable
et de l'exposition de quelques-unes de ses œuvres à Paris. Mais
rien n'est plus éloigné du génie volontaire et emphatique de

Constable [décisive and emphatic) que le génie de Corot, qui se
plonge, au risque de se perdre, et néanmoins se retrouve, au milieu
des complications les plus subtiles d'effets aériens et dans les raffi-
nements du sentiment de la nature, auxquels le grand artiste
anglais était étranger. Corot était avant tout un poëte et la brosse
était son moyen d'expression. Son œuvre, comme toute œuvre de
sentiment tendre et délicat, s'empare peu à peu de vous. C'est seule-
ment par gradation que vous parvenez à lire son écriture et à péné-
trer sa pensée personnelle. Pendant des années on grommelait
devant ses peintures, se plaignant de ce qu'elles ne fussent pas finies ;
et il se peut en effet que parfois il ait cru déterminer une impres-
sion, alors qu'il n'avait fait que l'indiquer vaguement. Mais en
général il savait ce qu'il faisait, il s'arrêtait à temps, il avait raison
de ne pas pousser plus loin son travail. Nombre de ses paysages,
peuplés de bergers et de nymphes, ne sauraient avoir été conçus
comme des paysages pris sur le fait, conformes à la géologie et à
h botanique, mais comme des paysages d'imagination, comme des
rêves que le peintre caressait à ses heures. Clairs de lune, calme
du crépuscule, fraîcheur du matin, brouillards tremblants au-
dessus des rivières, bourgeonnement des arbres au printemps, il
a peint tout cela avec un sentiment avec lequel aucun artiste
vivant n'a été près de rivaliser. Et pendant cinquante ans, sans
défaillance, il a gardé les précieuses facultés dont il était doué. »

L'article de VAthenaum} plus complet comme notice nécrolo-
gique et biographique, est conçu dans le même esprit.

On trouvera peut-être que ces appréciations, bien que trés-
justes à un point de vue, forcent un peu la nuance de l'imagina-
tion et de la rêverie au détriment de la réalité, dont Corot savait
très-bien s'emparer, à sa manière.

NÉCROLOGIE

M. J. Laugicr, graveur de talent, est décédé à Argen-
teuil. Parmi ses œuvres les plus remarquables, il faut citer
les Pestiférés de Jaffa, d'après Gros; le Zéphir. de Pru-
dhon; le portrait en pied de lFashington; d'après Cogniet;
la Belle Jardinière, de Raphaël; la Sainte Anne, de Léonard

de Vinci; le portrait de Napoléon; Léonidas aux Thermo-
pylcs. d'après David. Laugier était né en 1785.

— On annonce également la mort de M™ Yictorine de
Tréverret, peintre très-distingué de la manufacture de
Sèvres.

Erratum — A la page 205, unc erreur typographique attribue au xvc siècle la statue d'Auguste le Fort, qui est du xvm'.

L'Adminùtraleur-Girant, HIPPOLYTE HEYMANN.
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