L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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décisifs, insister sur ceux-là, sacrifier le reste ; n'est-ce pas et ne sera-ce pas désormais toute son
esthétique ? On sait les attaques qu'a values à Corot cette exécution résumée. Mais comme ces résu-
més sont complets dans leur concision ! Comme ils en disent plus long que les inventaires, détail à
détail, des peintres les plus méticuleux! Il en est de ces résumés de Corot comme de ces croquis en
quatre coups de crayon, où l'on retrouve mieux le type, le caractère, l'allure du personnage, que dans
toutes les photographies imaginables ; en supprimant les détails inutiles, ils dégagent d'emblée la vraie
physionomie ; ils font mieux que de la copier et de la reproduire seulement : ils l'expliquent. Ainsi
des paysages de Corot. Ajoutons que sa négligence apparente, ce vague dans lequel il laisse le parti-
culier et 1 insignifiant, cette indécision qui colère les observateurs superficiels, lui sert à merveille à
rendre l'indécision même de la nature, où pas un coin ne se ressemble à lui-même pendant cinq

En Picardie.

Tableau de Corot; dessin d'Edmond Yon, gravure de Joliet. (Collection de M. Lefebvre de Roubaix.)

minutes. Le feuillage remue, le vent souffle, le rayon s'allonge ou décroît, le ciel roule ses nuages
comme des vagues ; le même site, en une journée, prend cinquante visages différents. Ces changements
à vue, il semble qu'on les voit aussi s'opérer dans les toiles de Corot. Sa forme flottante semble toujours
en mouvement. Plus écrite, elle serait immobile.

Corot s'est donc frayé sa route. Voyons comment il va la suivre.

On en a déjà fait la remarque, et en effet elle vaut d'être relevée, depuis 1827, date de
ses débuts, jusqu'à son dernier jour, Corot n'a pas déserté une seule des expositions de Paris.
11 tenait à ce rendez-vous annuel que tant d'artistes appréhendent, et il vient d'en donner une
preuve bien solennelle et bien touchante, puisqu'en mourant il a laissé encore deux tableaux
pour l'exposition de cette année. La persistance de toute cette grande vie, dans ces luttes à
ciel ouvert, est intrépide ; mais elle est encore plus intelligente. On ne remet pas volontiers
à la loterie une fortune péniblement acquise; une fois le succès venu l'on se retire, c'est
l'usage chez les peintres comme chez les épiciers ; la presse et la foule oublieront, mais qu'im-
porte? L'adresse de la maison est connue, les clients restent. Malheureusement c'est le talent
qui s'en va. Le frottement des rivalités cessant, la rouille s'y met. On se figure qu'on est seulement
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