L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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LE GENRE ET L'AQUARELLE. 275

l'exacte proportion et le parfait dosage, dirai-je, de tous les éléments qui entrent dans son tableau.
Il l'est encore par sa façon constante de généraliser, de ne jamais s'attarder à la particularité oiseuse,
de chercher le type, de faire le fleuve, le bois, le matin, le soir et non tel petit site ou tel petit effet.
Il l'est par la grâce riante, l'élégance sans effort, la jeunesse éternelle, le calme inaltérable. Il l'est
jusque dans les défauts qu'on lui reproche! Vous en voulez à ces paysages divinement élégants d'être,
comme vous dites, inachevés, bâclés? Il en va absolument de même des adorables figures qui
courent autour des vases grecs. Ce n'est qu'un contour rapide, galopé, souvent incorrect: l'artiste
les a jetées comme en courant sur l'argile humide; et pourtant elles triomphent, elles brillent à l'égal
des marbres de Phidias et de Praxitèle, et aucune des créations les plus savantes et les plus travaillées
de l'art n'en a jamais atteint la grâce improvisée.

Jean Rousseau *.

LE GENRE ET L'AQUARELLE

AU DERNIER SALON DE LA «ROYAL A C A D E M Y s

I.

le genre.

C'est le triomphe et la plaie de l'école; elle lui doit Hogarth, Morland, Wilkie, Ronington, Mul-
ready, etc., irréfutable démonstration que, lorsque les peintres anglais ont de l'esprit, ils en ont plus
que tout le monde. Mais combien ne doivent-ils pas maudire ces pâles sectateurs engendrés par leur
renommée, envahisseurs sans nombre qui, chaque jour, encombrent de plus en plus toutes les exposi-
tions et finiront par les occuper seuls, si on ne se décide à faire bonne justice de leurs niaises et
informes productions? C'est grâce à elles qu'une visite à un Salon de peinture est considérée par tant
de personnes de goût comme la pire des corvées, ces tas de tableaux et de tableautins de genre affreu-
sement bourgeois rendant la recherche des œuvres vraiment artistiques des plus pénibles au milieu
de toutes les croûtes qui les étouffent et qui semblent avoir été chargées parla nullité vaniteuse de pré-
disposer défavorablement le visiteur, en l'irritant de telle sorte, que son impression première, s'il arrive
enfin devant une toile de mérite, est presque toujours peu équitable. Les meilleurs esprits n'échappent
que très-difficilement à cette sourde colère qui vous fausse petit à petit le jugement et vous entraîne à
critiquer l'ouvrage dont vous vous seriez, au contraire, empressé d'étudier d'abord les qualités réelles,
si vous aviez pu le voir ailleurs qu'encadré de droite et de gauche, de haut et de bas, de sujets de pen-
dule et de fadeurs créés à souhait pour les marchands de gravures à la manière noire, merveilles
qui font l'objet d'un énorme commerce d'exportation, sans parler des admirations provinciales qui
les attendent.

Il pleut annuellement des tableaux de genre à la Roj-al Academy, et la plupart des académiciens
sont des peintres de genre. Il n'est que juste de commencer par leurs productions pour se rendre
compte dans quelle mesure ils contribuent à épurer ou à corrompre le goût public.

Au temps de feu S. M. Louis-Philippe, qui a encombré Versailles des kilomètres de toile
peinte que l'on sait, M. E. M. Ward eût infailliblement été surchargé de commandes officielles, s'il
avait eu la fructueuse inspiration de venir s'établir en France. Cet académicien, voué au culte
du genre historique, eût été maudit par le duc d'Orléans, mais le roi-citoyen en eût fait un de
ses plus chers favoris, charmé, séduit par l'extrême conscience et la profonde sensibilité du peintre

1. C'est grâce à l'obligeance de M. Alfred Robaut, qui prépare un ouvrage fort important sur l'œuvre de Corot, que nous avons pu
iccompagner 1 étude de M. Jean Rousseau d'un aussi grand nombre de gravures d'après les tableaux du maître.
Le portrait de Corot a été dessiné par H. A. Gilbert, d'après une photographie de M. Desavary-Dutilleux.
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