L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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276 L'ART.

ordinaire de Marie-Antoinette et de Lady Russell, de Lady Russell et de Marie-Antoinette. Songez
donc, un homme qui a le plus grand soin de fixer à ses cadres un large cartel bien visible sur
lequel sont croquées les figures de chaque personnage avec leurs noms, prénoms et titres inscrits
au-dessous! De la peinture avec la manière de s'en servir!

En 1874, M. Ward a exposé sa Marie-Antoinette et sa Lady Russell habituelles; cela n'est
ni meilleur ni pire que les années précédentes, c'est toujours aussi vide, aussi dur, aussi
métallique, aussi mesquin et aussi touchant, mais cela est loin d'être plus affreux que des milliers
de tableaux de Versailles; il est vrai que cela ne vaut pas mieux.

M. J. C. Horsley cultive le genre troubadour de pendule : dans une salle d'un vieux manoir,
une adorable jeune fille s'est endormie, succombant à la chaleur d'un jour d'été. Un prince char-
mant, qui brûle pour elle de tendres feux, s'avance timidement et hésite à déposer un baiser sur
le front si pur de l'objet de sa flamme!... Un chat, serviteur fidèle et obéissant, imite respec-
tueusement sa maîtresse et dort dans vin coin!

C'est peint comme c'est conçu : en troubadour de pendule.

MM. C. W. Cope, A. Elmore, W. E. Frost, ont beau faire appel aux romanciers, aux
poètes, aux dramaturges, ils n'en existent pas davantage; les inspirations que demande
M. W. C. T. Dobson au foyer domestique, ne sont pas plus heureuses; et Troy-Weight, de
M. S. A. Hart, n'a d'autre résultat que de rendre incompréhensible son élection académique.

11 est convenu depuis des années que M. T. Webster est un humouriste ; nous {^référerions
qu'il fût un peintre, et nous cherchons vainement en quoi il se rattache à ces illustres devanciers,
gens d'autant d'esprit que de goût, qui possédaient au plus haut degré la pratique de leur art et ne
se contentaient pas d'esquisser des charges plus ou moins spirituelles. Il ne leur a pas suffi de prouver
que, dans aucun pays, on n'avait plus d'esprit qu'eux, ils se sont montrés de très-grands artistes, de
véritables maîtres, et sont restés des modèles, chacun dans leur genre.

Nier que M. J. F. Lewis soit un homme de mérite serait absurde, mais le prendre au
sérieux comme artiste, voilà qui est absolument impossible; ses tableaux constituent des produits
manufacturés au patientiotype, contre lesquels on ne saurait trop prémunir les débutants que pour-
raient griser les prix sonores auxquels il y a acheteurs pour ces ouvrages qui sont la plus
complète négation des principes élémentaires de l'art. M. Lewis veut nous représenter A Lady
recéiving Visitors ; que croyez-vous qu'il fasse ? Il se rend au Caire, dont il a la passion, pour
démontrer sans doute à quels excès peuvent entraîner les passions les meilleures ; là, il se met
non pas à peindre, mais à copier minutieusement, méticuleusement, dans ses moindres détails,
en homme qui a la monomanie de la petite bête, pour nous servir d'un terme caractéristique
d'atelier, l'intérieur d'une chambre de rez-de-chaussée, appelée Mandarah ; il donne à chaque
brique, à chaque pierre, à chaque carreau, à chaque morceau de bois, de tels soins, une telle
importance, que toute trace d'ensemble disparaît pour aboutir à l'idéal du papillotage ; et c'est
quand ce beau résultat est enfin obtenu après d'interminables labeurs, que M. Lewis songe à
y introduire sa maîtresse de maison et les visites qu'elle reçoit. Il n'y a qu'un tout petit
malheur, c'est qu'aucun être humain ne saurait vivre dans un pareil milieu, et que cette espèce
de tableaux, avec des prétentions sans pareilles à la plus scrupuleuse fidélité, crée, à force de
vouloir être précis, l'amalgame le plus confus, et donne l'idée la plus fausse du sujet que l'au-
teur s'imagine avoir merveilleusement rendu.

M. Lewis ne se doute pas que l'Art vit avant tout de sacrifices, il ignore que les détails
doi vent toujours être subordonnés à l'ensemble, il ne sait pas que, lorsqu'on traite un sujet
humain, il faut le faire de manière à concentrer l'attention du spectateur sur les figures et
ne pas l'en distraire à chaque instant par quelque brique palpitante d'intérêt, un dallage en
trompe-l'œil, ou des carreaux de vitre qui tamisent la lumière rayon par rayon. 11 se croit
coloriste et les badauds le répètent à l'envi, parce qu'il aligne à la suite l'une de l'autre
une foule de couleurs criardes, et il en est encore à apprendre qu'il suffit d'un seul ton à
un vrai coloriste pour produire la gamme la plus variée; chargez ce dernier d'exécuter un
camaïeu, la souplesse de son pinceau s'y jouera de la note la plus tendre à la plus puissante,
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