L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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LE GENRE ET L'AQUARELLE. 277

en passant par mille modulations intermédiaires; confiez le même travail à AI. Lewis, son désas-
treux système reste stérile. Avec toutes ses qualités de piocheur infatigable, il ne parvient pas
à faire œuvre d'artiste. Les jeux de patience et les tours de force, si habiles qu'ils soient,
n'auront jamais rien de commun avec l'art, et l'on préférera toujours, pour peu qu'on ait du
goût, la moindre esquisse de Bonington à tous les laborieux et pénibles tableaux de M. Lewis.

M. John Pettie, le dernier élu de la Royal Academy, a une assez belle qualité de ton
et sait au moins peindre; il a malheureusement aussi plus d'un défaut. Pour n'en signaler
qu'un seul dans Juliet and Friar Laivrence, il suffit de regarder le moine; il est de proportions
•interminables.

Un Secret d'Etat, — un cardinal brûlant des papiers compromettants, — est de beaucoup
la meilleure toile exposée par M. Pettie; mais à quoi bon d'aussi vastes dimensions à un
aussi modeste sujet? Le cadre eût singulièrement gagné à être réduit de moitié; telle que la
scène nous est représentée, il y a des trous de droite et de gauche dans la composition.

M. Thomas Faed est fidèle à l'Ecosse, et le pays natal lui porte bonheur. « Pardonnée! »
tel est le titre de son principal envoi au Salon. Une jeune fille s'est mariée sans le consen-
tement de ses parents, son mari l'a abandonnée, la pauvre « lassie » rentre au foyer paternel.
C'est un thème vieux comme les rues ; mais quand on a un talent sincère, que l'on est bien
doué, que l'on ne cherche pas midi à quatorze heures, que l'on a du sentiment et non de la
sensiblerie, on rajeunit les sujets les plus usés. C'est ce qu'a fort heureusement fait M. Faed;
son dessin est toujours juste, sa mimique excellente, son coloris agréable et harmonieux sans
être puissant, sa touche spirituelle, mais un peu molle.

Rest by the Wajside, par M. P. F. Poole, est un faux Faed, un Faed moins le talent et
The Grape - Gatherer, où l'on cherche en vain trace de dessin, n'est guère fait pour nous
réconcilier avec M. Poole.

Nous sommes peu enthousiaste des tableaux de chevalerie de M. P. H. Calderon, et nous
trouvons que sa Qnecn of the Tournament n'a d'autre utilité que de faire valoir Half-hours nrith
• the best Authors. Voilà de l'esprit à revendre, et de l'humour, de la quintescence d'humour et
tout plein de qualités charmantes de composition, de coloris et de faire! Là est la vraie voie
de l'artiste qui ferait sagement de s'y tenir. Elles sont délicieuses, ses trois blanches Misses assises
sur un divan, où deux d'entre elles, n'ayant pu résister à une demi-heure de lecture de quelque
chef-d'œuvre qui gît à terre, se sont déjà endormies, tandis que leur compagne, vue de dos, — elle a
les plus aristocratiques épaules du monde, — essaie de faire meilleure contenance; la résistance de
la belle enfant sera plus longue; elle rêve à quelque bel oiseau bleu bien plus qu'elle ne suit sa
lecture, et l'on devine que ses paupières s'alourdissent. Œuvre en tous points excellente et telle
que désormais on est en droit de n'en plus attendre d'autres de M. Calderon.

L'excursion que M. W. P. Frith est allé faire à Boulogne n'est pas heureuse ; sa Procession
annuelle de la Vierge de Bonlogne-sur-Mer n'a aucune des qualités que révélèrent les très-intéressantes
scènes de la vie anglaise, qui restent le véritable domaine de M. Frith. Sa Paine la de Richardson et
ses trois autres figures, de môme caractère et d'exécution non moins uniforme, semblent n'avoir été
créées que pour faire concurrence à M. Dubufe.

La part des Associe's n'est pas beaucoup plus brillante que celle des Académiciens mêmes.
M. Henry Stacy Marks est boursouflé, ses prétentions s'accordent fort mal avec ses résultats;
M. H. O'Neil s'est permis une Ophelia qui passe tout ce que l'on peut imaginer; c'est d'un mauvais
invraisemblable; M. E.-J. Poynter a de hautes visées, mais que Rhodope, hélas! les justifie peu!
M. W. F. Yeames manufacture du papier peint, et quel papier peint! M. J. E. Hodgson est d'un
vulgaire désolant. Quatre noms viennent heureusement répandre de la lumière parmi ce sombre
bilan académique. Innocence, par M. H. Le Jeune, est une œuvre distinguée et de la bonne
peinture; M. Erskine Nicol a franchement brossé un vieux paysan écossais; M. G. D. Leslie a
de l'élégance, du goût; il promet un excellent peintre de genre s'il sait se défendre des influences
étrangères, et, pour le moment, la très-néfaste influence étrangère dont on trouve chez lui un
trop visible reflet est celle de M. James Tissot.
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