L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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28o L'ART.

travailleur occupé, au milieu des ronces et des épines, à réparer le mur extérieur d'un parc
seigneurial; si le travail est pénible, il ne paraît pas même s'en douter; l'heure du repas a
sonné, c'est sa femme qui le lui apporte toute joyeuse, accompagnée de leurs deux jeunes
enfants qui le couvrent de caresses. La riche propriétaire du manoir, — ellj est seule, elle, —
elle est veuve, elle n'a point d'enfants, — erre tristement dans une allée d'où elle aperçoit
tout ce bonheur qui lui est inconnu, et elle répète avec l'immortel poëte :

Tis better to be lovly born.

Ce tableau important où les détails abondent, mais sans jamais dominer, se recommande
par une grande justesse d'expression, un agencement habile et une extrême délicatesse d'exécu-
tion qui évite la petitesse et la minutie ; le coloris faible, tendre, éteint en quelque sorte
dans une gamme ensoleillée et vaporeuse, prêterait certes à la critique s'il est habituel à
M. Marcus Stone, mais nous en doutons ; il a plutôt l'air d'être le résultat d'un parti pris
harmonique, et, dans ce cas, il n'est que juste de reconnaître que c'est bien la note du sujet,
une note heureusement rencontrée.

Mentionnons The first Sitting de M. G. B. O'Neill ; The Country Dancing-Masler : West
of Ireland, de M. H. Helmick ; The Piping Times of Peace, spirituelle pochade de M. F. Bar-
nard ; A Lonelv Life, d'une jolie tonalité, par M. Cameron ; God Speed ! Pilgrims setting ont
for Canterbury, de M. G. H. Bougthon, qui abuse des tons vert-de-grisés ; Homeless, Ragged,
and Tanned et The Doll's Tea-Party, par M. F. Morgan, et arrivons à la triomphatrice offi-
cielle du Salon de Londres. C'est de Miss E. Thompson qu'il s'agit; hier inconnue, aujourd'hui
une grande, très-grande célébrité anglaise.

A la Private View de la cent sixième Exhibition of the Royal Academy of Arts, le prince de
Galles et le duc de Cambridge s'extasièrent devant Calling the Roll after an Engagement :
Crimea, et leurs toasts, au dîner académique qui suivit leur visite, furent l'éloquent écho de
l'extrême vivacité de leur admiration. Miss Thompson, qui le matin eût regardé comme un
miracle de s'entendre offrir deux cents guinées de son tableau, le vendit deux mille, et tout
le monde battit des mains, les courtisans compris ; l'Angleterre venait de trouver sa Rosa
Bonheur.

Pour qui n'a souci que de la vérité, il y a terriblement à rabattre de cet enthousiasme. Cet épi-
sode de la guerre de Crimée : l'Appel après un combat, est une bonne promesse et rien de plus. Que,
si l'on tient compte du sexe et de l'âge de l'auteur, — et il est juste de le faire, — on doit recon-
naître chez cette jeune fille de remarquables aptitudes, que c'est surtout par le dessin qu'elle brille,
absolument comme M"e Rosa Bonheur, dont elle est bien entendu fort loin encore, excessivement
loin, et qu'en tant que peintre, qu'exécutant, il lui reste à peu près tout à apprendre.

Étant donnée la composition de Miss Thompson, — une rangée de soldats, la plupart blessés, et
un officier à cheval qui les inspecte pendant qu'on procède à l'appel, — il est impossible de contester
l'esprit d'observation que révèle chaque type, chaque physionomie adoptée par l'artiste ; les diverses
attitudes choisies par elle sont sans aucun doute rendues avec infiniment d'intelligence, mais leur
exactitude.reste très-discutable; le soldat sentimental qu'on nous montre ne donne pas du tout l'idée
de cette vaillante infanterie anglaise, l'une des plus solides de l'Europe. Mais c'est là, en somme,
une querelle secondaire ; ce qui est beaucoup plus sérieux, c'est la pratique du pinceau, la compo-
sition de la palette, qui laissent à désirer.

Miss Thompson ignore absolument ce que c'est que peindre par glacis; son procédé est anti-
coloriste au possible; sa touche est lourde, opaque; a-t-elle à rendre un clair dans la robe noire
d'un cheval, par exemple, elle ne sait pas le produire avec le ton lui-même et est obligée de recourir
à l'intervention de déplorables teintes bleutées qu'elle n'a jamais vues et ne verra jamais se produire
de la sorte dans la nature, ni dans le faire d'aucun vrai peintre. C'est à perfectionner sa pratique
picturale, à acquérir les procédés d'exécution qui lui manquent à un si haut degré, que Miss
Thompson doit avant tout s'appliquer. Pour le reste, elle est brillamment douée et ces légers
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