L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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M. LEGOAËSBE DE BELLÉE. 281

défauts, que l'on pourrait encore signaler chez elle disparaîtront promptement; mais avant, il faut
savoir peindre. Quant au dessin, les deux charges de cavalerie qu'elle a depuis exposées à Dudley
Gallerv parmi les Works of Art in Black and White, lui font beaucoup d'honneur et justifient toutes
les espérances que la jeune artiste a fait naître sous ce rapport.
Restent les exposants étrangers.

L'éloge de M. Josef Israëls n'est plus à faire ; on est unanime à saluer en lui la plus haute
personnalité artistique de la Hollande; cela seul eût dû empêcher de jucher au dernier rang sa belle
toile Expectation; en agissant de la sorte, le comité de placement n'a fait de tort qu'à lui-même.
M. Alma-Tadema a certes un rare talent, mais c'est décidément par trop un peintre... archéologue;
il abuse des Égyptiens et des Romains, cela devient d'une monotonie désespérante. M. James Tissot,
imitant en cela M. Alma-Tadema, s'est définitivement fixé en Angleterre, qui lui prodigue généreu-
sement ses banknotes en échange d'une véritable inondation de toiles à base grise et citron, peinture
aigrelette que l'on a la faiblesse d'adorer dans les Trois-Royaumes ; M. Tissot, qui possédait quelques
charmantes qualités natives, les a gaspillées à plaisir pour se lancer à corps perdu et de la façon la
plus irrémédiable dans le maniérisme; il est désormais condamné à marcher d'affectation en affectation;
la route qu'il parcourt, ses trois tableaux ne l'indiquent que trop; le premier, Waiting, est agréable;
le second, The Bail on Sliipboard, est médiocre ; le troisième, London Visitors, est mauvais. M. A.
Legros, artiste consciencieux, produit des œuvres fort honorables, mais dépourvues d'accent : Un
Chaudronnier a le double tort de prendre des proportions de portrait et d'attirer l'attention sur les
accessoires, mieux traités que la figure humaine. M. Edouard Frère est toujours le grand-prêtre de
l'école d'Écouen et l'un des favoris du marché anglais; c'est tout ce que nous apprennent ses trois
sujets familiers qui sont nouveaux et n'en ont pas moins l'air de vieilles connaissances. Le Lendemain
de la tempête, de M. Bourse, d'Anvers, est plein d'excellentes intentions, mais d'un aspect terreux. Le
Mariage norvégien, de M. A. Tidemand, ne manque pas d'intérêt; il y a seulement excès de sagesse
et de dimensions.

John Dubouloz.

(La fin au prochain numéro.)

M. LEGOAËSBE DE BELLÉE

M. de Bellée, paysagiste, se rattache à ce groupe laborieux d'artistes nouveaux dont les études
délicates se sont, depuis quelque temps, fait remarquer au Salon par la justesse de l'observation et la
précision de l'effet. Pour ces amoureux patients de la Nature, la beauté, toujours nouvelle, de la
maîtresse qui les charme n'a rien à craindre ni du changement des climats, ni de la mobilité des
saisons; en tous lieux, sous tous les ciels, ils l'adorent avec la même ferveur, l'analysent avec la
même constance, la comprennent du même cœur. La plupart, tels que MM. Pelouse, Lansyer, de
Groiseilliez, Maurice Courant, Beauverie et vingt autres ont pour caractère particulier de joindre,
dans une proportion remarquable, la prudence de l'expression à la vivacité de l'impression ; la sin-
cérité, très-respectueuse mais aussi très-résolue, avec laquelle ils ont, de bonne heure, abordé le
spectacle des choses, se manifeste dans la liberté même et la variété des moyens qu'ils emploient,
sans nulle affectation de révolte non plus que de servitude vis-à-vis des maîtres de l'âge précédent.

Parmi ces jeunes, M. de Bellée est certainement l'un des plus jeunes. Né en plein Morbihan, de
vieille famille bretonne, il nous apparaît, dans sa peinture, avec les qualités poétiques de sa race
Comme Auguste Brizeux, qu'il rappelle plus d'une fois par l'harmonie discrète de ses compositions,
c'est une âme celtique, à la fois délicate et fière, qui exprime toujours avec grâce et tendresse les
sentiments les plus énergiques et les tristesses les plus profondes. Longtemps M. de Bellée a erré,
dans les Côtes-du-Nord, le long de ces anses multipliées, aux échancrures bizarres, que la mer tour à

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