L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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CHRONIQUE

encore sur l'aménagement de la scène. Les fréquents changements
de décors seront facilités par le mécanisme très-simple des ma-
chines. Chaque tableau s'enlèvera tout d'une pièce, sans qu'il
soit besoin de rouler la toile du fond ou de retirer les décors de
côté; il disparaîtra, soit par-dessous la scène, soit par-dessus; à
cet effet, sous les planches, de même qu'au-dessus, se trouve un
vide immense, capable de recevoir tout le décor, sans qu'on soit
obligé de le changer : les tableaux destinés à le remplacer sorti-
ront de terre ou tomberont tout composés du haut. Le personnel
des machinistes, toujours encombrant, est relégué dans les bas-
fonds et dans les dessus, pour y préparer les décors nécessaires.
Dans les coulisses, il y aura six surveillants bons musiciens et
parfaitement au courant de l'œuvre, pour surveiller les entrées
des acteurs et des décors. Le théâtre de Bayreuth, si provisoire
qu'il soit, représentera, dans un avenir rapproché, encore d'autres
ouvrages que le Niebelung. Wagner veut faire de son théâtre un
lieu de réunion où l'Allemagne pourra périodiquement venir
admirer, dans des exécutions d'une perfection qu'aucun autre
théâtre ne saurait atteindre, les chefs-d'œuvre de la littérature
lyrique allemande. On cite, comme devant être donné après la
tétralogie, le Fidelio. de Beethoven.

Le prix des places est fait pour dérouter quelque peu le public
ordinaire des spectacles : 300 thalers, soit 1,125 francs pour les
trois auditions; 100 thalers, soit 375 francs pour une série de
représentations des quatre opéras, sans parler des frais de voyage
et de séjour. Cela met la stalle d'orchestre à 93 fr. 75 c. par
soirée. Mais il faut dire que ce sera une solennité unique et d'un
vif intérêt pour les adversaires comme pour les partisans du
célèbre novateur.

Angllterre. — Les journaux anglais annoncent la mort d'un
peintre de genre, M. R.-W. Buss, dont plusieurs tableaux ont été
popularisés par la gravure, notamment une scène de brigue électo-
rale, Solicitinga vote, qui doit sa célébrité à la fantaisie qu'eut un
industriel de la faire imprimer sur des mouchoirs de poche.
M. Buss a fait de nombreuses illustrations sur commande de l'édi-
teur C. Knight, par exemple pour son édition de Shakespeare. On
lui doit aussi plusieurs portraits d'acteurs anglais plus ou moins
célèbres, notamment celui de Macready, le fameux interprète de
Shakespeare. M. Buss était âgé de soixante et onze ans.

Belgique. —L'ouverture du Salon de Bruxelles (Exposition
triennale des Beaux-Arts) est fixée au ier août 1875. L'exposi-
tion durera deux mois.

— Une exposition de peinture, sculpture et gravure s'ouvre
à Liège le 28 mars, pour se fermer le 31 mai. Cette exposition
est organisée par l'Association pour l'encouragement des beaux-
arts, sous la direction de la Société libre d'émulation et le patro-
nage de l'administration communale. Les artistes qui désireraient
faire envoyer au Salon de Bruxelles leurs œuvres exposées à
Liège sont priés de s'adresser au trésorier de l'Association lié-
geoise, M. le notaire Ch. Keppene, qui en garantit l'expédition.

Etats-Unis. — La ville ■ impériale » de New-York par-
tage avec d'autres cités plus roturières et plus ou moins popu-
leuses l'honneur de posséder une usine qui exploite en grand la
fabrication de faux tableaux anciens et modernes. C'est princi-
palement aux dépens de l'école française contemporaine que
s'exerce à .New-York cette intéressante industrie, qui vient de
se signaler par une tentative de fraude dont l'impudence dépasse
tout ce qu'avait osé jusqu'ici la spéculation sur la bêtise humaine.
La Salomi de Henri Regnault a été mise en vente publique. Une
correspondance adressée à YAcademy de Londres donne à ce
sujet quelques détails piquants. D'après le catalog.ie de la vente,
il s'agissait positivement de l'original de la Salomé, bien que son
heureuse propriétaire, M** de Cassin, soit peu disposée sans
doute à l'exposer aux enchères, à New-York ou ailleurs. Il faut

ÉTRANGÈRE. 287

dire à la louange des Américains que la mystification n'a pas
tardé à être dénoncée. Le Daily graphie fut le premier à flairer
un piège tendu à la crédulité publique. Deux journaux impor-
tants, l'un quotidien, l'autre hebdomadaire, avaient donné dans
le panneau et, prenant de grands airs connaisseurs, avaient vanté
l'œuvre du jeune maître et consacré à une misérable copie des
articles dont l'original eût seul justifié le lyrisme. Or ce n'était
pas même une copie, mais seulement une photographie de la
maison Goupil, grossièrement enluminée par un barbouilleur
yankee. Le matin de la vente, la Tribune déclarait que cette pré-
tendue peinture de Regnault n'était qu'une impudente fraude
{an impudent forgery). En fin de compte, le vendeur s'est vu
obligé de retirer le t tableau » des enchères, maudissant le
journal qui avait eu le front de dire la vérité, et, malgré le cata-
logue, jurant ses grands dieux que jamais on n'avait songé à faire
passer la « copie » pour un original. Mais l'histoire ne s'arrête
pas là. Un abonné de la Trib.me ayant envoyé à ce journal un
article de la Zeitschrift fur bildende Kùnst} dont l'auteur parlait
avec admiration d'une copie authentique de la Salomc. peinte par
Regnault lui-même, trouvée dans son atelier après sa more, et
exposée en 1872 à Berlin, dans la galerie de peinture de Kar-
funkel, le spéculateur vit là une excellente occasion de prendre
sa revanche de sa mésaventure de la vente publique. 11 n'hésice
pas un instant ; il adresse à la Tribune une lettre par laquelle il
affirme que la copie exposée à Berlin est celle qu'il possède.
Heureusement la Tribune ne se tient pas pour battue. Elle écrit
à Paris, et quelques jours après, publie deux réponses, l'une de
M. Durand Ruel, l'autre de M. George Clairin, toutes deux
certifiant que Regnault n'a fait ni étude préliminaire ni aucune
copie de sa Salomé, qu'aucune copie n'a été trouvée dans son
atelier, et que par conséquent la copie admirée à Berlin est d'un
autre que Regnault. Cette fois la mèche était décidément éventée,
d'autant plus que, presque au même moment, un marchand de
tableaux de New-York recevait une lettre de M. Karfunkel lui-
même, qui lui offrait en vente ou en commission la magnifique
copie exposée à Berlin. De sorte que le mystificateur n'avait plus
même la ressource de prétendre que sa copie et celle de Berlin
n'en faisaient qu'une. Cette affaire a fait scandale à New-York,
et le public est enchanté de la persévérante énergie avec laquelle
la Tribune a déjoué les manœuvres des agioteurs en tableaux
véreux.

— On mande de Florence que le sculpteur américain Fuller
vient de mourir.

Italie. — La Commission municipale archéologique de
Rome a découvert dans le Castro pretvreo et dans les environs
quelques bronzes antiques, parmi lesquels une statuette, tiers de
nature, représentant un hermaphrodite.

— Le 6 mars, jour du 400e anniversaire de la naissance de
Michel-Ange, le syndic de Florence a reçu des télégrammes de
félicitations des Sociétés artistiques de la plupart des villes de
l'Europe.

— A l'exposition de la Société des Beaux-Arts de Florence
(Societa promotrice di Belle Arti), le premier prix avec la mé-
daille d'or a écé décerné à M. Donato Barcaglia, de Milan, pour
un groupe en marbre représentant l'Amour qui aveugle (Amore
accieca) : une jeune fille nue, debout, essayant vainement de se
dégager des étreintes d'un petit Amour ailé qui, grimpé sur ses
épaules, lui ferme impitoyablement les yeux. Le Raffaello donne
un dessin de ce groupe qui paraît gracieux.

— Une grande symphonie funèbre a été commandée au
maestro Verdi pour la cérémonie de la translation des restes de
Donizetti dans la basilique de Bergame.

— L'exposition de la Sociécé promotrice des Beaux-Arcs de
Naples a été ouverte le 14. mars.
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