L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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5 24 L'ART.

de toucher du doigt la vie privée de nos ancêtres, d'entrer d'emblée dans leur intimité, de pouvoir
enfin écrire l'histoire des Français comme le voulait Alexis Monteil! Quel triomphe de déchiffrer les
marques et les monogrammes inconnus, de faire revivre tous ces oubliés de l'histoire, satellites
disparus dans l'auréole lumineuse des grands maîtres! Et pendant que le savant reconstitue les archives
de l'art national, l'artiste apprend l'histoire, l'ouvrier compare, l'Union centrale s'organise; voici

l'heure de ces expositions fameuses, panorama tangible mon-
trant d'un côté les merveilles de la Renaissance, du Moyen
âge, de l'extrème-Orient, et de l'autre l'application de ces
modèles aux produits de l'industrie contemporaine.

Car c'est encore là le plus beau titre des collectionneurs :
ils ont rappelé à la vie bien des industries mourantes, ils ont
galvanisé bien des cadavres. A qui devons-nous, s'il vous plaît,
la renaissance de l'émaillerie, de la faïence, de la ferronnerie,
des cuirs gaufrés, de la verrerie émaillée, des toiles peintes? Où
les Christofle et les Barbedienne ont-ils surpris le secret des
cloisonnés chinois, des patines japonaises? Qui a inspiré aux
ateliers lyonnais ces étonnantes reproductions des soieries et
des velours anciens? Où nos orfèvres, nos ébénistes, nos tapis-
siers, nos brodeurs prennent-ils .leurs modèles aujourd'hui?
D'où vient ce développement subit de notre industrie céramique?
Pensez-vous que les curieux en recherchant si passionnément les
Palissy, les faïences italiennes, les modèles de Sèvres, de
Nevers, de Rouen, de Moustiers n'ont pas agi sur le goût
public? La production limousine, par exemple, qui s'est élevée,
depuis vingt-cinq ans, de quatre à quatorze millions par an, ne
leur doit-elle pas une bonne part de sa prospérité. Que dire
enfin de ce mouvement prodigieux de la curiosité parisienne
et de ce formidable hôtel Drouot qui vend bon an mal an

,••„,„„,.,,, , quarante-cinq mille tableaux, cent cinquante mille objets d'art

Chandelier vénitien du xvr siècle. " " ' ~ '

/., , , . , ou de curiosité, trente mille dessins, trente mille autographes,

tbene et Japis-lazuli. ° r

(Collection de M. Edm. Bonnaffé.) cent vingt mille estampes et un million au moins de livres

Gravé par Hotelin. anciens, sans compter le trafic journalier de deux mille cinq

cents marchands de curiosité payant patente et d'un nombre
indéterminé de courtiers arrivant tous les jours de province, d'Italie, d'Espagne ou d'Orient,
pour jeter leur récolte sur le premier marché du monde?

Pourvoyeurs de nos dépôts publics, fondateurs des musées Du Sommerard et Sauvageot, vous
qui avez ouvert les salles Lacaze, Lerioir, Hennin, de Luynes et doté cinquante musées de province,
pionniers de l'archéologie moderne, qui avez ressuscité vingt industries et fait de Paris le centre
de la curiosité universelle, collectionneurs mes confrères, soyez modestes. L'historien passera encore
a côté de vous sans vous apercevoir, le philosophe haussera les épaules, l'artiste vous traitera de
bourgeois spéculateurs, l'homme du monde de bibelotiers; seul, le médecin vous tirera son chapeau...
espérant bien avoir prochainement votre clientèle.

Agréez, monsieur, etc.

Edmond Bonnaffé.
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