L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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NOTRE BIBLIOTHEQUE. 329

ses archives au public, qu'il demande à l'Ecole des Chartes vin homme capable d'organiser un bon
service, de guider les écrivains dans leurs recherches et de dresser un catalogue de ses précieux
documents trop longtemps séquestrés. »

La vaillante influence de M. Emile Galichon ne s'est pas seulement exercée dans la sphère
d'action de la Galette des Beaux-Arts; il a été l'un des membres fondateurs les plus ardents de
l'Union centrale des Beaux-Arls appliqués à l'Industrie ; il a créé la Société française de Gravure dont il
a jusqu'à sa dernière heure conservé la direction ; toutes les fois qu'il s'est agi de la propagande de
l'enseignement des arts du dessin, on l'a trouvé le premier sur la brèche avec son Pylade, M. Auguste
de Lajolais, autre nature d'élite et de dévouement de tous les instants.

Aussi lorsque nous l'avons vu condamné à s'installer à Cannes, n'avons-nous pas douté, et il en
a été ainsi de tous ses amis, que tant de services signalés rendus au pays ne resteraient pas méconnus,
et que ce lutteur, mortellement atteint en combattant sans cesse le bon combat pour ajouter à la
gloire de sa patrie, recevrait d'elle quelque témoignage de reconnaissante estime. Parmi les
puissants d'alors ne comptait-il pas l'un ou l'autre de ses obliges? Il était si aisé de s'acquitter de la
seule manière délicate dont on pût songer à le faire envers un tel homme, — en rougissant sa
boutonnière.

M. Galichon est mort sans être chevalier de la Légion d'honneur. Ce n'est ni pour lui ni pour
ses amis que cet oubli demeurera regrettable.

Ce négociant qui était un lettré, un artiste, un curieux, dans la plus noble acception de chacun
de ces titres, restera vivant dans le souvenir de tous ceux qui ont eu l'honneur de le connaître et
de l'apprécier, comme la plus complète incarnafion du parfait galant homme, comme un modèle
qu'il faut s'efforcer de suivre.

Quant à nous, nous n'oublierons jamais que les questions de boutique lui ont été inconnues,
qu'il sut toujours se montrer intelligemment prodigue quand il s'agissait de progrès, que personne
n'était plus désireux que lui de se voir de nombreux imitateurs pour l'aider à féconder le vaste champ
de l'Art, qu'il eut rougi de s'abaisser à des préoccupations mercantiles au sujet de la « maison d'en
face, » et que son seul souci eût été au contraire de marcher la main dans la main, en dignes et
sincères alliés, à la conquête de lauriers nouveaux pour la cause à laquelle il avait, sans hésiter,
sacrifié sa vie, et pour le pays qu'il rêvait de relever par de pures gloires plus illustres encore que
celles de son immortel passé.

Paul Leroi.

NOTRE BIBLIOTHÈQUE

XXIII.

CONTES ET NOUVELLES de La Fontaine (Édition des fermiers
généraux); ouvrage orné de vignettes, avec quatre-vingt-cinq
planches à part; 1874, 2 vol. in-8"; éditeur, A. Barraud, rue de
Seine, 23. — Prix : 80 francs.

Au milieu du siècle dernier, les fermiers généraux, les gens
de finance, comme on disait, qui prenaient volontiers le rôle de
Mécènes et se plaisaient à s'entourer d'artistes ec de gens de lettres,
eurent l'idée d'élever à la mémoire de notre grand fabuliste un
monument digne de lui en éditant ses Contes d'une façon splen-
dide. Depuis 1671 la réimpression des Contes avait été interdite
par Louis XIV, de sorte que ces gracieuses petites nouvelles ne
pouvaient circuler librement en France qu'à la condition de porter
la rubrique d'une ville étrangère.

Les fermiers généraux chargèrent un des leurs, Serin d'Agin-
court, de surveiller l'édition qu'ils projetaient, et celui-ci s'ac-
■ quitta de sa tâche avec le soin qu'on pouvait attendre de ses
connaissances artistiques. On demanda à JVlarolles de faire les
dessins, mais ceux qu'il donna ayant paru trop licencieux, on

Tome I.

en commanda d'autres à Eisen dont la réputation commençait, ec
on abandonna ceux du premier. Eisen mit sept ans à composer
de charmantes illustrations qu'il donna à graver à ses amis :
Nicolas Lemire. Joseph de Longueil, J. J. Leveau, J. J. Flipart,
Aliamet, Ficquet, de Lafosse.et Bacquoy. Enfin, en 1762, parut
l'édition des Contes , on la tira à 1,000 exemplaires qui ne furera
pas livrés au commerce, mais distribués en cadeaux par les fer-
miers généraux. Chossard avait fait de superbes vignettes, et
Marolles avait relié un certain nombre d'exemplaires avec un luxe
inconnu jusqu'alors.

Depuis plusieurs années on savait dans le monde que cette
édition se préparait; on s'était furtivement passé de main en main
les compositions d'Eisen. Chose curieuse, cependant ! Personne
n'en parla, quand elle parut. Grimm, Bachaumont, Voltaire,
MmE Du Défiant, M'"B d'Epinay, Marmontel, n'en disent pas un
mot. Bientôt tous les exemplaires furent dispersés dans les cours
et les châteaux; un grand nombre furent anéantis; d'autres,
enfouis dans les bibliothèques des amateurs, n'étaient montrés
qu'aux intimes. L'édition des Fermiers généraux devint une
rareté bibliographique.

C'est ce chef-d'œuvre que vient de rééditer M. Barraud, et il

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