L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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LES EXPOSITIONS DES BEAUX-ARTS PENDANT LA RÉVOLUTION. 343

ment supérieure depuis longtemps aux écoles d'Italie et de Flandre, pour tous les arts qui dépendent
du dessin. Ceux qui ne sont que simples amateurs, les véritables curieux, les gens de la profession, et
tout le public avec eux, seraient fort redevables à ceux qui leur procureraient plus souvent un pareil
spectacle, auquel les beaux-arts trouveraient aussi infiniment leur compte. L'amour que nous avons
pour eux et l'attention continuelle que nous avons pour tout ce qui peut contribuer à leur avancement
nous a jeté dans cette petite digression en voulant parler des tableaux qui ont été exposés cette année
à l'octave de la Fête-Dieu, dans la place Dauphine, car il n'y en eut point le jeudi de la Fête-Dieu, au
grand mécontentement du public. »

Suit une liste des ouvrages exposés ainsi en plein air. Il se trouve qu'ils sont en général l'œuvre
de membres de l'Académie, Oudry, Nattier, De Troy, etc., contraints, à ce qu'il paraît, par l'indiffé-
rence du gouvernement, à subir cette publicité insuffisante et, qui pis est, à subir le contact des pro-
fanes, étrangers à l'Académie, tels que ceux d'un jeune homme dont parle ainsi le même journal :
« On voyait avec grand plaisir plusieurs petits tableaux du sieur Boucher, élève du sieur Lemoine,
peints d'un très-bon goût de couleur, qui font espérer que ce jeune homme pourra exceller dans les
arts. » Boucher ne fut agréé à l'Académie que huit ans plus tard.

Il faut dire que VAcadémie de peinture et sculpture, laquelle comprenait aussi des graveurs, était
plus nombreuse que l'Académie des Beaux-Arts actuelle. Le nombre de ses membres était illimité ;
toutefois on s'était peu à peu imposé l'usage de ne dépasser guère le chiffre de soixante. En 1789,
elle atteignait celui de soixante-trois, dont quatre femmes2. En effet, les femmes y avaient été
admises, et ce qu'on a remarqué comme une preuve de libéralisme était une nécessité, si on ne
voulait pas leur interdire la carrière artistique.

La liste de ces soixante-trois académiciens, que l'on peut lire dans VAlmanach royal de cette
année, est curievise à plus d'un titre. Elle comprend quinze graveurs, sept sculpteurs ; le reste se
compose de peintres ou censés tels ; il n'y en a pas dix dont on connaisse aujourd'hui, non pas les
ouvrages, mais au moins les noms, et ceux-ci ont presque tous atteint un âge où l'on ne produit plus
guère. La charmante et équivoque école du xvmc siècle est depuis longtemps déjà épuisée ; et, si peu
de goût que l'on ait pour l'école qui va s'élever, ce qui existe au moins en 1789 n'est pas, sauf deux
ou trois exceptions, bien difficile à remplacer.

Voilà ceux auxquels est réservé le privilège de représenter l'Art français dans des expositions
publiques. Il est difficile d'imaginer une organisation plus baroque ; il semble aujourd'hui que pour
parvenir à l'Académie, il faille être connu; il fallait alors être de l'Académie pour se faire connaître.

C'est là pourtant le régime qu'en 1814, dans un ouvrage intitulé Notions historiques sur les
anciennes académies, Deseinne a osé regretter. Rien ne lui paraît plus beau et plus logique que la
marche suivie sous l'ancien régime : « Prenons, dit-il, le jeune artiste au moment où il venait de
remporter le prix de Rome » (pour Deseinne, il n'existe en fait d'artistes que des académiciens et
leurs élèves, et, parmi ceux-ci seulement, des candidats au grand prix). « Quelle que fût la bonne
opinion qu'on avait de l'élève, cela ne servait en rien son avancement futur, » ajoute-t-il avec
admiration. L'élève devait à tout prix devenir académicien, et, pour cela, « présenter les productions au
tribunal de l'Académie, seule compétente pour en décider ». Une fois académicien, il pouvait exposer
comme ses confrères, mais pas tout à fait sur un pied d'égalité avec les autres. Car la règle suivie
alors, que Deseinne semble trouver superbe, c'est que « les ouvrages de peinture et de sculpture,
envoyés aux expositions, étaient placés selon le rang d'ancienneté de réception à l'Académie, en sorte que
les académiciens, témoins eux-mêmes de l'arrangement du Salon, n'avaient jamais le droit d'élever la
voix pour demander une place à laquelle ils ne devaient pas prétendre ». Ainsi les plus mal
placés étaient précisément ceux qui auraient eu le plus besoin de l'être d'une façon convenable, ne
fût-ce que pour justifier aux yeux du public le choix récent de l'Académie. Il est vrai que le public
comptait peu dans tout cela, et il était difficile de le lui faire mieux sentir. Mais du moment que l'on
admet, comme Deseinne, que l'Académie était seule compétente pour décider du mérite des ouvrages,

1. Il y eut une exposition au mois d'août suivant; mais on n'en a pas le livret.

2. Mra" Vien, Valloger Coster, Lebrun, Guyard.
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