L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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UNE EXPOSITION DE TAPISSERIES

La collection de tapisseries, qui est au palais royal de Ma-
drid, peut être considérée comme la plus importante qu'il y
ait en Europe. Elle comprend plus de mille tapisseries d'espèces
différentes. Les plus anciens spécimens sont ceux qui ont appar-
tenu à Ferdinand et Isabelle, à Philippe le Beau et à Charles-
Quint. Viennent ensuite celles des autres rois d'Espagne de la
maison d'Autriche, des Bourbons espagnols, et enfin les tapisse-
ries copiées d'après les cartons de Goya et d'autres à la manu-
facture de tapis qui fut fondée par Charles III et qui existe
encore à l'heure qu'il est à Madrid.

Ces tapisseries sont déposées dans les souterrains du palais
et relativement bien conservées, quoiqu'il y ait lieu de regretter
beaucoup qu'elles soient pliées et non pas posées sur des rou-
leaux, car dans plusieurs endroits les plis ont endommagé les
figures. Il n'existe pas de catalogue de ces tapisseries, qui n'ont
jamais été décrites.

Pendant le règne d'Isabelle, il était d'usage de couvrir de
tapisseries les quatre murs de la galerie du premier étage du
palais, à l'occasion de certaines solennités religieuses ou aux
baptêmes et mariages des princes espagnols. C'étaient les seules
occasions où le public fût admis à voir les quatre-vingts ou cent
spécimens exposés. Après la révolution de septembre 1868, ces
exhibitions périodiques furent presque entièrement réduites aux
rares cérémonies royales qui eurent lieu pendant le régne éphé-
mère du roi Amédée. On conçut le projet d'établir un musée de
capisseries à l'Escurial et une commission fut instituée pour le
mettre à exécution.

Les plus belles tapisseries y furent envoyées ; mais ce projet
ne s'est jamais réalisé, et on renvoya sans encombre les tapisse-
ries à Madrid.

Le ministre d'Angleterre, M. Layard, a toujours témoigné le
plus grand désir que ces trésors artistiques fussent connus et ap-
préciés du public. C'est à ses efforts que nous devons l'exposi-
tion temporaire actuelle. Autorisation a été accordée au pho-
tographe Laurent de reproduire les spécimens les plus importants.

Les tapisseries sont pendues, comme aux occasions précé-
dentes, des quatre côtés de la galerie supérieure, et les plus
beaux spécimens ont été choisis. La plupart d'entre eux sont
tissés d'or, et rien que les bordures offrent les détails les plus
intéressants d'ornementation moyen âge et Renaissance.

Il y a quatre-vingt-dix tapisseries exposées.

Les premières qui attirent notre attention en entrant dans la
galerie sont quatre tapisseries soie et or, représentant l'histoire
de la Vierge. Elles sont entièrement couvertes de figures gran-
deur nature, les têtes dessinées avec une délicatesse et une
finesse dignes des meilleurs modèles'de l'école italienne préra-
phaélite.

Les vêtements sont littéralement couverts d'or : il serait dif-
ficile de trouver quelque chose de plus beau. A côté de celles
que nous venons de citer, il en est deux qui représentent le même
sujet, et trois traitant de l'histoire de saint Jean, très-belles,
mais plus flamandes de caractère.

Une tapisserie plus petite représente Jésus en croix, la
Vierge et saint Jean ; des anges avec des banderoles volent
tout autour ; on dirait un tableau de Mantegna ; et la bordure
de fleurs, d'anges et de blasons qui l'entoure est du plus beau
dessin italien. Il faut également signaler ici trois tapisseries
ayant pour sujet la Passion de Jésus, car elles sont analogues de
caractère et de faire à celles de l'histoire de la Vierge et de saint
Jean. Elles sont d'un bel effet ; mais les attitudes de bien des
figures sont exagérées et vulgaires, comme il arrive souvent dans
les sujets religieux traités par les maîtres flamands.

Plus loin se trouvent quatre tapisseries appartenant à la

série des sept péchés capitaux, d'un beau caractère italien, d'une
conception très-poétique et très-élevée; — trois appartenant à
l'histoire de David, admirables 'de colons et pleines de détails
ravissants, — quatre représentant la fondation de Rome, — une
appartenant à l'histoire de Coriolan, une autre provenant de la
série de l'histoire d'Enée, et trois autres traitant des sujets allé-
goriques d'un même style, et qui comptent certainement parmi
les plus importantes de la collection. Pour la plupart, la composi-
tion est détaillée d'une façon admirable ; très-fréquemment le
même tableau renferme deux ou trois sujets différents. Dans
l'une de ces tapisseries, qui représente un épisode de l'histoire
d'Enée, le prêtre qui marie Hélène et Paris, et un autre, age-
nouillé devant l'autel, portent le costume des évêques du moyen
âge.

De moindre importance sont quatre tapisseries ayant pour
sujet la vie de saint Paul et d'autres consacrées à l'histoire de
Cyrus ou à des sujets mythologiques, Pomone par exemple. Il
y en a six, de dimension plus petite, tirés des sujets de l'histoire
sacrée et profane, et trois très-belles de dessin italien, représen-
tant des personnages qui tiennent en main de grandes sphères
géographiques; l'une d'elles montre un roi et une reine debout de
chaque côté d'un globe terrestre, allusion évidente aux décou-
vertes de Christophe Colomb sous Ferdinand et Isabelle.

Voici encore quatre grandes tapisseries qui, malgré de grandes
fautes de dessin et de perspective, offrent un vif intérêt à cause
de leur sujet historique : c'est la conquête de Tunis par l'empe-
reur Charles-Quint. Elles reproduisent les plans géométriqnes et
la vue à vol d'oiseau du camp et de la bataille, les figures gran-
deur nature de l'empereur, de son armée et des Maures. La
figure de Barbalunga, qui a tracé ces plans, se trouve dans cha-
cune de ces tapisseries. On s'imagine aisément l'intérêt des dé-
tails des costumes et de l'architecture. Il y a au palais une copie
de ces tapisseries, faite à la manufacture de Madrid, mais très-
inférieure aux originaux.

Parmi les spécimens sans figures il faut citer quatre admira-
bles Grutteschi, où des fruits, des fleurs et des animaux sont
délicieusement enchevêtrés, et quatre petites tapisseries de balcon,
reposteros, d'un beau dessin raphaëlesque.

La série de l'histoire de Noë n'a fourni qu'une seule tapis-
serie à l'exposition. Elle est digne des plus grands éloges; les
figures, plus grandes que nature, dans le grand style du temps de
Raphaël et de Michel-Ange; les costumes richement brochés
d'or; dans la bordure, des scènes du déluge; dans la partie supé-
rieure, des blasons aux armes de Castillc, de Léon et d'Autriche.

Il y a deux reproductions de tableaux de Geronima Bosch;
les figures sont minutieuses, et plusieurs des originaux se trou-
vent à la galerie de Madrid. Elles représentent les épisodes de la
tentation de saint Antoine, et, comme toutes les compositions de
cet artiste si mal représenté en dehors de l'Espagne, elles sont
d'une originalité et d'une fantaisie exubérantes.

Toutes les tapisseries que je viens d'énumérer brièvement
ont un grand mérite artistique, mais les plus importantes pour la
grandeur de la composition sont les quatre tapisseries prove-
nant de la série de l'Apocalypse, et quatre autres intitulées les
Vertus et les Vices. Chacune de ces draperies splendides a le
double de la dimension ordinaire, et leur composition et leur
dessin peuvent rivaliser avec les plus beaux tableaux de l'époque.
Celles qui représentent des scènes de l'Apocalypse, dont les des-
sins ont été attribués à M abuse, sont rendues d'une façon mer-
veilleuse ; et les différentes visions, les animaux fantastiques et
d'autres détails curieux, sont exprimés dans le style artistique le
plus élevé. Celles représentant les vertus et les vices ônt aussi
le plus grand mérite. Les personnages principaux de l'histoire an-
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