L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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m . L'ART.

blant que le futur artiste présentait son travail à son maître, et il semblait toujours confus de ne
pouvoir faire mieux ou plus. Mais cette production enragée rendait un peu jaloux ses camarades,
moins laborieux que lui, et qui ne se gênaient pas pour dire qu'il était impossible de produire de
bons fruits avec une culture ainsi surmenée, et qu'une telle fécondité devait nécessairement aboutir
à l'impuissance. M. Ambroise Thomas, mieux avisé que naguère M. Bazin, savait discerner les
qualités de son élève; il faisait au contraire grand fond sur lui, il était presque touché de l'énergie
et de la force de volonté dont il faisait preuve. Aux fâcheux pronostics des camarades, il répon-
dait : « Laissez, laissez faire; quand ce grand feu-là sera passé, il saura bien retrouver son aplomb
et devenir ce qu'il doit être. »

Enfin M. Massenet travailla tant et si bien qu'il fit, en 1862 et 1863, deux doubles concours de
la façon la plus brillante. En 1862, il obtenait un second prix de fugue et une mention honorable
au concours de Rome, et l'année suivante il enlevait le premier prix de fugue et le premier grand
prix de composition. La cantate, qui lui avait valu une mention honorable, était d'Édouard Monnais,
et avait pour titre : Mademoiselle de Montpensier; celle avec laquelle il obtint son premier prix était
intitulée : David Ritfio, et avait pour auteur M. Gustave Chouquet. Cette dernière fut chantée par
M. Roger, par le pauvre Gourdin, mort si jeune, après avoir fait une apparition si brillante à
l'Opéra-Comique, et par M'ne Vandenheuvel-Duprez.

M. Massenet fit donc à son tour ce voyage de Rome, si inutile à la plupart de nos jeunes
compositeurs, souvent plus obscurs au retour de ce voyage qu'alors qu'ils se préparaient à le faire.
Mais il ne perdit pas son temps en Italie, où il se remit au travail avec ardeur, et d'ailleurs il n'y
resta pas tout le temps qu'il passa hors de France. Il prit un beau jour sa course et s'en alla
visiter l'Allemagne et la Hongrie, comme Berlioz, regardant, rêvant et composant toujours, car il
avait, lui aussi, sa muse pour compagne de route. En 1865, il est à Pesth, où il écrit ses Scènes de bal,
espèce de « suite » pour le piano, d'une forme délicate et élégante, qu'il publiera plus tard, lors de
son retour à Paris, et il jette sur le papier la première idée des Scènes hongroises, avec lesquelles il
fera, quelques années après, sa deuxième Suite d'orchestre. Au commencement de 1866, il est, je crois,
de retour à Rome, d'où il fait à l'Académie des Beaux-Arts l'envoi que tout pensionnaire de la villa
Médicis est tenu d'effectuer chaque année. C'était une grande ouverture de concert et un Requiem à
quatre et huit voix, avec accompagnement de grand orgue, de violoncelles et de contre-basses.
Presque aussitôt il revient à Paris, et à peine est-il arrivé que, dès le 24 février, il fait exécuter aux
concerts du Casino une œuvre importante intitulée : Pompeia.

Il est toujours intéressant, lorsqu'un artiste a réussi à se mettre en lumière, de voir de quelle
façon ont été jugés ses premiers essais, ceux qui sont restés inaperçus de la foule. Je reproduirai
donc ici, au sujet de Pompeia, l'appréciation qu'un de mes confrères les plus consciencieux et les
plus experts, M. Charles Bannelier, publiait alors dans la Revue et Galette musicales : « M. J. Massenet,
prix de Rome de 1863, n'a pas parcouru en vain « la terre classique des arts » ; il en a rapporté une
fantaisie symphonique intitulée : Pompeia, dans laquelle il a essayé de retracer quelques scènes
antiques. Les quatre morceaux dont elle se compose, Prélude, Hymne d'Eros (danse grecque), Chœur
des funérailles, Bacchanale, pourraient être signés Berlioz; on y retrouve la touche vigoureuse de ce
maître, l'horreur des lieux communs qui le fait quelquefois tomber dans l'étrange, et tel dessin
d'orchestre, tel duo d'instruments à vent rappellent, sans y ressembler pourtant, les danses puniques
des Troyens à Carlhage. On conçoit que la coupe ordinaire des morceaux symphoniques n'était pas
ici de mise; il ne faut pas chercher dans cette évocation du fantôme de la vieille Italie des dévelop-
pements selon les règles, des motifs revenant à la place voulue, des modulations prévues : c'est une
description, un programme suivi pas à pas, avec des accents tantôt grandioses, tantôt naïfs, quelque-
fois exagérés dans leur expression, mais toujours vrais. Nous avons été frappé de l'habileté de
l'instrumentation, vraiment surprenante chez un jeune homme de cet âge, que le sentiment doit
guider plus encore que l'expérience. M. Massenet est d'ailleurs un musicien consommé et un de nos
plus habiles pianistes. Après un pareil début, nous sommes en droit d'attendre d'une organisation
aussi heureuse des travaux d'un autre ordre, qui, nous en avons la conviction, lui assigneront une
place honorable parmi les compositeurs contemporains. »
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