L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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s'imposant aux yeux d'abord, puis à l'esprit et au cœur, au nom de la supériorité de l'être pensant
qui occupe la première place dans la nature, devant qui tout disparait et le paysage et la matière
mise en œuvre, et l'architecture des fonds, et les objets même les plus splendides, les étoffes les plus
vives et les tons les plus brillants.

L'influence de Fortuny a été réelle; dans son genre il a été un chef d'école, et ce n'est pas une
vérité nouvelle que les disciples sont plus portés à exagérer les défauts du maître qu'à lui emprunter
ses qualités. Doué d'une main prodigieuse, il a créé l'École de la main. Sa science réelle, jointe à un
charme incontestable que tout le monde a subi, son amour de la lumière, son culte pour le soleil;
un je ne sais quoi d'inattendu dans le choix, dans l'idée et dans le rendu, ont fait sa renommée qui
fut légitime. -Mais autour de lui on crut bientôt qu'il suffisait d'affubler un modèle d'un costume aux
vives couleurs et de le placer sur un fond plus ou moins approprié, pour constituer un tableau. Le
temps, L'heure, l'époque, le pays, l'atmosphère spéciale à chaque milieu, l'âme des choses, en un mot,

LE Faust de Gounod.
Dessin de E. Bocourt, gravure de Turbaut, d'après le tableau de Fortuny.
^Collection de M. Ramon de Errazu).

le caractère n'exista plus pour un certain nombre d'artistes, qui remplacèrent aussi la science du dessin
par la prestidigitation du pinceau et la séduction de la tache, tandis que personne peut-être , parmi
les plus autorisés et les plus incontestablement forts, n'a rendu le caractère du pays maure et les
types comme Fortuny. Zamacbïs, lui, avait un esprit si piquant, si pénétrant, qu'un de ses tableaux,
dont il aurait écrit le sujet, eût été presque aussi intéressant que le tableau lui-même ; d'autres qui
n'avaient ni cette pénétration ni cet acquis, n'empruntèrent à tous deux que leurs costumes et
créèrent un art vide et plein d'imposture. Ils crurent qu'il suffisait de rassembler dans une toile le
plus grand nombre possible de brillantes défroques pour ressusciter une époque, mais n'étant pas
convaincus eux-mêmes, ils n'arrivèrent point à nous convaincre.

En art, il faut être docile et se laisser conduire comme par la main par celui qui parle, s'il peut
vous persuader, vous émouvoir et vous toucher, il faut ne pas discuter son émotion et se sentir
heureux d'avoir pu l'éprouver. La variété du tempérament des artistes, leurs points de vue si
différents, les facultés contraires dont ils sont doués, constituent justement la richesse de ce domaine
de l'art. Pour prendre un exemple que la mort elle-même nous -fournit, en les frappant l'un après
Tome I. <-o
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