L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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l'âme, ne demanderait pas mieux que de nier ce qui fut grand
jadis comme ce qui l'est aujourd'hui. Nous ne combattons pas
non plus ceux qui ont cru devoir se servir avec nous de l'arme
du ridicule et du sarcasme ; ceux-là ont eu de notre part ce qu'ils
méritent, l'indifférence et le dédain. Ce que nous combattrons
jusqu'à la dernière heure, c'est la superstition de l'incrédulité. »

« Incrédulité déloyale, » « aveuglement systématique et pré-
médité, » c matérialisme, » « sentiment grossier, » « instinctif
dédain de tout ce qui rappelle l'âme, » « superstition de l'incré-
dulité, • voilà, il faut en convenir, de bien gros mots pour un
« historien » qui prêche le calme et la dignité. Il ne fait pas bon
de n'être pas du même avis que M. Siret. Franchement, en expri-
mant nos doutes sur le miracle prôné par le directeur du Jour/ml
des Beaux-Arts} nous ne croyions pas être si criminels que cela
et nous ne nous attendions pas à une pareille avalanche d'épi-
thètes. Qu'aurait donc dit l'impartial « historien, » si, sans attendre
son exemple, nous lui avions les premiers parlé de « crédulité
déloyale, d'aveuglement systématique et prémédité ? » Il n'aurait
pas manqué de protester contre de pareils procédés de discus-
sion, et il aurait eu grandement raison. Il ne devra donc pas
trop s'étonner que, nous aussi, nous les trouvions quelque peu
étranges de sa part.

Au fond, à quoi se réduit la question ? M. Siret trouve tout
simple qu'un enfant de onze ans, qui savait à peine écrire, ait pu
faire plusieurs centaines de tableaux qu'il déclare des chefs-
d'œuvre. A nous la chose paraît moins simple, et nous confes-
sons que les arguments de M. Siret ne nous ont pas convaincus.
Là est notre crime. Est-ce vraiment assez pour nous mériter
l'excommunication majeure que M. Siret fulmine contre nous ?

Un mot encore pour répondre à un dernier reproche que
M. Siret m'adresse personnellement en ces termes :

« Le 30 mars dernier, nous avions écrit au journal français
Y Art. directeur M. Eugène Véron, une lettre polie au sujet de
sa manière leste et sommaire de traiter l'affaire Van de Kerkhove.
Cette lettre'n'a pas paru. M. Eugène Véron me permettra sans

doute de trouver le procédé peu français........

« Je ne demanderai même pas à ce journal, qui se refuse à
m'entendre. d'enregistrer loyalement dans ses colonnes la marche
de l'instruction de cette affaire et la conclusion glorieuse qui
l'attend. L Art a trop manqué aux lois les plus élémentaires de la
confraternité entre journalistes pour que je m'occupe encore de
lui. »

Voici les faits :

Le 16 mars , par un phénomène d'ubiquité que le « rationa-
lisme » n'explique pas et qui cependant n'est pas un miracle,
M. Siret m'a envoyé sous la même enveloppe et datées du même
jour, deux lettres, l'une de Saint-Nicolas, l'autre de Louvain.
Toutes deux avaient trait à la même affaire Van de Kerkhove.
Pour la première, écrite de son domicile officiel, M. le sous-préfet
de Saint-Nicolas demandait l'insertion dans Y Art. Elle a paru
dans le numéro du 21. Celle que le directeur du Journal des
Beaux-Arts écrivait au même moment dans son domicile de jour-
naliste à Louvain, portait la mention : confidentielle, et n'a pas

été publiée. Je ne suppose pas que ce soit là ce qui motive la
grande colère de mon honorable correspondant. Je la publierai
cependant pour peu qu'il y tienne. On y verra comment le cha-
ritable directeur du Journal des Beaux-Arts entend la polémique
1 confidentielle. > et de quel air, 1 dans l'intimité de confrère à
confrère. » il traite les correspondants de journaux qui ont le
malheur de se trouver sur son chemin, sans doute pour démontrer
que lui seul sait observer et pratiquer ces « lois élémentaires de la
confraternité entre journalistes. » auxquelles il tient tant qu'on ne
manque pas... à son égard.

Le 30 du même mois, M. Siret m'a adressé une troisième
lettre, datée cette fois de Bruxelles. Mais il n'en demandait pas
l'insertion. Loin de là, plusieurs lignes semblaient exprimer une
intention toute contraire. Me serai-je trompé dans cette inter-
prétation? C'est possible; le plus simple est de les mettre sous les
yeux des lecteurs de l'Art, et de M. Siret lui-même, qui sans
doute en a oublié les termes :

« Je n'ai ni le temps ni l'envie d'ouvrir une polémique à ce
sujet dans votre estimable publication, mais l'heure viendra^ j'es-
père , où j'aurai à mon tour quelques communications intéressantes
à vous faire, et vous voudrej bien vous rappeler alors que j:ai droit
à un peu de place chej vous 1. i>

J'ai cru n'avoir rien de mieux à faire que d'attendre les
« communications intéressantes » qui m'étaient promises, et je
crois encore que tout autre aurait agi de même à ma place. Si elles
m'étaient parvenues, M. Siret peut être sùr que je les aurais
loyalement insérées, comme j'avais fait pour sa première lettre.
Mais elles ne sont pas arrivées, et vraiment il me semble qu'il y
a plus de la faute de M. Siret que de la mienne. Puisqu'il se
contentait de réserver son droit pour l'avenir, je devais naturel-
lement supposer qu'il n'estimait pas l'heure venue d'en user.
Avant donc de déclarer que « Y Art refusait de l'entendre, » M. Siret
aurait dû se donner au moins la peine de demander claire-
ment à être entendu. S'il n'a pas jugé à propos de le faire, il ne
peut s'en prendre qu'à lui-même. Il ne peut après tout exiger
qu'on devine ses désirs lorsque non-seulement il ne les exprime
pas, mais que même il pousse la précaution jusqu'à dire juste le
contraire de ce qu'il veut.

Eugène Véron.

D'un autre côté, notre correspondant de Bruxelles,
M. Ch. Tardieu, nous écrit :

« La polémique relative à l'affaire Frédéric Van de Ker-
khove a perdu tout espèce d'intérêt. Je ne vois pas la nécessité
d'y insister, et je vous demande li permission d'attendre, pour
y revenir, qu'il se produise quelque fait décisif et improbable en
faveur de la légende des six cents Fritz, qui paraît tout à fait
discréditée pour le moment. On continue à recueillir des témoi-
gnages, des attestations, des certificats à l'appui de l'authenticité
des panneautins attribués à Fritz Van de Kerkhove, mais tout
cela est plus encombrant que probant. Un exemple. Le Journal
des Beaux-Arts fait état de la lettre suivante adressée à M. Siret

i. Pour épargner à M. Siret le chagrin d'avoir à me soupçonner de vouloir esquiver sa lettre, je la transcris ici tout entière:
« Monsieur le Rédacteur,

« D après les précédents je m'attendais à trouver dans vos colonnes « l'Enquête Rousseau » que quelques-uns de nos journaux ont jugée sévèrement, en faisant
observer qu'elle n'a été faite dans aucune condition d'équité, puisqu'elle n'a pas été contradictoire et qu'elle a eu soin de passer sous silence toutes les attestations
en faveur de la partie adverse, lesquelles lui ont été suffisamment indiquées.

« Je n'ai ni le temps, ni, etc. (ici la phrase citée plus haut).

« En terminant, je dors vous ôter quelques illusions : la question Fritz n'est pas enterrée malgré votre oraison funèbre si lestement enlevée. Les expositions
futures, y compris celles de Paris, de Londres, etc., ({ai auront /('en, seront d'autant plus piquantes et plus courues que vous aurez davantage appelé l'attention sur
cette affaire. »

On voit que rien dans cette lettre ne m'obligeait à croire qu'elle fut destinée au public. Elle ne présentait aucun argument à son adresse ; en somme elle se
bornait à déclarer que M. Siret continuait à affirmer l'authenticité du génie du jeune Fritz, ce que tout le monde savait de reste par nos propres articles. Quant à
l'accusation portée contre ic l'Enquête Rousseau, » elle est au moins singulière et il serait trop facile de la retourner contre « l'Enquête Siret. » Aux arguments
présentés par celui-ci en faveur de sa thèse, son contradicteur a naturellement répondu par des arguments en faveur de la thèse opposée. M. Siret, qui reproche à
M. Rousseau de n'avoir recueilli que les témoignages qui lui étaient favorables, me semble donc avoir suivi exactement la même méthode en sens contraire, avec cette
circonstance aggravante, que c'est lui qui a donné l'exemple; car enfin je ne sache pas que M. Siret se soit inquiété de faire te une enquête contradictoire, » ni qu'il
ait recherché des attestations autres que celles qui pouvaient être d'accord avec sa propre opinion. La contre-enquête de l'Écho du Parlement, en ajoutant une liste
de non à la liste des oui antérieurement publiée, n'a donc fait en somme que compléter l'enquête du Journal des lleaux-Arts.
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