L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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SALON DE 1875. 11

avait une chose très-simple à faire : ne point écrire de second rapport mettant le premier à néant,
mais se borner à insérer un avis bien bref, bien net, au Journal Officiel pour rappeler aux intéressés que
le Gouvernement ne se mêlait pas du Salon de 1875 et que c'était à eux à se débrouiller comme
bon leur semblerait.

Vous auriez vu comment on se serait mis à l'œuvre et comment cette fois on aurait fini par
enfanter quelque chose de sensé. Dame Nécessité fait loi. Des gens qui avaient quelque chose comme
dix mille œuvres d'art prêtes en vue du Salon, — tableaux, aquarelles, pastels, miniatures, dessins,
sculptures, gravures, lithographies et plans architecturaux, — ces gens-là, acculés, auraient éprouvé
le besoin de se tirer d'affaire et ils s'en seraient tirés, et parfaitement.

Aujourd'hui que l'ancien système fonctionne à nouveau, modifié plus ou moins maladroitement,
aujourd'hui qu'il y a comme de coutume beaucoup d'élus et pas mal de refusés, le chœur de criailleries
annuelles sur l'inintelligence de l'administration et les injustices du jury recommence de plus belle.
Cela me laisse très-froid venant de gens qui ont couru après ce qu'ils maudissent; ils n'ont pas su
faire leurs affaires eux-mêmes, ils n'ont que ce qu'ils méritent; ce n'est certes pas moi qui aurai la
naïveté de les plaindre.

Quant à M. de Chennevières, on pouvait être certain qu'il s'en tirerait en homme d'esprit. Il
avait prouvé une fois de plus par ses nobles paroles à la distribution des prix de V Union centrale des
Beaux-Arts appliqués à l'Industrie, dans quelle voie libérale il était désireux de marcher; on lui a fait la
sourde oreille ; il a opéré un changement de front, en prononçant, le 24 mars, un autre discours devant
les quatre sections réunies du Jury du Salon :

«..... Ce que j'aurais été heureux de vous voir faire sans nous, je vous prierai de vouloir bien le faire

avec nous. Les artistes élisent le jury, admettent, par ce jury, les œuvres du Salon, contrôlent le place-
ment de ces œuvres, décernent les récompenses ; quand ils auront fixé par vous, messieurs, qui les repré-
sente^, les points capitaux, les détails essentiels du règlement, nous n'aurons plus qu'à pratiquer et à faire
observer ce règlement ; l'administration se trouvera ainsi désintéressée de ce qui peut soulever contre elle,
de la part des artistes, des récriminations pénibles et des tiraillements que, pour tout au monde, je
voudrais éviter, car je ne suis point venu à la direction des Beaux-Arts pour diviser les artistes, mais
au contraire pour les unir de mon mieux.

« je ne puis vous dire combien j'ai horreur des discordes qui peuvent agiter les ateliers, diminuer
nos forces communes, notre commune considération et créer des partis sur des questions que je ne
soulèverai jamais que pour le commun intérêt. Je regarderais comme une honte pour moi de me faire
l'homme d'un groupe d'artistes, le serviteur d'une coterie ; mais nul n'est plus désireux de consulter l'opi-
nion publique des artistes et d'en saisir l'expression-dès qu'elle me semble autorisée. C'est pourquoi,
messieurs, vous qui êtes leurs délégués, je vous prie, pendant le long et pénible travail auquel vous allez
vous livrer, soit pour choisir les œuvres destinées au Salon, soit pour les récompenses, je vous prie
de vouloir bien être attentifs aux améliorations que vous jugere\ bon d'apporter au prochain règlement,
et je vous demanderai de les formuler dans les dernières séances de vos sections réunies. »

Ah! le bon billet qu'a La Châtre! faudrait-il s'écrier en présence de tant d'esprit et du meilleur
s'il ne s'agissait d'un des hommes les mieux intentionnés de France et les plus injustement attaqués.

Attaqué, il ne l'est pas seulement pour ses actes, il l'est pour ceux des autres; je n'en citerai que
ce seul exemple pour donner une idée de la bonne foi de ses adversaires : c'est à lui qu'ils font
remonter le nouveau mode de nomination du jury ; et la vérité est qu'il n'a pris aucune part à cette
mesure malencontreuse.

Quoi qu'on fasse, quoi qu'on dise, M. de Chennevières reste l'administrateur le plus compétent,
le plus artiste, qui ait jamais été placé à la tête de la direction des Beaux-Arts.

De tout ce qui précède, il résulte que l'organisation du Salon de 1875 et la constitution du Jury
ont engendré plus de cancans que jamais; le ciel nous préserve d'y prêter la moindre attention; je ne
puis cependant m'empêcher de regretter profondément l'avalanche de protestations épistolaires qui
s'est également produite, surtout après avoir vu s'y laisser entraîner entre autres un artiste de
beaucoup de talent qui est une très-grande et très-fine intelligence et l'un des écrivains hors pair
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