L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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M. EDOUARD DETAILLE

u milieu des peintres nouveaux qui ont marqué, dans ces dernières
années, par la façon précise, sincère, étudiée de près, dont ils com-
prennent un des genres les plus français de notre art, la peinture
militaire, M. Edouard Détaille est certainement celui qui a tout
d'abord enlevé avec une vivacité heureuse et retenu par les plus
sérieuses qualités le suffrage des amateurs. Très-jeune encore,
M. Détaille n'a rien à envier à la célébrité et à la vogue, qui est
comme la réputation monnayée. Il est arrivé, on peut le dire, dès
ses premiers pas, et la façon dont il a pris soin de mériter l'accueil
du public par des études nouvelles, par un travail constant et résolu,
prouve de reste que cette renommée soudaine repose sur des bases solides, et que le nouveau venu
de 1867 tiendra toutes les promesses de ses éclatants débuts.

Peu d'artistes à coup sûr ont commencé aussi jeunes que M. Détaille à se présenter au public.
En 1867, lorsqu'il exposa au Salon l'Intérieur de l'atelier de Meissonier, il n'avait pas dix-neuf ans. Il
venait à peine d'achever ses études, qu'il avait faites solides au lycée Bonaparte, et, le diplôme de
bachelier ès lettres une fois conquis, de passer deux ans chez Meissonier, lorsqu'il débuta par ce
tableau où toute sa finesse d'observation et toute sa correction de dessin se trouvaient déjà.

Edouard-Jean-Baptiste Détaille est né à Paris, le ç octobre 1848. Il a donc, à cette heure,
vingt-six ans et demi. Ses frères et sœurs sont nombreux; un de ses frères, plus jeune que lui, se
destine aussi à la peinture; deux de ses frères ont été militaires et sont morts tous deux, l'un
pendant la guerre de 1870-71, le dernier, loin du pays, dans une prison d'Allemagne. Dès
le collège, Edouard Détaille se sentait une vocation irrésistible pour cet art où il devait passer
maître. Ses cahiers d'écolier étaient couverts de dessins, de croquis lestement enlevés, pleins de
curiosité et de verve. En août 1865, il achevait ses classes; en novembre, à dix-sept ans, il entrait
chez Meissonier, qu'il vénère. Il se sentit très-dérouté dans les premiers temps, obligé de désapprendre
le peu qu'il savait, qu'il s'était appris lui-même d'instinct, et ce peu, à vrai dire, était considérable.
Il lui fallut remplacer le chic alerte et amusant par l'étude sérieuse d'après nature ; mais, résolu et
énergique, Détaille doubla en quelque sorte ses facultés brillantes, le don unique qu'il avait, par
une constante application, jusqu'au jour où Meissonier lui dit : « C'est bien, maintenant vous pouvez
marcher tout seul! »

Son premier tableau, VAtelier de Meissonier, avait été précédé d'une quantité considérable d'études
de toutes sortes, chevaux, soldats, personnages multiples, le tout d'après le modèle, de paysages, de
natures mortes et de travaux d'après le nu. On n'acquiert point la science profonde de dessin, l'habi-
leté d'œil et de main qu'on retrouve dans les tableaux d'Edouard Détaille sans une certaine opiniâtreté
dans les premières études, et c'est une vérité que, dans tous les arts, la facilité habituelle est née du
primitif labeur.

Edouard Détaille passait dans le midi l'hiver de 1867-1868, il peignait là-bas ses Cuirassiers
ferrant leurs chevaux sur la route d'Antibes (campagne d'Italie, 1859), tableau animé, pittoresque,
aux physionomies bien traitées, et la même année il achevait sa Halte de tambours que son modèle
enchanté lui proposait de lui acheter sur l'heure, le tableau une fois achevé. Si je ne me trompe,
le modèle paya la Halte de tambours huit cents francs environ et la revendit bientôt fort cher à la prin-
cesse Mathilde. Cette Halte figurait au Salon de 1868. L'année suivante Détaille exposait ses gre-
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