L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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50 L'ART.

nadiers de la garde au camp de Saint-Maur (le Repos pendant la manœuvre) dont Théophile Gautier
louait les attitudes, l'esprit et la vérité. Ce tableau est aujourd'hui en Amérique et fait partie de la
collection Stewart. De la même année datent de fort élégants Incroyables au Luxembourg, une Lecture
des journaux (costumes du Directoire^, tme Grille de jardin public avec deux figures vêtues à la mode
du premier Empire et une vigoureuse aquarelle, des Cuirassiers à l'ordonnance de 1797.

Cette année 1869 est féconde d'ailleurs pour le jeune peintre : il termine presque coup sur coup,
outre les œuvres que je viens de citer, un Café sous le Directoire, le Plan de campagne — deux bourgeois
discutant stratégie au Luxembourg, — un Général aux avant-postes, uniforme du premier Empire, aqua-
relles, et une quantité de dessins et d'oeuvres dont l'artiste n'a même point gardé le souvenir, quoi-
qu'elles aient déjà une valeur sérieuse.

Mais son premier grand succès date du Salon de 1870. C'est ce tableau d'une composition si
curieuse, le Combat entre les cosaques et les gardes d'honneur. Les cavaliers se poursuivent sous bois, pleins
de mouvement et de furie. H y a là, dans cette scène composée d'après les documents, une vérité en
quelque sorte photographique et on jurerait que le peintre a assisté à cet engagement et à cette lutte
à coups de lance et de sabre. « C'est, disait Théophile Gavitier, une vraie merveille d'exécution. »

Edouard Détaille continuait à cette époque à se montrer épris de ce moment du Directoire vers
lequel la mode allait bientôt se tourner, au théâtre et dans le livre. Notons, pour être complet dans
l'énumération de ses œuvres, plusieurs aquarelles qui datent de la même année, une Halte de
cavalerie, la Lecture des affiches (Directoire), un Général au bivouac (premier Empire), un Jeune Mus-
cadin.

Au moment où la guerre éclata, l'auteur de ces œuvres déjà nombreuses qui se sentait aussi vive-
ment attiré par les élégances de la vie parisienne que par les poésies poignantes ou les réalités doulou-
reuses de la bataille, et qui voudrait encore aujourd'hui rendre avec plus de précision et de science
qu'un Eugène Lami les séductions mondaines de notre vie moderne, M. Détaille avait commencé un
tableau tout parisien, le Moulin du Champ de courses, des voitures, des cavaliers, des femmes, le
mouvement et le poudroiement du high life. La déclaration de guerre le contraignit à laisser la toile
inachevée.

Edouard Détaille prit alors le fusil. De la fin du mois d'août à la fin de novembre 1870, il fit par-
tie du 8e bataillon de la garde mobile de la Seine, campé d'abord au camp de Saint-Maur, puis envoyé
à Villejuif. Détaille se trouvait maintenant au premier rang pour étudier la guerre : « Il faudrait tout
croquer sous le feu! » disait Charlet. Le jour de la bataille de Châtillon, Détaille, dans les maisons
barricadées, assistait à des scènes à la fois profondément intéressantes pour un peintre, profondément
tristes pour un Français. Puis onl'envoyait à Pantin, il faisait le coup de feu à Bondy, et, en novembre,
le général Appert l'attachait, en qualité de secrétaire, à sa personne et lui laissait une assez grande
liberté, ce qui permit au jeune artiste d'assister de près à toutes les scènes du siège. Ce qui le frappa
surtout, ce fut la bataille du 2 décembre, sur la Marne, lutte vraiment terrible, le plus violent effort du
siège et que Détaille vit de très-près. C'est là qu'il trouva le sujet de ce sinistre dessin, fait de souve-
nir, qui représente vin rang de Saxons foudroyés par une mitrailleuse et dans des attitudes convulsées.
Il avait pu voir ce spectacle horrible, au-dessus de Bry-sur-Marne sur ce plateau, où, le soir de la
bataille, étaient étendus tant d'uniformes.

Une aquarelle très-achevée et d'une vérité lugubre, qui représente des brancardiers, par ce sombre
temps d'hiver, ramassant les morts sur le champ de bataille semé de cartouches déchirées, date aussi
de cette même année et est née de ces mêmes impressions.

Détaille, comme la plupart des jeunes peintres d'aujourd'hui, n'envisage pas la guerre comme les
Van der Meulen et même les Horace Vernet et les Yvon l'ont regardée, par son côté théâtral et mélo-
dramatique, mais parle côté intime, qui est le plus saisissant, par l'épisode, la seule chose, à dire vrai,
qu'on puisse voir dans les batailles, où toutes les troupes tirent couchées et où l'œil n'aperçoit rien.
« Je cherche surtout, écrivait-il un jour dans une lettre à un ami, point du tout destinée à la publicité,
je cherche à faire ce que j'ai vu et ce qui m'a frappé; il est cependant des scènes très-grandes et très-
compliquées que j'ai pu voir et que je traiterais aussi volontiers que le côté intime. Une impression que
l'on ne pourra jamais rendre, c'est celle des cadavres défigurés, des blessés sans bras ni jambes, de
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