L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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M. EDOUARD DETAILLE. ^

cette sorte de musée d'anatomie. Jamais l'on ne pourrait se permettre, je crois, de présenter cela au
public. J'aimerais faire un tableau de ce genre et essayer de rendre l'idée d'un endroit où ont passé les
projectiles. »

Tout se tient, on le voit, dans la façon dont chaque époque comprend un même fait. Nos peintres,
comme nos romanciers, envisagent la guerre par l'intimité, à la manière de Stendhal contant la bataille
de Waterloo. Ces menus faits qu'aimait H. Beyle, ce sont eux que nos artistes nous peignent.

Un Clairon d'infanterie.
Fac-similé d'un dessin de M. Ed. Détaille.

Les douloureux spectacles de l'invasion et de la guerre devaient profondément influer sur le talent
de M. Édouard Détaille. Son œil, habitué à voir vite et juste, allait saisir avec une netteté singulière
les attitudes et les types des Allemands en même temps que l'allure même de nos soldats. Pour qui a
vu le siège de Paris, le dessin qui accompagne cet article est, en quelque sorte, la personnification
même de notre armée parisienne. Ce malheureux enfant, à demi mort de froid, battant la semelle, gelé,
— vaincu, on le sent, mais héroïque, — faisant bonne contenance malgré le rude hiver et la misère,
ce soldat, si admirablement dessiné, incarne une armée, comme les Allemands que M. Détaille nous
montrait déménageant nos tableaux, emportant nos meubles dans leurs voitures — guerriers escortés
et doublés de juifs usuriers — et jetant sur Paris un dernier regard d'envie, étaient, en même temps
qu'une œuvre d'art parfaite, une satire cruelle et vraie.
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