L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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58 L'ART.

bleu malsain est en contact immédiat avec une robe de gros bleu féroce appartenant à la poupée que
tient l'enfant • ajoutez à ces notes harmonieuses un dossier de siège lie-de-vin et un fond d'un vert
sali, et vous aurez une idée de la peinture de M. Hébert qui se croit coloriste. Je n'ai dit mot du
visage pour ne pas me répéter.

Quant à MUe C. de G..., vous allez la voir plus massacrée encore. Non content de lui faire des
oreilles sanguinolentes, son bourreau la montre avec les yeux malades, les paupières cernées de rouge,
la bouche fantastique et la mâchoire à l'avenant. Le visage, le cou, la poitrine, ne présentent point
trace de modelé. Il y aurait cruauté de parler du coloris qui, noir-brun et framboisé aujourd'hui, sera
uniformément noir avant dix ans ; dès à présent il réussit à donner, à distance, au modèle le sédui-
sant aspect d'une noyée. En y regardant de très-près, on constate cependant que le fond, fait de
raclures de palette, est noir-bleu ou bleu-noir, quelque peu fouetté de jaune. Enfin je ne vous dis rien
de la pose de ces trois portraits ni de leur élégance, le néant ne se discutant pas ; il y a cependant
certains faux cheveux flottants ramenés sur ce qui pourrait être la poitrine de M1Ie C. de G..., qu'il
est bon de ne pas oublier ; ils ajoutent à l'ensemble, avec des sourcils plantés le plus étrangement du
monde, une note acajou du plus piquant effet.

. Après l'Agésilas,

Hélas !
Mais après l'Attila,
Hola!

Attila! un nom bien formidable pour en affubler M. Alexandre Gabanel, membre de l'Institut,
peintre d'histoire érotico-licencieuse — le grand art probablement, Vénus et Thamar! — et portrai-
tiste du meilleur monde.

Thamar1 est un sujet biblique ultra-scabreux que je ne me charge pas de raconter ici ; l'explication
en est probablement réservée pour l'enseignement à huis clos des disciples qui fréquentent l'atelier de
M. Cabanel. Je me bornerai à copier le livret :

«...... Alors Thamar ayant déchiré sa robe, s'en alla, tenant sa tète couverte des deux mains, dans

la maison de son frère Absalom, où elle demeura séchant d'ennui et de douleur. — Absalom conçut
contre Amnon une grande haine de ce qu'il avait outragé sa sœur Thamar (Ancien Testament,
Les Rois, Liv. II, Ch. xm, V. 19, 20). »

Voilà le thème ; voyons ce que M. Cabanel en a tiré.

Au premier plan, Thamar se tord avec calme sur les genoux de son frère assis sur un divan et
posant de la plus belle façon pour essayer de se donner un air terrible ; à droite une négresse vue
de dos se lamente appuyée contre la muraille. Costumes arabes, intérieur arabe, étoffes et bibelots à
profusion.

La pose de Thamar constitue la plus irrévérencieuse astragale qui se puisse imaginer; j'ai entendu
comparer les épaules et la chute des reins aux deux bosses d'un chameau, et, si peu aimable que soit
la comparaison, je suis obligé de reconnaître qu'elle n'est que strictement vraie ; ajoutons que les
proportions monumentales de ces deux bosses, puisque bosses il y a, sont identiques, et vous pourrez
vous former une juste idée de l'élégance de ce corps. La négresse n'est pas mieux partagée ; son torse
n'en finit pas, mais ses chairs brillent par la nouveauté du ton chocolat saucé de glacis violacés ;
— c'est fort original.

Absalom a le bras droit menaçant et bien curieux; on dirait un bras mécanique; il ne se relie
pas anatomiquement à l'épaule ; il a l'air d'une pièce de bois qui y est vissée.

Le modelé des trois figures est à l'état embryonnaire, et l'amour de la symétrie ne s'affirme pas
seulement dans les proéminences résultant de la ligne si singulière du corps de Thamar; il y a
similitude dans le mouvement des bras, des jambes ; il n'est pas jusqu'aux mains et aux pieds dont
les doigts ne remuent à l'unisson! La peinture, tenant à rester à la hauteur de la composition,
est, d'un bout à l'autre, du même faire, uniformément fade et mon; les chairs, les vêtements,

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