L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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mesures. Est-ce bien là une « messe » proprement dite, une
œuvre d'un caractère profondément austère et absolument reli-
gieux } Je ne voudrais pas l'affirmer, étant donné l'accent
humain, dramatique et passionné qui s'en dégage à tout instant.
Ne serait-ce pas plutôt une sorte d'oratorio, de drame funèbre,
merveilleusement coloré, et d'une éloquence superbe ? Je le
croirais d'autant plus volontiers que, dans les temps troublés où
nous vivons, avec les incertitudes morales qui pèsent sur tant
d'âmes, les artistes, comme tous les autres hommes, ont perdu
la foi naïve, véritable et sincère qui seule pouvait donner aux
oeuvres de leurs devanciers ce caractère religieux, mystique et
tranquille qui les distinguait si bien. En musique comme en
peinture, en statuaire comme en architecture, on aura, à ce
point de vue, bien de la peine à remonter le cours des temps, à
renouveler le passé, à retrouver ces inspirations suaves et naïves,
d'un caractère à la fois mystérieux et admirable, qui firent la
Moire du moyen âge, et qui nous valurent tant d'œuvres impé-
rissables. C"est là un fait que la critique doit constater, sans
prétendre à entamer aucune discussion à son sujet.

Quoi qu'il en soit, la messe de Verdi est une conception
grandiose, lumineuse, digne de l'artiste qui en est l'auteur, qui
montre le talent de cet artiste sous un nouveau jour, et qui
nous le fait voir supérieur peut-être à ce qu'il a jamais été.
L'ensemble de l'œuvre est émouvant, plein de grandeur et
d'unité, imposant et magnifique, et l'on peut presque dire que
chacune des parties qui la composent est digne des plus grands
éloges. L'inspiration est riche, abondante, colorée ; le style est
noble, élevé, puissant, la forme est beaucoup plus châtiée, plus
achevée, plus sûre qu'elle ne l'est d'ordinaire chez le com-
positeur; enfin, l'emploi très-habile et très-étudié des masses
chorales et instrumentales donne lieu parfois à des effets inatten-
dus et saisissants.

Ecrite à quatre parties chorales avec soli aussi à quatre parties,
l'œuvre ne comprend pas moins de quinze morceaux, dont
plusieurs sont fort développés. Sans les vouloir analyser tous, j'en
citerai du moins quelques-uns, en en faisant ressortir les principales
beautés : le Quid sum miser, d'une expression splendide, avec son
étrange accompagnement de bassons, d'ailleurs chanté d'une
façon incomparable par Mmcs Stoltz et Waldmann ; le Rex
tremendœ. dans lequel il faut remarquer la pureté du tissu vocal
et instrumental, et qui, par un habile effet de crescendo, amène
une explosion de sonorité éclatante ; le Recordare, d'un caractère
superbe, d'un grand élan et d'un accent poignant ; le Lacrymosa
et le Domine Jesu, dont l'expression est touchante, triste et par-
fois désolée ; le Sanctus, qui forme une très-belle fugue à deux
chœurs, pleine de grandeur et d'une allure entraînante ; Y Agnus
Dei. dont la mélodie tendre, prise d'abord par les deux voix
féminines, complétée ensuite par l'entrée des deux voix mas-
culines, puis formant un vaste unisson avec l'aide des chœurs et

CHRONIQUE

Angleterre. — La 107e exposition de la « Royal Academy»
de Londres, qui s'est ouverte le irr mai à Burlington-Gardens,
ne paraît pas exciter un bien vif enthousiasme.

D'après VAthenœum. elle est « au niveau de la moyenne, peut-
être un peu au-dessous. Les étoiles de plusieurs académiciens,
jadis éminents, pâlissent, non pas toujours par la faute des pein-
tres eux-mêmes, mais parce que, d'année en année, grâce à l'in-
fluence des maîtres étrangers, le goût et l'habileté se développent
et se répandent chez un plus grand nombre d'artistes anglais qui
ont travaillé dans les ateliers de Paris ou étudié au « Salon » les
tableaux français. En d'autres termes, la démocratie du talent coule
à pleins bords ; les personnalités aristocratiques se font plus rares
et moins saillantes. C'est un peu l'histoire de tous les pays, de

RT.

de l'orchestre, plein de puissance et de majesté, est reprise enfin
par les deux voix de femmes, avec accompagnement de trois
grandes flûtes et produit un effet nouveau et tout à fait inat-
tendu. C'est là une des pages les plus émouvantes et les plus
merveilleuses de la partition. Mentionnons enfin le Lux œterna,
qui, pour être d'un accent calme et résigné, n'en est pas moins tou-
chant et dramatique, et le Libéra me, qui couronne cette œuvre
magistrale. — Je m'aperçois que j'ai presque tout cité. Je ne m'en
repens point, car je trouve l'œuvre belle en son entier, et digne
du grand succès qui l'a accueillie en France comme en Italie.

Les deux cantatrices qui interprètent, cette année comme l'an-
née dernière, la messe de Verdi, Mme» Stoltz et Waldmann, sont,
je crois, l'une de Bohême, l'autre de Tricste, d'ailleurs nées, élevées
et instruites en Italie. D'où qu'elles soient, ce sont, on peut l'af-
firmer, deux artistes de premier ordre, admirablement douées
l'une et l'autre. Mmc Stoltz possède une voix de soprano un peu
serrée à la gorge peut-être, mais d'un métal et d'un éclat
superbes, d'une justesse insolente et d'une égalité parfaite dans
tous les registres ; elle attaque le son avec une étonnante sûreté,
le file merveilleusement et articule d'une façon admirable. Le
mezzo-soprano de Mmc Waldmann est corsé, velouté, prodigieu-
sement flexible, d'une couleur et d'une pâte incomparables ; l'ar-
tiste chante avec beaucoup de goût, et l'on ne saurait lui
souhaiter des qualités plus , complètes. Le ténor et la basse,
M. Mastini et M. Medini, sont deux nouveaux venus. La voix
du premier est charmante, flexible, pleine de fraîcheur ec
conduite avec une rare habileté et un art véritable ; la basse du
second est puissante, sonore, vigoureuse et dirigée par un véri-
table artiste. En somme cette nouvelle exécution a été parfaite,
excellente, et n'a fait que mieux ressortir les admirables beautés
de l'œuvre.

Comme l'an passé, cette exécution était dirigée par le maître
en personne. Tout le personnel était groupé sur la scène, la masse
des instruments à cordes à gauche du public, excepté les violon-
celles et les contre-basses qui faisaient face, au fond, ayant derrière
eux, en amphithéâtre, tous les instruments à vent; adroite la masse
chorale, et sur le devant, les quatre solistes. Verdi était à la
gauche de la scène, tout contre les chœurs, et conduisait avec
une précision et, il faut le dire, avec une réserve et un tact
parfaits. Froid, calme, impassible, mais la main sûre, le bras
ferme, le geste prompt, l'œil brillant, il était superbe à voir,
avec son attitude de vrai gentleman, le front haut et fier, ses
cheveux noirs rejetés un peu en arrière, et sa barbe un peu gri-
sonnante, maniant ce personnel comme s'il l'avait dans les mains,
et le guidant avec une assurance que rien ne pouvait troubler.

Pas n'est besoin de dire si toutes les lorgnettes étaient bra-
quées sur lui. Il a eu, personnellement, un très-grand succès, et
des plus mérités,
i Arthur Pcugi::.

ÉTRANGÈRE

13 mai 1875.

toutes les écoles artistiques. Il y a lieu de noter, dans l'apprécia-
tion de YAthenœum, un hommage rendu à l'.influence prédomi-
nante de l'école française. Le vieil artiste anglais encroûté (the
« old crusted British artist » ), dit ce journal, n'aime pas l'étran-
ger, mais « l'attraction de la civilisation française ne peut m an-
j quer de prévaloir. » Et VAthenaum en trouve des preuves jusqu'au
sein de la Royal Academy, parmi ses membres les plus considérés.

Le journal Y Academy commence ainsi son premier article sur
l'exposition : « Comme les années précédentes, nous trouvons
beaucoup d'habileté et de savoir-faire avec peu d'invention et
d'élévation. »

Le Builder esc un peu moins sévère. Il n'ose affirmer que
| l'exposition soit supérieure aux précédentes, au point de vue du
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