L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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LA CÉRAMIQUE ET LES FAUSSAIRES. 83

faire ces messieurs qui promènent si gravement leur nez sur ces belles faïences, comme pour y tracer
de fantastiques hiéroglyphes.

La pierre de touche de la restauration, c'est l'odorat; celle de la contrefaçon, c'est l'ouïe.

Ce qui trahit presque toujours les imitations de la faïence en général et de celle de Rouen en
particulier, c'est leur peu de sonorité; et, si l'on ajoute à cette preuve de leur frauduleuse existence
l'aspect de leur couverte d'un blanc douteux qui s'éloigne tant de l'émail si pur et si brillant d'un blanc
légèrement verdâtre ou bleuté des faïences qu'elles ont la prétention de représenter, on aura deux
preuves, et deux preuves qui ne se séparent presque jamais, que les pièces ainsi faites sont fausses.

Le vieux Rouen, suivant les auteurs les plus accrédités, passait deux et même trois fois au grand
feu de ses fours, et la préjjaration des terres, disparues aujourd'hui, n'était pas un des moindres éléments
de sa réussite, partant, une des causes de son extrême sonorité.

Les vibrations que produisent les vieilles faïences des provenances dont nous venons de parler,
sont pleines, nettes et d'une grande acuité.

La sonorité des pièces fausses est jiresque nulle, cela dit à la percussion le fêlé, le creux ; on
croirait avoir affaire à une terre mal cuite, — ce qui pourrait bien être, — ou à une pièce très-bien
rattachée.

Les faïences monochromes de Rouen ont tenté aussi les imitateurs, mais l'absence du prestige des
couleurs a rendu ces imitations d'un jslacement plus difficile.

Malgré que les ouvrages en fer, en cuivre et surtout en émail aient aussi attiré et retenu l'attention
des truqueurs, il n'y a guère aujourd'hui que la faïence fausse qui se soit multipliée et travestie de cent
façons pour se donner les airs vieillots qui lui vont si mal et la salissent tant.

Que ces messieurs les fraudeurs les plus avancés, qui demandent encore à une industrie si pleine
d'attraits des bénéfices dangereux, se tournent d'un autre côté, qu'ils joignent alors pour la création
d'œuvres nouvelles et de style les dispositions de leur esprit à leurs connaissances en céramique, et
nous sommes cei tains que l'art et la morale y gagneront quelque chose.

Mareschal '.

Bcauvais, 10 mai 1875.

1. Notre collaborateur, M. A. A. Mareschal, est l'auteur si connu d'un grand nombre d'ouvrages précieux que se disputent les ama-
teurs de céramique. La librairie Eugène Delaroque, — 9, ouai Voltaire, — a mis en vente, l'année dernière, la seconde édition d'un des
principaux ouvrages de M. Mareschal, qui se rapporte au même sujet que son présent aiticle : Les faïences anciennes et modernes, leurs
marques et décors
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