L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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L'ART.

XXV.

SCRITTI D'ARTE di Alberto Rôndani. Parma, dal premiato
Stabilimento Tipografico di Pietro Grazioli, 1874. Un volun.e
in-18 de 568 pages.

Je ne saurais trop recommander la lecture des livres publiés
par les critiques d'art étrangers ; leurs écrits sont la plus élo-
quente preuve des efforts qui se font de toutes parts sur le paci-
fique et fécond champ de bataille du progrès pour ravir à la
France le sceptre du goût, pour lui enlever cette royauté artis-
tique que lui assigne une supériorité éclatante. Pendant longtemps
nul n'a songé à la lui contester ; aujourd'hui il n'est pas un pays,
petit ou grand, qui ne rêve de l'égaler bientôt et de la devancer
ensuite ; les avertissements ne lui ont pas manqué, c'est à elle
à ne pas tarder davantage à les mettre à profit; elle n'a déjà que
trop longtemps fermé les yeux à l'évidence; après les désastres si
cruels que l'ont accablée, il y aurait crime à prolonger ce fatal
ccat d'inertie. Il est plus que temps de tourner les yeux vers
l'Angleterre surtout, et de commencer par imiter modestement
le South Kensington Muséum et ses fécondes institutions. Pen-
dant qu'en France on remet de jour en jour au lendemain,
ailleurs on agit silencieusement, mais opiniâtrement, et l'Italie
est des premières à donner ce salutaire exemple. Elle y est
encouragée sans relâche par quiconque a l'honneur d'y tenir une
plume, et plus spécialement par ses critiques d'art, au nombre
desquels M. Alberto Rôndani a tous les droits de compter
comme l'un des plus vaillants.

Il a récemment réuni en un volume ses études sur la première
exposition nationale des beaux-arts à Parme, sur la seconde expo-
sition du même genre à Milan, sur les illustrations de Francesco
Scaramuzza pour l'Enfer et le Purgatoire de Dante, etc., etc.

C'est un livre à lire attentivement; on y trouvera le bilan
lies forces artistiques actuelles de l'Italie, un peu surfait peut—

ê:re. mais volontairement surfait, parti pris intelligent adopté
par cous les critiques de la Péninsule. M. Rôndani n'est pas
homme à se faire la moindre illusion sur la valeur réelle de la
plupart des créations artistiques de ses compatriotes; l'article
qu'il a publié dans Y Art 1 le démontre surabondamment; mais,
comme tous ses confrères, il a très-bien compris que pour amener
une véritable Renaissance, il fallait avant tout parvenir à passion-
ner le public pour les questions d'art, et que la première chose à
faire dans ce but, c'était de lui prouver qu'il existait déjà une
école, et une école très-vivante, sauf à lui donner à entendre
plus tard, quand il s'y serait vivement intéressé, que cette école-
là ne devait guère compter, que ce n'était que la très-menue
monnaie de ce qu'il fallait vouloir désormais pour l'Italie, au
nom de ce sublime passé qui lui crée tant de droits à se montrer
exigeante entre toutes les nations.

L'ouvrage de M.Alberto Rôndani se complète par une remar-
quable notice nécrologique consacrée à un jeune sculpteur de
mérite, Cristoforo Marzaroli, né à Salsomaggiore en 1838, mort
à Parme le 23 février 1871, par un discours prononcé en séance
de l'Académie royale des Beaux-Arts d'Urbino, le 6 avril 1873,
jour anniversaire de la naissance et de la mort de Raphaël, et
surtout par une étude finale : Le Scuole nelle Accademie di
Belle Arti. Ce dernier chapitre, — Runembranje e Rijlessioni,
comme die M. Rôndani, — me fait songer à ces rapides Post-
Scriptum qui, dans les lettres les plus longues d'une jolie femme,
se trouvent toujours recéler le principal dans leur brièveté pré-
méditée. Les écoles, les écoles d'art, voilà la grande, la légitime
préoccupation ; chacun en Italie aide à les propager de toutes
parts, et d'une année à l'autre elles se multiplient réellement à
l'infini sur cette terre sacrée de l'art qui sommeillait, mais dont
la fécondité est inépuisable et qui, depuis son glorieux réveil, le
démontre chaque jour avec éclat, non par des phrases, mais par
des actes.

Paul Llroi.

ANTOINE RUBINSTEIN

ET SON DRAME BIBLIQUE « L\ TOUR DE BABEL »

La Tour de Babel, d'Antoine Rubinstein, exécutée récemment
à Paris sous la direction de M. Daubé, avec le concours de la
Société chorale Chevé, n'a pas obtenu le succès retentissant
qu'avait fait espérer la renommée du célèbre pianiste, moins connu
en France, mais, non moins digne de l'être, comme virtuose que
comme compositeur. L'œuvre pourtant est remarquable à plus
d'un titre, et, à part quelques longueurs, quelques moments de
laisser-aller un peu fantaisiste, elle témoigne d'une personnalité
artistique qui mérite d'attirer l'attention des artistes et du public.

Cette cantate dramatique, cet t opéra idéal » [geistliche Oper)
selon les indications de la partition allemande, fut exécutée pour
la première fois à Dusseldorff, le 20 mai 1872, à l'occasion du
festival rhénan qui coïncide chaque année depuis plus d'un demi-
siècle avec les fêtes de la Pentecôte.

Les solistes étaienc alors M. Diener, ténor, et M. Gura,
baryton-basse, deux chanteurs qui, depuis, ont fait du chemin en
Allemagne, et dont les rôles ont été remplis à Paris par M. Cop-
pel et M. Ponsard.

Rubinstein dirigeait.

Nous retrouvons dans nos notes de voyage une analyse du
pcè'me et de la partition.

Après mie introduction symphonique vaguement schuman-
nesque et tort intéressante, supposez, — puisqu'il s'agit d'un
opéra idéal, — que la toile se lève sur un paysage de l'Ancien
Testament, brossé par le peintre-décorateur de la Reine de Saba.

Au premier plan, à gauche, un arbre immense auquel est sus-
pendu un bouclier; à l'arrière-plan la tour en construction; quan-
tité d'outils et de matériaux tout autour. Dans le fond, vue sur le
Sinaï. Le jour commence à poindre.

Un personnage qui ne dit point son nom et que le livret dé-
signe par sa fonction, Aujseher. le surveillant, le conducteur
des travaux, s'avance accompagné de deux trompettes, et réveille
le peuple. A l'œuvre! Il s'agit de reprendre la bâtisse interrompue.
Le récit caractéristique de ce contre-maître est bien fait pour
stimuler le zèle d'une armée d'ouvriers. En effet, les groupes de
travailleurs se dirigent en chantant vers la Tour... prends garde
de te laisser abattre. Leur chant prouve qu'ils sont pleins d'en-
train. Ils onc hâ:e d'achever cet édifice colossal dont le sommet
doit toucher aux cieux, et le surveillant les excite de la voix et
du geste. Enfants de Cham et de Sem, et vous, fils et filles de
Japhet, à l'œuvre! Cette entrée en matière a beaucoup de cou-
leur et de verve.

• Nemrod encre en scène avec sa suite. Abraham se montre
bientôt après. Grand chasseur devant l'Eternel, Nemrod n'a pas,
dans le poème de M. Jules Rodenberg, traduit par M. Viccor
Wilder, la physionomie cynégétique que lui a faite la tradition. Il
est devenu maçon comme Adoniram. Passe encore de chasser,
mais bâtir! C'est lui qui a juré d'élever cecce cour monscrueuse,
qu'il se propose d'escalader quand elle sera finie, pour voir Dieu
' dans sa majesté et se mesurer avec lui. II dévoile, dans un récic

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