L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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L'ART.

ont valu, l'an dernier, sa première médaille), il ne nous restera
rien, en dehors des œuvres des artistes bordelais, à signaler à nos
lecteurs.

Un paysage de Jules Didier, très-agréable, une connaissance
d'atelier dont nous avons vu l'an dernier une brillante reproduc-
tion à l'aquarelle, une baigneuse de Feyen-Perrin, esquisse traitée
de cette façon rudimentaire et vaporeuse, dans ces tons gris-bleus
ordinaires à Corot, et c'est à peu près tout.

Les artistes bordelais auxquels nos amateurs achètent cepen-
dant beaucoup, et qui depuis plusieurs années ont une bonne
part dans le budget de la Société, le plus riche de toutes celles
de province après celui de la Société de Lyon, ne répondent

jamais en grand nombre à son appel, et on se l'explique difficile-
ment.

Cette année, aucun des Bonheur, ni Rosa, ni Auguste, ni
Isidore, ni M™ Juliette Peyrol, née Bonheur, n'ont envoyé à
notre exposition, et cependant ceux-là n'ont pas à se plaindre.
MIIe Rosa Bonheur n'a que des choses peu importantes à notre
musée, mais, à part son Marché aux chevaux et sa Fenaison^ qui
n'étaient déjà plus sa propriété quand nous les avons vus ici, tout
ce qu'elle a envoyé à Bordeaux, croyons-nous, y est resté. Son
frère Isidore a aussi plusieurs bronzes au musée de la ville, et si
le beau et grand tableau de M. Auguste Bonheur, Troupeau dans
les montagnes de l'Auvergne, qui figurait à notre exposition de

1868, n'y est pas entré, ce n'est pas que nous ne l'ayons demandé
avec insistance.

M. William Bouguereau, un élève de notre école municipale,
si délaissée, si mal dotée, n'a, cette année, rien envoyé non plus ;
et cependant, outre son grand plafond de la salle des concerts du
Grand-Théâtre, auquel l'architecte Louis a donné un si superbe
cadre, la ville a successivement acquis son Jour des morts et sa
Bacchante à nos expositions. Les deux toiles ont pris place, à
notre musée, à côté de la Toilette de Vénus, de Baudry, des
Baigneuses^ de Corot, des Bords de VOise, de Daubigny, de la
Charge des cuirassiers. de Bellanger, et de quelques autres pein-
tures contemporaines acquises également à nos expositions par
l'administration municipale. Cette année, nous ne voyons rien
qui soit digne de semblable faveur, et nos édiles seraient bien
inspirés de remettre à meilleure occasion leur achat annuel.

La Société, elle, a fait des achats très-multipliés ; elle s'ingénie
à fractionner le plus possible la somme relativement importante

que ses souscripteurs mettent chaque année à la disposition de
son bureau. Elle perd ainsi de vue le côté le plus important de
sa mission : encourager l'art et développer le goût public.

Est-ce encourager l'art que d'acquérir tous ces petits tableau-
tins, habilement faits, c'est incontestable, mais sans autre mérite?
N'est-ce pas au contraire pousser les artistes, qui certes n'ont pas
besoin d'y être excités, dans cette voie facile, mais mauvaise ?
Quant à nos amateurs, ce sont, à deux ou trois fort honorables
exceptions près, des gens riches qui achètent des tableaux sans
plus de préméditation ni de connaissance que des meubles, des
chevaux ou des tentures, et ils suivent l'exemple de la Société;
ils achètent ces petits tableaux meublants, ceux surtout qu'en-
ferment et font valoir ces beaux cadres belges, à gorge profonde,
souvent ornés avec plus de goût que la toile ou le panneau qu'ils
encadrent. Autrefois la Société affectionnait particulièrement ces
petits panneaux insignifiants qu'on lui expédiait par douzaines de
par delà le Rhin. Elle prélevait très-consciencieusement, cette
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