L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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SALON DE 1875

(suite 1.)

VII.

PARENTHÈSE.

i l'envie vous prend de voir la ménagerie Bidel, rendez-vous aux
Magasins-Réunis, vous la trouverez installée au rez-de-chaussée,
et vous pourrez monter au premier visiter l'Exposition libre des
Œuvres d'art refuse'es au Salon de rSjS- S'il ne s'agissait que de cette
exhibition plus ou moins artistique, je n'oserais vous envoyer place
du Château-d'Eau par ce temps de canicules anticipées. Ce n'est
pas que ce soit si exécrable ; — non, c'est simplement négatif, nul
au suprême degré; et je vous déclare très-franchement que je
cherche en vain à m'expliquer pourquoi tout cela a été refusé plutôt
que tant d'autres choses ni meilleures ni pires, qui n'existent pas
davantage, et qui n'en ont pas moins l'honneur d'encombrer les interminables salles du Palais de
l'Industrie, le bien nommé.

Comme protestation, la réunion de médiocrités des Magasins-Réunis ne compte pas ; pour
qu'elle eût de la valeur, il faudrait qu'elle comprît tous les refusés ; bon nombre d'entre eux ont
préféré s'abstenir, et on ne peut les en blâmer.

Tout bien réfléchi, je crois qu'il n'y a eu des refus que parce qu'il y a un jury et que celui-ci,
plein de mansuétude, s'est dit entre deux bâillements : « Puisque jury je suis, je me dois à moi-
même d'éliminer quelque chose afin de ne point paraître tout à fait inutile. »

Il a pris à peu près au hasard dans le tas des impossibles, et il n'y a point là de quoi lui en
vouloir.

Ce qui est autrement grave, c'est l'aberration administrative en la matière. Qui dit Salon dit une
galerie de choix, le dessus du panier de l'art contemporain. Au lieu de cela, l'administration, qui ne
peut se résigner à ne pas se mêler de ce qui ne la regarde pas, patronne annuellement un encom-
brement de toiles, de panneaux, de marbres, de plâtres et de bronzes qui va toujours grandissant, et
nous en sommes arrivés à la Foire aux Tableaux, probablement pour faire suite à la Foire au Pain
d'épice et à la Foire aux Jambons. C'est pitoyable, mais enfin cela est, et force est de compter
avec cet écœurant état de choses.

L'État commet de gaieté de cœur l'énorme faute d'assumer la responsabilité d'exhibitions si
peu faites pour maintenir la haute réputation de l'École française. S'il avait le bon sens de se désin-
téresser une fois pour toutes de ces solennités frelatées et de dire aux artistes qu'ils sont tout aussi
grands garçons que les peintres, les sculpteurs, les architectes, les aquarellistes, les miniaturistes,
les graveurs et les lithographes de tous autres pays, et partant très à même, eux aussi, de faire
leurs affaires sans lisières et comme bon leur semble, que d'avantages il en résulterait pour tout le
monde ! Le gouvernement se verrait débarrassé d'un ridicule annuel qui oblige l'administration à se
mettre régulièrement l'esprit à la torture pour rédiger autrement le même discours toujours aussi
ennuyeux pour ceux qui l'entendent et plus ennuyeux pour celui qui est condamné à la corvée de
le prononcer, et on n'infligerait plus à un homme sérieux, à un homme de mérite, — ministre ou

i. Voir tome II, pages 7, 35, 56 et 77.
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