L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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EXPOSITION

DES OEUVRES DE COROT

orot fut bon, il fut grand, il aima le beau et fut notre maître à
tous, accessible à tous les jeunes peintres, toujours dévoué à ses
amis et ses élèves. C'est ce que M. le marquis de Chennevières,
directeur des Beaux-Arts, a si bien compris et a si bien dit
lorsque la dépouille mortelle de celui qui reste Corot fut scellée
sous la dalle funèbre du caveau de famille : « Il aimait la jeunesse,
aussi la jeunesse l'adorait. » Oui, certes, il nous aimait, il nous l'a
prouvé cent fois de toutes les manières, par ses enseignements,
par ses paroles, par ses actes. Oui, nous l'adorions, et le dévoue-
ment et le zèle que nous avons tous apportés à remplir notre devoir
vis-à-vis de son grand souvenir le prouvent suffisamment.

Ici nous adressons nos remerciements les plus sincères à M. le directeur des Beaux-Arts, pour
avoir, le 24 février dernier, associé le nom d'un grand mort à celui de Corot, celui de Jean-Baptiste
Millet, et pour tout le concours sympathique qu'il nous a apporté en cette affaire.

Aujourd'hui, juste trois mois après sa mort, ému encore de l'affluence des visiteurs qui sont
accourus à son exposition posthume, j'écris ces lignes au milieu d'un des plus beaux paysages des envi-
rons de Paris. La douce brise de la nuit fait vaciller la flamme de ma lampe. C'est une de ces belles
nuits comme Corot seul savait si bien les peindre, — étoile scintillant au firmament et renvoyant sa
note, unique et discrète paillette d'argent, à la surface d'un étang, — les arbres du parc voisin
découpant leur silhouette noble et de belle forme au milieu de tous les bruits de la nature, de cette
harmonie mystérieuse qui fait oublier les petitesses de notre vie moderne, au chant du rossignol, cette
Philomèle, cette fille de Pandion, dont le maître entendait la modulation mélancolique dans les
massifs de ses paysages. Car, comme il aimait à le dire et répéter souvent : « Mon petit ami, je ne
peins bien que lorsque j'entends les petits oiseaux chanter et sautiller dans les branches. »

Le 22 février, jour de sa mort, dînant dans une maison amie, le maître me dit en rentrant : « Corot,
c'est fini, il ne passera pas la nuit. » — Nuit triste et brumeuse où les réverbères du boulevard brû-
laient dans le brouillard comme de tristes mèches soufrées. Les cochers, pressés de rentrer, me refu-
sèrent leur concours et j'arrivai chez moi transi, mouillé, avec de tristes pressentiments. Le lendemain,
les journaux du matin contenaient à la première page : « Dernières nouvelles : Corot est mort hier, à
onze heures et demie. On indiquera l'heure de l'inhumation. »

Aujourd'hui trois mois, jour pour jour, après sa mort, ses amis, ses élèves, avec le concours de
l'Association des artistes connus sous le nom de Société du baron Taylor, ont ouvert son Exposition pos-
thume à l'Ecole nationale des Beaux-Arts, et le succès est complet. En vous envoyant cette première
lettre, dispensez-moi de vous raconter tous les détails préliminaires, prodromes de l'Exposition actuelle.
Un jour peut-être je réunirai les renseignements multiples que mes fonctions de secrétaire du Comité
Corot ont pu mettre à ma disjiosition, et si l'Art me continue sa bienveillante hospitalité, je vous
dirai tout et j'y ajouterai une appréciation du rôle immense que Corot a joué dans la i-énovation de
notre École du Paysage français.

Je rendrai hommage aux précurseurs, les vieux maîtres hollandais, aux intermédiaires, les grands
paysagistes de l'école anglaise, les Gainsborough, les Constable, les Old Crome ; ces grands artistes,
qui conservaient précieusement les traditions du naturalisme dans l'art, les ont transmises à nos devan-
ciers les Michel, les Paul Huet, ces hardis pionniers trop oubliés aujourd'hui. Ce sont ceux-là qui
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