L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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no L'ART.

ont eu pour successeurs nos maîtres contemporains Th. Rousseau, Diaz, J. Dupré, Français, Daubigny,
qui avec des notes différentes, des sentiments divers, portent à notre actif dans la production artistique
de l'Europe un total si imposant.

Au-dessus d'eux se détache aujourd'hui la grande et tranquille figure de Corot, avec sa belle et
sereine physionomie. Sa belle auréole de cheveux blancs se dressait comme une crinière de vieux
lion, lorsque la joie et l'enthousiasme l'animaient; l'œil était vif, malin, gaulois, et — si j'osais
employer une expression impropre en parlant d'un tel homme, — coquet. Oui, coquet, car Corot était
coquet de bienveillance et d'aménité.

J'ai eu souvent le bonheur, l'honneur, de serrer la main du maître. Ayant fait comme lui mes
études au collège de Rouen, il m'appelait « son petit camarade de collège », et il souriait trouvant
cela fameux. Je n'ai jamais senti de pression de main plus sympathique. Éloigné de lui par des voyages
d'affaires ou d'études, au milieu de tous ceux qui l'assiégeaient dans son atelier de la rue Paradis-Pois-
sonnière, je revenais, et lui me reconnaissant, me tendait une main cordiale. Son serrement de main
était pour moi un encouragement.

Une parenthèse — si vous le permettez. — On me dit : Comment se fait-il que vous vous occupiez
avec tant de zèle de l'Exposition de Corot? Au catalogue vous n'êtes pas inscrit parmi ses élèves. —
Au catalogue on met par routine le nom de celui qui vous a initié aux secrets matériels du métier. Le
maître, pour un paysagiste, n'est-ce pas la nature? Y a-t-il autre chose que l'observation constante de la
nature et l'interprétation personnelle des impressions qu'elle fait passer dans l'âme du peintre? Et dans
cet ordre d'idées, Corot n'est-il pas notre maître à tous? N'est-ce pas la grande figure qui dans les
siècles à venir personnifiera la. fameuse école française du paysage au xixe siècle? N'est-ce pas en lui
que s'est opérée la fusion du naturalisme et de la poésie, laissant bien loin derrière lui les paysages
emperruqués et les roses bergerades des temps passés qui ornaient les appartements de nos grand'-
mères?

Aujourd'hui tout cela est changé. Ce ne sont plus ces jolis petits tableaux roses, poupards, effé-
minés qui faisaient pâmer d'aise nos anciens. La note est plus grave, plus austère, plus émue. Ce n'est
plus le faux, le conventionnel qui nous empoigne, ■— pour parler le langage des ateliers, — c'est la
nature, c'est le grand souffle qui a tout secoué, tout renversé, qui maintenant nous guide. Les mots à
la mode il y a cent ans : joli, charmant, délicieux, sont aujourd'hui remplacés par des expressions plus
fines, plus robustes : C'est superbe! Quel caractère ! Quel effet! et l'art en général, qu'il s'ajjpelle poésie,
musique, peinture, sculpture, a pris une allure plus grave, plus déterminée. L'afféterie a laissé la
place à la solidité, et la sincérité a remplacé la convention, traduction moderne : le chic.

Le maître dont nous nous occupons ici a merveilleusement compris ce mouvement nécessaire,
fatal, infaillible. Élevé dans les anciennes traditions, il n'en a conservé que le bon côté, un dessin rigide,
une forme châtiée, mais, de nature vigoureuse et honnête, il s'est élancé vers les voies que l'avenir
offrait à son imagination d'artiste et de poète. Si l'on admire ses danses de nymphes sous l'ombrage des
lucus antiques, si ses clairs de lune rappellent les arnica silentia lunœ de Virgile, si ses joueurs de
flûte font penser aux Tityres des Bucoliques, ses intérieurs, ses bords de rivière, ses vieilles masures
nous ramènent au naturalisme des époques modernes.

On a reproché à Corot son uniformité, on a crié à la monotonie. Il n'est pires sourds que ceux
qui ne veulent pas entendre. 11 n'est pires aveugles que ceux qui ne veulent pas voir. Aujourd'hui
la preuve est faite, preuve incontestable, indéniable, irréfutable, irrésistible. Oui, uniformité,
monotonie ; certainement de loin le plus piètre connaisseur reconnaît un Corot, mais c'est la person-
nalité qui se détache, c'est la griffe du maître qui se montre. Approchez de ces murs recouverts
par quelques centaines des œuvres du maître, étudiez-les, analysez-les, fouillez-les, et si quelque
sincérité, sans parti pris d'école ou de coterie, brille encore au fond de votre conscience, vous
avouerez que tout est divers, varié. Oui, uniformité, soit; mais dans votre langue, uniformité est
presque synonyme de personnalité.

Ce matin, en entrant à l'ExjDOsition qui venait d'être ouverte à l'École des Beaux-Arts, le vélum
ayant été un peu abaissé, l'œil était agréablement surpris par une lumière douce et éteinte ; au
milieu du panneau de fond, sur la cimaise, un médaillon, celui fait par notre ami et collègue
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