L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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LE MUSÉE NATIONAL DU LOUVRE. 123

étranger, l'honorable M. Wilson, que nous devons les Constable que notre indigence ne nous aurait
jamais permis d'acquérir?

Précisons. L'allocation annuelle faite au fonds d'acquisitions est de 75,000 francs! 25,000 francs
de moins, depuis le moment fatal où nos milliards, passés à Berlin, ont contribué à nous faire trouver
sur le tapis des ventes un concurrent de plus!

Or écoutons la voix autorisée de M. Galichon qui écrivait dans la Chronique du 28 mars 1869 :

« Depuis qu'une prospérité toujours croissante a changé toutes les bases de la fortune publique,
a centuplé les ressources de l'État et fait atteindre aux objets d'art des prix jusqu'alors inconnus, la
France doit à l'augmentation de ses collections plus que la somme fixée en 1793 par la Convention *,
pour acheter dans les ventes particulières des tableaux ou statues qu'il importe de ne pas laisser aller en
pays étranger. Il est déraisonnable, en 1869, après les ventes Soult, Pourtalès, de Morny, San
Donato et Delessert, de maintenir le crédit voté en 1793, alors que quelques années auparavant (1782)
Louis XVI payait le Jeune Mendiant de Murillo 3,600 livres, et quand quelques années plus tard,
en 1801, le Louvre acquérait à la vente Tolosan l'Intérieur hollandais de Pieter de Hooghe,
moyennant 1,350 francs. Pourquoi la France ferait-elle moins que l'Angleterre, qui consacre annuel-
lement plus de trois millions à ses acquisitions d'art? »

A ces observations si justes ajoutons, en l'abrégeant et le résumant, l'argument irréfutable de
M. F. Reiset.

75,000 francs! soit, c'est une somme, une assez belle somme pour un Musée! Mais vous oubliez
que j'ai huit Musées, qu'il faut que je partage cette somme en huit et que chacun de mes Musées
a donc pour lutter contre chacun de ses riches rivaux la maigre somme de 9,350 francs!

Et quand on pense que le British Muséum a payé sans sourciller 150,000 francs un simple
masque de bronze! Que voulait-on que fit notre pauvre Directeur, se présentant à la vente Galichon
avec quelques mille francs grapillés sur les budgets de chaque Conservation ? Il n'a pu rien acheter*
et le Louvre ne possède pas même le dessin original de la Sainte Anne du Louvre, dessin précieux
pour lui entre tous autres, sans parler du regret que nous avons tous que le nom de M. Emile
Galichon ne se trouve inscrit dans aucun des cartons de nos collections!

La situation est telle qu'il serait dangereux qu'elle se perpétuât. Nous en avons dit la raison
dans notre premier article.

Pour y remédier, c'est de l'argent qu'il faut et beaucoup d'argent ; je dis beaucoup, parce que
je tiens compté du renrps où. nous \ivons: mais c'est de l'argent bien enqiloyé, personne ne nous
contredira. L'amour-propre national comme les intérêts artistiques y trouveront leur compte.

V.

La Chambre, qui va être sollicitée par les inquiétudes du pays de faire un sacrifice en faveur des
Musées, a trois moyens de donner à ces établissements les ressources nécessaires qu'ils réclament :

i° Elle peut, sans augmenter le budget annuel, s'engager à voter des crédits spéciaux lors-
qu'elle sera avertie qu'une grande collection est sur le point d'être vendue, soit de gré à gré,
soit aux enchères publiques.

Mauvais expédient. Qui ne voit tout de suite le désavantage pour le Louvre de se présenter
comme acquéreur, quand un vote public a déterminé, au vu et au su de tous les intéressés, le
maximum des prétentions de notre Musée? Il est évident que c'est fixer à l'avance la somme des
exigences du vendeur à un taux qu'il n'espérait peut-être pas atteindre! C'est donner la main à un
marché dans les conditions les plus défavorables pour les intérêts de l'Etat. Ce moyen n'est bon qu'à
la condition que le marché soit présenté comme conclu à l'avance à un prix débattu. C'est le pire
dans tout autre cas. Et la vente de la fresque de la Magliana est assez récente pour que cet exemple
ne soit pas oublié.

1. Cette somme était de 100,000 francs par an.
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