L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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BOIELDIEU. J27

du Pont-de-l'Arche : une petite maison cachée dans la terre, sur la clairière du bois, roulante demeure
d'un berger. La maison était placée au milieu d'un troupeau de moutons ; les chiens veillaient, le berger
dormait, les brebis dormaient. L'enfant s'approche; il appelle; les chiens répondent; le vieux berger
sort de sa cabane, les moutons ouvrent leurs rangs; en voilà un de plus qui entre dans la bergerie! et
bientôt il s'endormit tout fatigué, tout frêle et tout petit qu'il était, à la place du vieux berger. Comme
il n'y avait qu'un seul lit, le vieux berger se coucha à côté de ses chiens, et il s'endormit, protégé par
son étoile : la belle étoile du berger!... Il était midi quand l'enfant se réveilla. Il eut faim : le vieux
berger lui donna du pain et du lait. Puis ils se dirent adieu et ils s'embrassèrent, et les moutons le

Il eut faim et le vieux Berger lui donna du pain et du lait.

Fac-similé d'un dessin de Félix Buhot
D'après une lithographie d'Hippolyte Bellangé publiée dans la Revue de Rouen (novembre 1834).

regardèrent partir pour Paris avec la pitié d'un enfant qui voit partir un agneau pour aller à la bou-
cherie, et les deux chiens, qui l'aimaient déjà, l'accompagnèrent jusqu'à la frontière de leur domaine,
et le vieux berger lui dit adieu de loin ! Et lui, pauvre enfant, dont le petit raisonnement n'était pas
formé pour la vie réelle, se disait à lui-même : « Puisque les moutons et les chiens me reçoivent si bien,
comment me recevront les hommes! Et comment serai-je accueilli des grands et des rois, puisque je
suis ainsi reçu par les bergers ? »

Ces beaux rêves furent de courte durée. L'enfant, arrivé à Paris, y eut bientôt épuisé ses modestes
ressources. Mis à la porte du petit hôtel où il avait été se loger, mourant de faim, il allait se jeter dans
la Seine, lorsqu'un hasard le sauva. De retour à Rouen au bout de deux ou trois ans, il y fit ses débuts
de compositeur dramatique en faisant jouer un opéra-comique en deux actes, la Fille coupable, dont
son père lui avait écrit le livret, et qui fut favorablement accueilli (2 novembre 1793) • Deux ans après,
le père et le fils faisaient représenter un nouvel ouvrage, Rosalie et Myr\a, qui semble n'avoir pas
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