L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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i34 L'ART.

ne peut être compté au nombre de ces novateurs qui reculent les bornes de l'art et qui ouvrent à
d'autres une voie inexplorée avant eux, du moins peut-on dire qu'il a largement profité des progrès
acquis et qu'il a su les mettre en pratique avec une rare intelligence. Dans le domaine de l'opéra-
comique, ce genre si essentiellement français, il a servi de trait d'union entre l'ancienne école, repré-
sentée par Dalayrac, Berton, Méhul-, Cherubini, et la nouvelle, personnifiée dans Hérold, Auber,
Adam et Halévy. Doué d'un merveilleux instinct de la scène, d'une étonnante fertilité d'imagination,
il a rajeuni ce qu'on pourrait appeler la formule musicale, il a en quelque sorte renouvelé le langage,
il l'a varié et assoupli à l'aide d'un orchestre élégant, fourni, fleuri, et, en s'emparant des richesses
instrumentales importées par Rossini, il a donné plus de corps, plus de nerf, plus de solidité à la langue
que d'autres parlaient avant lui, mais qu'il a portée à son plus haut point de perfection. Musicien distingué,
fin, spirituel, disert, Boieldieu a donné à l'opéra-comique une ampleur à la fois et une élégance
inconnues avant lui. Dans ce genre aimable et souriant, on pourra faire aussi bien que lui, et autre-
ment; on ne fera jamais mieux. Jean de Paris, le Nouveau Seigneur, le Petit Chaperon rouge et la
Dame blanche sont là pour le prouver. Boieldieu a eu d'ailleurs cette rare fortune d'être loué et honoré
avec éclat par deux artistes de génie, qui ne se ressemblaient guère l'un l'autre que par l'admiration
qu'ils professaient pour son beau talent : je veux parler de Rossini, qui, personnellement, l'a toujours
comblé d'éloges, et de Weber, qui, dans ses écrits sur la musique, a prouvé le grand cas qu'il faisait
des oeuvres de notre compatriote. On peut opposer l'opinion de ces deux grands hommes à celle de
certains jeunes musicastres chez qui il est de mode, aujourd'hui, de railler la verve aimable, la veine
mélodique et l'élégance exquise du musicien rouennais. Il est trop facile de renvoyer ces aimables
plaisantins à l'apologue de La Fontaine, le Serpent et la Lime.

Arthur Pougin.
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