L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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SALON DE 1875

(suite*.)

IX.

24 ET 26 MAI 1875.

LA MÉDAILLE d'hONNEUR. - LE PRIX DU SALON. — LES MÉDAILLÉS DE LA PEINTURE.

M. PAUL DUBOIS. - M. EUGÈNE DELAPLANCHE. - M. CAROLUS DURAN.

N n'a point décerné de médaille d'honneur à la peinture, et il eût été
difficile de faire autrement. Cette distinction n'a été accordée qu'à
la sculpture, et c'est celui que l'opinion publique désignait qui l'a
obtenue. Ai-je besoin d'ajouter qu'il s'agit de M. Chapu et de sa
statue : La Jeunesse, l'honneur de ce Salon?

Quant au prix du Salon, — puisque prix du Salon il y a, — la
surprise a été générale, tant on s'attendait peu à le voir donner à
M. Fernand Cormon. Élève de MM. Cabanel, Portaels et Fro-
mentin, ce jeune artiste, que recommandent de sérieuses qualités de
praticien, pèche par un grave défaut : il ne parvient pas à dégager
une personnalité. Est-il tiraillé en sens divers par les souvenirs des trois ateliers qu'il a fréquentés,
je ne sais, mais toujours est-il que, pour ne pas avoir l'air de subir ces influences diverses, il s'est
jeté à corps perdu dans le pastiche d'Eugène Delacroix. Aussi est-il inexplicable qu'on ait songé à
encourager une réminiscence à ce point servile du Massacre de Scio; l'épisode tiré par M. Cormon du
Ramajana frise les dernières limites du plagiat2. Ce ne peut cependant pas être l'étrange étude
intitulée : Une Javanaise (n° 515) qui a décidé des faveurs du Jury. Non, c'est évidemment cette con-
trefaçon d'un lambeau de la superbe inspiration de Delacroix, contrefaçon dont va s'enrichir le
Ministère de l'Instruction publique et des Beaux - Arts qui l'a commandée ; il n'y a pas de quoi
l'en féliciter.

S'il fallait une preuve de plus des incertitudes de ce jeune homme, du reste bien doué, ce qui
permet de ne pas désespérer de son avenir, on la trouverait dans son aimable portrait d'une gentille
enfant, M"e E. M... (n° 516), portrait qui n'est d'un bout à l'autre qu'un souvenir d'école en opposi-
tion aussi absolue que possible avec ses deux tableaux, résultats incontestables d'un violent parti
pris qui court aux extrêmes pour changer de manière et ne fait que tomber dans un servilisme
nouveau.

M. Louis Courtat reçoit une des trois médailles de première classe pour faire suite à ses deux
récompenses de 1873 et 1874; sa Lc'da (n° 538) est une grande étude d'atelier que tout le monde a
faite; le ventre est très-bien modelé, la tonalité est fine, est distinguée; mais il faut attendre
M. Courtat aux prises avec quelque création pour décider s'il saiira être quelqu'un.

Les deux autres élus sont M. Jules Goupil et M. Gustave Jacquet. Celui-ci, brillante espérance
devenue décevante depuis sa médaille de 1868, était tombé dans un style vieillot que sa Halte de
lansquenets (n° 1101) et sa Vedette (n° 1103), ferblanteries militaires singulièrement démodées, ne
reflètent encore que trop; mais La Rêverie (n° iioï) nous le montre, à notre très-grande joie, désen-
guignonné, et nous comptons bien qu'il va dire une fois pour toutes adievi à tout son antique per-
sonnel de figurants d'opéra moyen âge usés jusqu'à la corde.

1. Voir tome II, pages 7, 3$, 56, 77 et 102.

2. K° 514 : Mort de Ravana. « La favorite et les autres épouses du roi de'Lanka trouvent son corps sur le champ de bataille. »

(Valmiki, Le Ramayana.)
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