L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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138 L'ART.

c'est terne, c'est terreux; le dessin des mains et des pieds est plus que sommaire et le raccourci
de la main droite est d'un sans-gêne accompli. 11 y a bien la grande machine qui s'appelle Pyrame et
Thisbé (n° 629). Serait-ce ce pastiche sans gène de Prud'hon que l'on a voulu récompenser? C'est
invraisemblable ; il n'est pas un des juges qui n'ait dû s'apercevoir que Thisbé qui se lamente est
entièrement du même ton que Pyrame mort et a l'air d'être non moins morte que lui. Et le paysage
qui est à l'unisson! Jamais on ne vit nature aussi cadavéreuse.

« En 1482, le peintre Van der Goes, de Gand, qui s'était retiré au prieuré de Rouge-Cloître,
près de Bruxelles, fut atteint d'une maladie mentale. On le ramena au refuge de Bruxelles. Le
prieur Thomas permit d'exécuter de la musique devant le malade et de le récréer par divers
spectacles. » Tel est le thème qui a inspiré à M. Emile Wauters, il y a trois ou quatre ans, sa
Folie de Hugo Van der Goes (n° 1988), acquise à cette époque pour le Musée moderne de Belgique.
L'artiste est venu demander à Paris un regain de succès et l'a obtenu.

Cela pèche un peu par la composition ; l'attention n'est pas assez attirée vers le pauvre fou ;
elle s'arrête trop au groupe des enfants de chœur qui sont un souvenir peu voilé des Chanteurs de
Luca délia Robbia, ces bas-reliefs illustres du Museo Nationale de Florence.

C'est bien peint, d'une brosse un peu lourde, d'une tonalité soutenue, bien en rapport avec
le sujet; en résumé un des bons tableaux du Salon.

M. Alexandre Defaux est un paysagiste très-bien intentionné, mais il a trop de bonnes intentions ;
il devrait se souvenir que l'enfer en est pavé. On ferait trois tableaux charmants avec ce qu'il
accumule dans un seul. Le Printemps dans les bois, à Anvers, papillote excessivement, la Ferme du
Vieux-Chêne, à Chérence, constitue deux tableaux dans un ; en revanche les Environs de Granville,
beaucoup plus sages d'arrangement, révèlent un notable progrès; le groupe de chênes qui occupe la
gauche est bien établi; sa silhouette a belle tournure; elle s'enlève vivement sur le ciel qui n'est
pas tapageur. C'est la meilleure toile que nous connaissions de l'artiste.

De la mesure, de la mesure, monsieur Defaux, et vous arriverez à fixer définitivement le succès.

Me voici bien embarrassé! Il paraît que je me trouve en présence du grand art, et je n'y
comprends pas le premier mot, si c'est là du grand art. Il s'agit de la Mort de Sénèque, de
M. Sylvestre. J'y vois simplement un jeune homme qui n'est pas avare d'exagérations de toute
sorte, j'y démêle du caractère, une certaine tournure; je suis d'avis qu'il est de ces hommes
qu'on ne doit pas perdre de vue ; ce n'est pas le premier venu, et il ne tardera peut-être pas à
s'affirmer sérieusement. Mais que diable pourraient bien avoir de commun avec le grand art ses
abominables débauches de violet, de vert et de jaune d'aujourd'hui!

Ce qui est d'un bien autre intérêt, c'est l'éclatant succès de M. Falguière. Je n'ai pas à
dire le mérite du sculpteur ; sa réputation est faite depuis longtemps. Ce qu'il m'est précieux d'avoir
à constater, c'est que désormais en lui le peintre marche l'égal du statuaire. Pour tous ceux qui ont à
cœur la grandeur de l'art, sa grandeur véritable, voilà un événement d'une importance capitale. Au
lieu de se confiner dans un seul genre très-borné, parce que leur instruction est fort sommaire, parce
qu'en réalité nos artistes savent fort peu de chose, qu'ils aient enfin le courage de travailler résolu-
ment, comme a dû le faire M. Falguière pour être le sculpteur et le peintre auxquels nous sommes
fiers d'applaudir, et nous verrons l'École française, au lieu de suivre la pente fatale de la déca-
dence, conquérir, plus brillante que jamais, des gloires nouvelles aussi impérissables, plus même
que celles de l'immortelle génération de 1830. Que chaque artiste ait la ferme volonté d'acquérir la
pleine possession de toutes les branches de l'art et l'on verra surgir une de ces générations puissantes
qui portera en elle tout un monde de nobles créations et rappellera par son savoir varié cette pléiade
révérée des maîtres des xve et xvie siècles, tour à tour orfèvres, architectes, peintres, sculpteurs et
poètes ; ceux-là ne connurent jamais les eunuques de l'éclectisme ; ils n'eurent jamais plein la bouche
des mots creux et ronflants en l'honneur du grand art, ils se contentèrent de le pratiquer pieusement
chaque jour, de préférer des faits éloquents à des phrases vides, de créer chefs-d'œuvre sur chefs-
d'œuvre, et il naquit parmi eux ce géant sublime, éternel honneur de l'art et de l'humanité dont il est
l'expression la plus haute, ce Michel-Ange qui donna la vie à tout un monde de marbre, enfanta le
plafond de la Sixtine, édifia palais, temples et donjons, signa les plus nobles sonnets qu'ait soupirés
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