L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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140 L'ART.

Je vous recommande la Bièvrei à Verrières-lc-Buisson (n° 61$) ; l'homme qui établit de la sorte un site et
qui l'éclairé aussi habilement est réservé à cueillir plus d'un laurier dans sa double carrière.

Quant à M. Falguière, Dieu me garde de jeter les hauts cris parce que lui, statuaire, ne s'est
pas soucié de nous peindre quelque sujet académique ; il s'est tout bonnement rappelé une arène de
lutteurs, et ce sont ces Lutteurs (n° 782) et le public qui les regarde qu'il a transportés sur la toile avec
une intensité de vie vraiment extraordinaire et une puissance de tons, un brio de coloriste possédant si
bien la science des relations de valeurs qu'on en serait à bon droit surpris chez tout peintre débutant,
et à plus forte raison chez un sculpteur qui saisit si délibérément la palette. Je ne prétends pas que les
Lutteurs soient le sujet le plus élégant qui se puisse imaginer; cela ne m'empêche pas de me réjouir de
son choix ; il a permis plus que tout autre à l'artiste de prouver à quel point il a le sentiment moderne,
et de le faire vraiment en maître. Chacun de ses types, même ceux qui sont seulement indiqués, le sont
d'une manière large, nette, accentuée, qui fait penser à Daumier et à sa façon si puissante d'établir une
figure ; aussi, malgré quelques notes un peu molles, résultat d'hésitations inévitables dans une pareille
entreprise, est-ce non-seulement comme œuvre de coloriste, mais par une brutalité magistrale, la
science, l'accent et la tournure que se recommandent les Lutteurs de M. Falguière.

Etant donnée la décadence profonde de la peinture religieuse, la toile de M. Jules Weerts est
digne d'attention. Son Jésus-Christ descendu de la croix (n° 1989) n'est en aucune façon compris d'une
manière nouvelle ; la composition se recommande toutefois par des qualités d'étude sérieuse et une
pratique qui, sans être puissante, sait éviter la mollesse. Je doute que M. Weerts s'élève jamais bien
haut, mais il paraît fuir la vulgarité, et c'est là une très-bonne note qui me fait m'arrêter plus à ses
mérites qu'à ses défauts. Il devrait revoir sa Madeleine, dont le mouvement des bras est malheureux
et la tête par trop parisienne.

M. Paul-Emile Sautai expose un Souvenir de Rome : la veille d'une exécution capitale (n° 1805),
agréable peinture anecdotique qui groupe une douzaine de figures, la plupart vues de dos, devant
une affiche qui contient la sentence fatale.

M. Eugène Le Roux semble .s'être inspiré de souvenirs personnels dans : Une ambulance privée
de Paris, pendant le siège; — 1870-1871 (n° 1350). C'est un bon tableau; le faire est parfois un peu
lourd, mais les physionomies des blessés et des sœui-s de charité, avec lesquelles l'un d'eux joue aux
dames, sont bien observées, les attitudes sont fort justes; Fauteur a vécu son sujet.

Des deux toiles de M. Félix de Vuillefroy, la première : Un franc marché, en Picardie (n° 1977),
a le grand tort de rappeler par trop le Marché aux chevaux de M"" Rosa Bonheur, et de papilloter
tant et plus; le second : la Rue d'Allemagne, à la Villette (n° 1978), est de la grosse peinture, mais
n'importe, c'est œuvre de peintre, et la somme des qualités justifie l'accueil très-favorable que l'on
a fait dès le premier jour à ces pesants troupeaux de grands bœufs roux qui s'avancent vers le spectateur
en glissant sur le pavé gluant de Paris; il pleut ou plutôt il doit pleuvoir; les parapluies ouverts
sur les trottoirs l'indiquent mieux que l'aspect général du tableau. Ce n'en est pas moins une œuvre
à noter et un artiste dont il faut se souvenir. ■

Paul Leroi.

( La suite au prochain numéro.)
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