L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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LE MUSEE NATIONAL DU LOUVRE

ET LA NOTE DE M. F. REISET

(P!N '.)

VI.

onsieur F. Reiset peut se rassurer et prendre confiance ; l'extrême
modération de son langage dénote une fermeté de conviction qui
devient une force, parce qu'elle communique aisément les senti-
ments justes qui l'animent.

Déjà la voix du public ému s'est fait entendre ; la presse a
souligné tout entière la note du Directeur des Musées, et si Ingres
et Delacroix, si Vitet et Beulé ne sont plus là pour défendre les
intérêts nationaux du Louvre, si l'autorité et l'énergie des premiers,
la passion et le talent des seconds font défaut en ce moment à la
cause que M. Reiset s'est chargé de plaider, reconnaissons que leurs
efforts et leur éloquence ne sont plus nécessaires pour entraîner la Chambre.

L'indifférence pour les Musées s'expliquait bien facilement, lorsque le soin de leur prospérité
regardait la seule Liste civile ; détachés du groupe des institutions dont l'Etat avait la tutelle et la
charge, ils vivotaient tant bien que mal, n'excitant pas cette surveillance inquiète qui ne s'attache
qu'aux choses dont on est responsable. Aussi était-ce une grosse affaire, lorsqu'il s'agissait de demander
des crédits spéciaux pour l'augmentation de nos collections qui devaient être entretenues aux frais
de la dotation des 2^ millions affectés à la maison du Souverain. On votait le crédit, mais c'était alors
qu'il fallait la voix des grands artistes et l'appui des grands orateurs pour émouvoir, en faveur des
intérêts qui s'attachent au Louvre, ceux qui étaient simplement disposés, par politesse pour le
Souverain, à ne pas refuser la somme demandée par le Ministre de sa maison.

Il n'en est plus de même aujourd'hui : la Chambre n'est plus libre de rejeter sur d'autres qu'elle-
même le soin de gérer les Musées ; elle est engagée directement vis-à-vis d'eux. Leur budget, c'est
elle qui le discute, le règle et le vote, et il suffit de lire les rapports des commissaires des budgets des
Beaux-Arts depuis 1872, pour se convaincre du soin jaloux que la Chambre met à surveiller leurs
intérêts.

Nos Députés aiment le Louvre comme l'écrin des plus beaux bijoux que possède la nation qu'ils
représentent, et, directement intéressés aujourd'hui, ils ne sont pas sans inquiétude sur tout ce qui se
fait à l'étranger pour enrichir ou créer des institutions analogues, qui sont considérées comme le foyer
indispensable d'alimentation pour les industries se rattachant à l'art. Leur inquiétude sur ce point
se manifeste dans tous les rapports, et nous citions tout à l'heure celui de M. le comte d'Osmoy qui
constate les grands efforts à faire pour lutter contre l'intelligente Angleterre.

Tout semble donc bien préparé pour examiner de sang-froid l'importance du sacrifice qu'il
n'est plus temps de reporter à un terme postérieur. La question s'impose; tout le monde le sent. C'est
aux législateurs à la résoudre ; ayons confiance qu'ils le feront en adoptant le moyen proposé par
M. F. Reiset.

1. Voir tome II, pages 97 et 121.
Tome II.
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