L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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LE MUSÉE NATIONAL DU LOUVRE. 147

nos Musées, et par tout le public, vous allez probablement obtenir ce que vous avez toute raison de
demander, permettez-moi de vous soumettre quelques réflexions qui me sont suggérées par
l'examen de la situation du Louvre, et, si vous voulez bien y attacher votre esprit juste et clairvoyant,
j'ai quelque espoir que vous reconnaîtrez qu'elles ont été mûries par un très-grand amour pour votre
admirable Musée et qu'elles sont à ce titre dignes de votis être présentées.

S'il est vrai que les ressources minimes du Louvre sont absolument insuffisantes, s'il convient
de demander un supplément de crédit annuel pour le personnel et les acquisitions et un crédit
spécial pour les aménagements du Musée, n'est-il pas bien étrange, Monsieur, qu'on songe, paraît-il,
à vous demander en ce moment même l'établissement d'un nouveau Musée, l'installation d'une galerie
de plâtres? Est-ce bien, à l'heure où vous constatez vous-même la pénurie d'argent de votre Direc-
tion, l'impossibilité d'ouvrir toutes les salles parce que vous manquez du personnel nécessaire pour
eur surveillance, et la modicité des budgets de chacune de vos Conservations, est-ce bien à cette
heure qu'il est utile de parler d'une création qui entraîne des frais nouveaux de matériel, de garde et
d'aménagement?

D'abord nous persistons à dire qu'un Musée de plâtres n'est pas à sa place au Louvre. Pas plus
que les honoi-ables écrivains qui ont publié des notes sur ce nouvel établissement, nous ne sommes
indifférent à une création qui aura l'excellent effet de réunir les reproductions des chefs-d'œuvre de
la sculpture. Mais, si un pareil Musée doit être installé, jugez quelle peut être son importance.

Est-il admissible qu'on s'arrête aux œuvres de la Grèce et de Rome ? On oublierait donc tout ce
que la France a d'admirables travaux de sculpture? Et notre art national, si élevé qu'il est le premier,
j'allais dire le seul au monde depuis l'époque de la Renaissance, n'aurait pas sa part dans les galeries
nouvelles? Et l'admirable sculpture décorative des monuments? Tous les types de l'ornementation
antique sur pierre, qui sont les origines de l'œuvre des siècles postérieurs, et ceux de ces siècles
mêmes, ne devra-t-on pas les rassembler pour compléter l'histoire, former un Musée pour les écoles
et développer les ressources déjà mises à la disposition de l'industrie?

Ce Musée, si enviable, demandé par les hommes les plus illustres et les plus compétents, mais
c'est un monde nouveau qui craquera dans l'étroite ceinture du Louvre. Et pour la vaine satis-
faction de créer un embryon insuffisant dans votre palais, on compromettrait l'avenir d'une insti-
tution nationale complète, et dont la première installation est commencée déjà à notre Lcole des
Beaux-Arts !

D'ailleurs, monsieur, croyez-vous qu'il faille faire du Louvre un dépôt de copies? Si belles
qu'elles soient, elles n'ont pas raison de réclamer la place qu'on pourrait, avant elles, disposer poul-
ies dessins originaux des maîtres qu'on choisirait dans les vingt-deux mille spécimens renfermés dans
vos cartons. On sous-entend, sans oser le dire très-haut, que le Musée de marine est mal venu à
occuper un étage et qu'il conviendrait de prendre ce local pour des collections nouvelles. Qu'on
n'insiste pas sur ce point : les frais de transport du Musée de marine, occasionnés par le démontage
des plans en relief, sont tels que 100,000 francs suffiraient à peine pour la seule opération du dépla-
cement. 11 n'y a donc pas à songer à cette place pour le moment.

Mais avant tout, il est une question de principe qu'il faut vider. Oui ou non, le Louvre a-t-il
intérêt, à côté de ses originaux, de cette admirable et unique collection d'œuvres sorties directement
de la main des maîtres, à s'encombrer de reproductions, dont la place est tout indiquée à la suite de
celles de l'Ecole des Beaux-Arts, qui ajouterait un musée public à ses galeries ?

Si l'on peut disposer d'une salle, d'une toute petite salle, nous vous demandons, monsieur,
de vouloir bien la consacrer à l'exposition d'un certain nombre des gravures de la calcographie,
que personne ne connaît, et qui doivent être cependant une source de revenus pour le Louvre.
Le gouvernement italien l'a très-bien compris: il utilise les planches de ses Musées. Nous publierons
prochainement des renseignements sur ce point, qui montreront quelles ressources l'État pourrait
trouver. Nous possédons ici des trésors; qui les connaît? qui les achète?

Voilà, monsieur, si on ose vous demander de grever votre mince budget de quelque dépense,
voilà ce qu'on pourrait réclamer de vous : l'aménagement d'une salie au profit de la chalcographie.
Car on sait à l'avance que le public, lorsqu'il verra les chefs-d'œuvre que vous pouvez lui vendre pour
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