L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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SALON DE 1875. 153

en incorrections, — voir la relation de la tête, des mains et du corps entre eux, — mais d'une facture
beaucoup plus libre, permet d'augurer moins défavorablement de M. Torrents.

M. Emile Adan est un agréable peintre de genre ; il a de l'esprit ; il a du goût. Son Dernier Jour
de vente (n° 6) nous montre la fin d'une vacation publique qui se tient au pied du grand escalier d'un
hôtel seigneurial; inutile d'ajouter que nous sommes à la fin du siècle dernier; l'époque est à la mode
et M. Adan en a coquettement traduit les costumes d'un pinceau facile et exempt de vastes ambitions.

C'est encore le xvine siècle qui a séduit M. Delort1. Son Embarquement de Manon Lescaut se
recommande par les détails spirituels qui y abondent, mais pèche par l'ordonnance ; son héroïne est
reléguée dans une barque à l'arrière, avec son cher chevalier, et c'est l'énorme vaisseau qui forme le
centre de la composition et attire avant tout l'attention aux dépens du véritable sujet. M. Delort doit
aussi veiller sur son coloris qui est aigrelet.

MM. Denneulin et Sain préfèrent leur époque et ce n'est pas moi qui les en blâmerai. Il y a une
idée dans Triste Recette! (n° 645) et ce mérite-là ne court pas les rues. En plein hiver, sur la place
publique couverte de neige de quelque gros village, des musiciens ambulants s'évertuent vainement à
attirer l'attention; toutes les demeures restent muettes, pas une ne s'ouvre, pas le moindre visage aux
fenêtres; il est impossible de faire plus complet fiasco que ces pauvres diables. M. Jules Denneulin est
observateur; ses physionomies sont intelligemment rendues; il y a dans sa façon un grain de satire
qui ne dépasse pas la juste mesure. Qu'il s'occupe plus du dessin, — les mains surtout laissent fort à
désirer, — qu'il apprenne à se résoudre à des sacrifices nécessaires, — les maisons au fond de la
place, par exemple, sont beaucoup trop accentuées, — et il ne tardera pas à se faire une situation
à part, et des meilleures, dans le genre auquel il se consacre.

M. Sain n'est pas le premier venu; il sait bien des choses ; il est fort consciencieux; il fait dire à
chaque figure ce qu'elle doit exprimer; on sent un homme d'étude et de volonté ; mais le cruel colo-
riste! et comme ses notes criardes, dures, à arêtes vives, tuent les qualités les plus heureuses! Le
Maccaroni di Sposali\io (Repas de noce chez un paysan de Capri, n° 1776) contient une foule de
types d'un caractère excellent mais qui font mal à regarder grâce à la crudité des tons, — une
vraie calamité! 11 n'y a pas deux notes fondues, enveloppées dans tout le tableau.

Les Chiens normands (n° 1609), le Cerf forcé tenant les abois (n° 1610) et les Chiens de Saint-
Hubert (n° 1611) sont des spécimens de peinture cynégétique qui recommandent très-honorablement
M. Olivier de Penne aux Sportmen et aux fanatiques de chasse. L'artiste doit chercher à acquérir plus
de liberté, plus d'ampleur dans la touche; ses chiens sont de bonnes bêtes un peu trop sages.

C'est un tantinet de diable au corps que je souhaite également à M. Paul Vayson. Sa Gardeuse
de moutons (n° 1930), énorme toile pour un sujet qui ne comportait guère de pareilles proportions,
sa Juive d'Alger à la fontaine (n° 1932) et son Intérieur de maison mauresque à Alger (n° 1931) pro-
cèdent du même faire crayeux et uniforme; j'insiste d'autant plus sur ce monotone défaut qu'il y a
de l'étoffe chez ce jeune homme; je voudrais lui faire comprendre, ainsi qu'à tous ses émules, qu'il
y a erreur grossière à perdre son temps à produire ces grandes pages qui ne sont évidemment qu'une
invite à la médaille; — pas autre chose. Combien ne serait-il pas préférable pour la renommée de
l'artiste de peindre une œuvre de dimensions restreintes, mais bien complète? Attirer les regards de
la foule, la belle affaire! Ce qui est enviable, c'est de créer une de ces perles précieuses qui,
échappant au vaste troupeau des badauds, attirent invinciblement le petit groupe des délicats dont
le suffrage seul est décisif. Que les jeunes gens prennent exemple du minuscule portrait de M. Paul
Dubois 2 ; ce n'est rien, ce n'est que de la peinture excellentissime.

L'école française de paysage conserve une position éminente, mais elle ne saurait trop se
prémunir contre la tendance à peindre de chic ; qu'elle ne déserte pas la grande doctrine de Théodore
Rousseau dans les pages de sa belle époque : dessiner, composer et peindre dans la perfection et
faire vibrer sur sa toile toutes les poésies de la nature. Rien ne ressemble moins à cette noble théorie
que la manière de M. Alexandre Rapin, et cependant il s'agit d'un homme du plus indiscutable talent.

1. N° 635". Voir la gravure publiée dans ce volume, page 141.

2. N° 706. Portrait de M11' B. M... Voir l'Art, tome II, page 139.

Tome II.

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