L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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1^4 L'ART.

Voyez la Rosée, dans les fonds de Bonnevaux (Doubs) (n° 1698); toutes les plantes du premier plan sont
réellement très-bien dessinées, très-bien peintes ; l'examen détaillé du tableau révèle une surabon-
dance de qualités qui toutes, hélas! sont étouffées net par l'affreux aspect métallique de l'ensemble;
on dirait un mélange de zinc et de fer-blanc ; il en est absolument de même pour le Ruisseau sous bois,
près Bonnevaux. C'est à prendre la nature en horreur.

M. Léon Herpin est bien autrement peintre et en communion directe avec la nature; il a surtout
le sentiment de la localité dans ses deux grands paysages : la Marne à Chenncvières (n° 1040) et La
Butte des Moulineaux (n° 1041). C'est d'une étude serrée et très-sincère; il y a des notes violacées à
éviter à l'avenir, un peu de lourdeur et de dureté et des tendances à vouloir dire trop de choses à la
fois, mais ces erreurs ne tarderont pas à disparaître; nous sommes en présence d'une organisation
sérieuse à laquelle on peut se fier.

J'ai bon espoir également en M. Paul Colin; sa Ferme de Groult à Criquebœuf (n° 483) est bien
établie; cela se tient et ferait un excellent tableau, n'étaient de désagréables dissonances de tons.
La Foret près de Barbi\on (n° 485) est trop comprise en décor de théâtre et la facture est pesante;
enfin on désirerait plus d'accent dans les figures des Petites Maraudeuses (n° 484) qui ont de l'impor-
tance.

A M. Zuber, je n'ai qu'à recommander d'oser davantage ; sa. Lisière de foret (n° 2017) et son Etang
de Ferrette (n° 2018) révèlent le grave enseignement de Gleyre, ce maître digne de tant de respects;
seulement il y a là surtout ce qu'on apprend dans l'atelier, pas assez ce qu'enseigne directement la
nature; j'aimerais mieux avoir à signaler une bonne dose de ces défauts qui indiquent un tempéra-
ment.

M. Edmond Yon, l'avant-dernier de cette liste des récompensés, mérite son succès qui le place
en bien meilleur rang que celui que l'ordre alphabétique lui a assigné. Il a infiniment de goût, il dessine
fort bien et sait emmancher un tableau d'une façon toute charmante. Un Bras de la Seine aux environs
de M ontereau (n° 2008) et surtout le Petit-Flot (n° 2009) brillent par le plus aimable ensemble de qua-
lités : beaucoup d'air, une grande impression de vérité, de la distinction, un faire preste, spirituel,
parisien au possible, dirais-je, si j'osais risquer le mot à propos de la campagne, et je crois qu'il me
le faut risquer, car cela n'est pas naïf du tout; chaque coup de pinceau crie à qui veut l'entendre, que
notre collaborateur est enfant de la grande ville. Arrivons au revers de sa médaille : un faible pour
les verts vert-de-grisés, des premiers plans quelque peu lâchés, et un brin de passion pour le chic ;
il s'agit de ne pas aller au delà.

Comme l'an dernier une médaille a été réservée à la section des dessins, — fort bien, —■
et c'est à M Carolus Duran qu'elle a été décernée. Il n'y a qu'à applaudir. Son pastel (n° 2252), Por-
trait de Mme ***, a droit à tous nos éloges. Exécution large, franchement accentuée, nullement tapa-
geuse ; je le répète, il n'y a qu'à louer. Pour trouver la part de la critique, je ne vois que les clairs
de la robe noire qui ne se produisent point par le ton lui-même, mais par des rehauts inutiles.

Je vais sans doute scandaliser bien du monde; cela ne m'effraye guère et ne m'empêchera nulle-
ment de préférer de beaucoup ce simple pastel de Mme Carolus Duran à toute l'exposition de son mari à
qui l'on dirait que personne n'ose servir la vérité, ce qui est faire injure à un homme de cette valeur et le
pousser en réalité à persévérer dans la route très-fausse où il est engagé et où il ne peut que s'égarer de
plus en plus. Après cela, je ne serais point surpris que ce fût la douce espérance de quelques bons
petits camarades qui se souviennent du triomphe de M. Carolus Duran au Salon de 1870, et qui n'ont
point l'ardent désir de le voir se renouveler. Je me rappelle trop le Portrait de Mmc Ernest Fejdeau et
le Portrait de Marguerite que nous avions baptisée la petite infante, pour ne pas tenir au contraire à
dessiller les yeux d'un artiste richement enclin aux illusions en ce qvù le concerne. Il dépend de
M. Carolus Duran d'être ce que ces deux œuvres, si profondément remarquables de son Salon de 1870,
promettaient, il dépend de lui, de compter parmi les gloires réelles de l'école française à la condition
de s'arrêter net dans la voie déplorable qui le conduira à sa perte. Il peint aujourd'hui d'une coulée et
ce beau système nous vaut, après le Portrait de M"tc la comtesse de Pourtalès, qui l'an dernier n'était pas
bon, celui de M'"c Cahen (n° 740) qui en est une seconde et très-inférieure édition, le Portrait de Sabine
(n° 741), la fille de l'artiste qui n'a guère eu des entrailles de père en la peignant, et Fin d'été (n° 739)
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