L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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EXPOSITION DES ŒUVRES DE COROT. 159

et les animaux, par la justesse de leur mouvement et leur robuste silhouette, font pensera ceux de Barye,
ce qui n'est pas, j'imagine, un médiocre résultat1. »

En entrant dans la salle, sur les deux panneaux latéraux, se trouvent deux œuvres importantes du
maître, peu connues et ignorées de beaucoup. A gauche, le Baptême du Christ dans le Jourdain, tableau
décorant la chapelle des fonts baptismaux à Saint-Nicolas du Chardonnet. Ce tableau fut achevé vers la
fin de 1846. « Au centre d'une campagne luxueuse et profonde, le Jourdain coule paisible entre des
bouquets d'arbres; saint Jean en présence de quelques Israélites, verse l'eau sacrée sur le front du
Christ, pendant que tout au haut du ciel, un ange, léger d'attitude et léger de ton, vole dans le limpide
éther et préside à l'auguste scène. Tout est calme, silencieux, solennel dans ce grand paysage ; le ciel
est pâle et clair, les arbres et les gazons sont d'un vert cendré admirablement choisi pour faire valoir les
carnations finement rosées des personnages. Et quant aux figures elles-mêmes, elles ont delà sveltesse et
de la grâce, et doivent, parmi celles que M. Corot a dessinées, compter au nombre des meilleures... Il
marque avec une précision exquise le moment où s'accomplit son drame, il sait mieux que personne

La Dune.

Fac-similé d'un dessin de Ed. Daliphard, d'après le tableau de Corot, appartenant à M, Martin Leroy.

les changements que le jour en sa marche insensible apporte à la forme et à la longueur des ombres, à
la transparence des demi-teintes, à la coloration des choses. Et ici il a naturellement eu ses prédilec-
tions : volonté pviissante, mais voilée, esprit robuste, mais délicat; il a presque toujours préféré aux
extrêmes ardeurs du midi ces heures indécises où le jour va venir, où le jour va s'éteindre ; on dirait
même que les flamboyantes splendeurs du soleil couchant blessent son regard, car il s'est fait le peintre
des soleils couchés 2. »

De l'autre côté de la porte d'entrée se trouve le tableau de Saint Jérôme, appartenant à l'église
de Ville-d'Avray ; — le beau pays, la charmante campagne où Corot a puisé tant de motifs de chefs-
d'œuvre. Le Saint Jérôme fut exposé au Salon de 1837. C'était la première tentative dans une voie où le
succès l'attendait. En 1835 u avaù exposé l'Agar dans le désert, que l'on a revu ces temps-ci dans les
ventes et que vient d'acquérir, il y a quelques jours, le prince Soutzo. UAgar est un tableau exécuté
dans la manière un peu dure. Le Saint Jérôme a plus de mollesse, qualité qui remplace chez lui la
dureté et la sécheresse, mollesse qui doit devenir l'une des qualités de son talent.

Au milieu du grand panneau de gauche se trouve une œuvre d'un caractère austère, grave, pres-
que farouche. C'est le Christ au jardin des Oliviers3, exposé au Salon de 1849. Cette œuvre nous prouve
que Corot abandonnait quelquefois son Arcadie idéale, ses danses de nymphes, ses idylles pastorales

1. Paul Mantz, Galette des Beaux-Arts. 6je liv., i" novembre 1861.

2. Paul'Mantz, loc. cit.

3. N° 96 du catalogue.
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