L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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LA CÉRAMIQUE

A L'EXPOSITION DE BLOIS'

I, il y a vingt ans, on nous eût dit : « Vous aurez à Blois une
belle exposition d'industrie presque exclusivement fournie par les
travailleurs de la région, » nous eussions ri de l'impossibilité, nous
eussions crié au miracle. Aujourd'hui ce miracle est accompli, cette
utopie, comme tant d'autres, est une réalité; saluons ce progrès dont
tout l'honneur revient aux industriels de ce beau pays.

Cette exposition organisée de main de maître est un succès pour
M. Arnaudtizon, son président, qui a créé cette fête ; cet homme
de dévouement doit être fier du résultat de son œuvre, comme la
ville de Blois doit être reconnaissante de tant d'efforts, — tout ce qui
a été fait est bien fait, et, au milieu de toutes ces industries, nous sommes émerveillé de la céra-
mique, qui joue un rôle important dans cette enceinte si gaie que l'on regrette de quitter si tôt.

Les arrivants, tous les arrivés, tous les talents se sont donné rendez-vous à cette solennité.
Bitterlin avec ses glaces gravées et ses vitraux éminemment artistiques y trouve un grand succès.
Brocard continue à filer sur le verre ses tissus d'or et de soie. Deck, le maître entre tous, et son émule
Léon Parvillée nous donnent une série d'œuvres du meilleur aloi. Gaidan présente une exposition
superbe de Moustiers, de Satzuma et d'Italiens modernes, — Barbizet marche droit vers Palissy et
marche bien en redoublant d'efforts; Barthe, de Vierzon, a des poteries étrusques dont le bon goût
est à signaler; le jeune Damouse nous fait admirer des porcelaines dures dont les décors sous émail
cuits au grand feu de four sont dignes de Sèvres. — Mmc Boquillon, seule, reste la victime des
anciens et des mauvais exemples de cette manufacture, — avec ses copies très-bien peintes de
tableaux de maîtres, cette femme de grand talent s'attarde à rêver la fortune dans la voie d'un art
suranné. — Ne vaudrait-il pas mieux semer sur porcelaine des ornements et des rieurs dont il est si
facile de prédire la récolte abondante et lucrative à qui voudra la bien cultiver? Enfin, et pour en finir,
Schopin, — un nouveau — qui a débuté à V Union Centrale par une exposition un peu brutale, mais
pleine de séve, assouplit son talent et montre à Blois, sur des formes heureuses, des liserons, des roses
et des passeroses, des vraies fleurs du printemps radieuses et parfumées.

Mais j'ai hâte de parler de Blois et de faire ma cour à deux industriels, deux naïfs de la province,
deux grands artistes, MM. Ulysse Besnard et Tortat; ils sont ignorants de beaucoup de choses; ils
oublient que le blanc est en céramique un des moyens puissants de décors, ils abusent du jaune et
n'usent pas assez de la petite note rouge tant prêchée par Corot, de cette note communarde si sombre
en politique, si gaie dans les décors, — mais que de charme, mais que de séve et de naïveté! — leurs
produits sentent les beaux jours de la province, les châteaux de la Touraine, les belles dames, Henri II
et les élégances d'Oiron. Tout cela est mignon, bien amalgamé, précieux, arrangé d'une façon qui
charme les yeux, qui réjouit le cœur. Que ces amoureux de leur pays sortent de temps en temps de

i. M. Armand Baschot a bien voulu se charger de faire pour l'Jrc le compte rendu de l'exposition de Blois. Ses articles sont prêts et
leur publication n'est retardée que de quelques jours par l'achèvement des illustrations qui doivent l'accompagner. En attendant, nous
accueillons comme une bonne fortune la note que veut bien nous communiquer M. Adrien Dubouché, l'éminent directeur du musée
céramique de Limoges. Nous ne pouvions souhaiter d'appréciation de cette partie de l'exposition de Blois par un juge plus compétent.
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