L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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-'96 L'ART.

et de l'exécution ; cette suite vous inspirera une très-haute estime pour le talent de Bailly. Il y a dans
les encadrements qui entourent les devises des couronnes de fleurs peintes avec une finesse, une
fraîcheur et une vivacité de tons singulières. On voit que l'artiste est rompu à toutes les difficultés du
coloris. Son talent sait rendre l'éclat de la fleur la plus brillante, car c'est dans la peinture des fleurs
que Bailly semble exceller. Il appartient évidemment à cette école d'habiles miniaturistes chargés de
peindre sur vélin les plantes du Jardin du Roi, qui commencent avec Nicolas Robert et se succèdent
sans interruption avec Jean Joubert, Claude Aubriet et Madeleine Basseporte jusqu'à la veille de la
Révolution.

Je ne serais pas étonné qu'on retrouvât dans cette merveilleuse collection de vélins déposée au
Muséum, des planches signées /. Bailly, ou seulement J. B. En effet plusieurs devises ne portent que
ces initiales. Sur les vingt-quatre signatures que j'ai relevées, je vois de nombreuses variantes : tantôt,
quand il écrit son nom en toutes lettres, l'artiste substitue un I au J; tantôt il réunit par un trait hori-
zontal le J au B ; quelquefois il se contente des initiales I. B.; mais la forme qui revient le plus fréquem-
ment est : J. Bailly pinx.

A l'œuvre dont nous avons tenté de signaler l'importance et l'intérêt, nous pouvons en joindre une
autre également authentique, également signée et d'un caractère bien différent.

La Bibliothèque de Versailles possède un précieux volume qui vient évidemment de l'ancienne
Bibliothèque du château; c'est un exemplaire du carrousel de 1662, gravé par Chauveau, dont toutes
les planches sont peintes à la main. Plusieurs de ces peintures portent la signature de J. Bailly. L'artiste
a été évidemment chargé de colorier pour le roi cet exemplaire unique, et il s'est acquitté de sa tâche
avec tout le soin et toute la perfection désirables. On connaît ce bel ouvrage destiné à conserver le
souvenir d'une des fêtes les plus brillantes données à la cour de Louis XIV. Il porte ce titre pompeux :
« Fcstiva ad capta annulumque decursio a rege Ludovico XIV, principibus summisque aulœ proceribus
anno 1662. » Toutes les planches ont été gravées par Fr. Chauveau; l'auteur des dessins n'est pas
indiqué. A la suite de plusieurs grandes vues d'ensemble qui forment l'aspect général de la place à
laquelle cette fête a donné son nom de place du Carrousel, figurent tous les hauts personnages qui
jouèrent un rôle important dans la cavalcade. Le Roi, son frère, les princes du sang, les grands officiers
de la couronne défilent tour à tour sous les accoutrements les plus singuliers et parfois les plus ridicules.
On remarque surtout certain seigneur déguisé en prince américain dont le costume est composé
presque uniquement de serpents enlacés et qui a pour coiffure un énorme panache de plumes plus haut
que lui.

On trouve dans ce curieux ouvrage des renseignements topographiques d'un très-grand intérêt sur
la disposition des hôtels et des masures qui encombraient alors la place aujourd'hui occupée par les
nouvelles constructions du Louvre. Toutes ces vues générales sont coloriées avec une grande finesse
par Bailly qui a pu copier sur nature. Ses peintures nous présentent donc, encore plus fidèlement que
les gravures de Chauveau, l'état des lieux à cette époque, puisqu'au dessin il a ajouté les couleurs. Il a
chargé ces couleurs d'une gouache si épaisse que presque partout les tailles de la gravure disparaissent
sous la peinture. On ne les retrouve qu'en regardant les feuillets en transparence ; le nom du graveur
lui-même est effacé ou plutôt est enfoui sous l'épaisseur de la gouache, tandis que le nom de J. Bailly
apparaît seul au bas de plusieurs pages.

La description d'un pareil ouvrage n'offrirait aucun intérêt. Il faut le voir, le feuilleter, l'étudier,
comme nous l'avons fait, pour juger du mérite de l'artiste chargé de le mettre en couleur. D'ailleurs,
quelque considérable que soit ici le travail du peintre, il est subordonné au dessin du graveur; aussi, à
ce point de vue, le volume de la Bibliothèque de Versailles nous paraît-il moins important dans l'œuvre
de notre miniaturiste que le manuscrit des quatre Éléments et des quatre Saisons. Dans ce dernier, en
effet, l'artiste n'est pas gêné par les compositions d'un autre; il est libre; l'œuvre entière lui appartient :
invention, dessin et peinture sont de lui et permettent de le placer au premier rang des peintres en
miniature de son temps.

J.-J. GUIFFREY.
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