L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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L'ART.

je pourrais bien mourir dans l'impénitence finale et ne jamais me résigner à l'amende honorable à
laquelle vous avez la bienveillance de m'inviter.

Vous me demandez quelques lignes de réponse ; — soyez satisfait. Je sais trop ce que je vous
dois pour ne pas avoir à cœur de rencontrer un à un chacun de vos terribles arguments, autant qu'en
demeure capable un être aussi pulvérisé que je le suis.

J'ai et conserverai la « singulière inconvenance, le sans-gène et la prétention » de penser qu'en
fait de libertés, nous avons au moins celle dont usait déjà Boileau qui « appelait un chat un chat », et
je continuerai à « blâmer sans réserve », si « déplacé » qu'on puisse me trouver, « des œuvres » qui
n'ont avec « la grande peinture » et môme avec la petite, que les rapports les plus éloignés. J'en
agirai constamment de la sorte, parce que je n'entends servir que les véritables intérêts de l'art, et
que je n'ai nul souci des combinaisons mercantiles des industriels en tableaux, de leur talent fre-
laté et de leur renommée de salons.

Si j'étais enclin à l'orgueil, je me rengorgerais, mon très-cher Anonyme, en présence de votre
supposition qu'il faut être artiste pour « blâmer le savoir anatomique de M. Cabanel », comme je l'ai
fait. Je n'ai pas l'honneur d'être artiste, le respect de la vérité m'oblige à en faire ici l'aveu et à
relever aussi une erreur dans laquelle vous versez involontairement. Je n'ai point « blâmé le savoir ana-
tomique » en question ; je l'ai carrément nié et vous m'approuverez de le nier plus que jamais, aujour-
d'hui que son absence s'est révélée à ce point manifeste qu'elle n'a tout naturellement pas permis au
président du Jury de s'apercevoir de la science réelle de M. Georges Becker, le peintre de Respha.

Si j'avais l'honneur d'être artiste, Monsieur, je ne serais pas démesurément flatté de vous voir,
vous qui l'êtes, prêter à des confrères des procédés de la plus douteuse délicatesse; jusqu'à preuve
évidente du contraire, je me crois en droit de me refuser à soupçonner un artiste quelconque de « cri-
tiquer » ses maîtres avec aussi « peu de tact » que « de compétence ». Ces façons d'agir n'appartiennent
qu'à un vil folliculaire comme moi; seulement il est vraiment fâcheux pour l'indignation que je vous
inspire, qu'il y ait tant de gens de mon avis en France et même, hélas! à l'étranger.

Figurez-vous qu'au lendemain du jour où j'ai eu la joie de vous lire, je recevais de Londres le
n° 3,512 de The Examiner, — le miel succédant à l'absinthe. Vous ne savez peut-être pas ce que c'est
que The Examiner?—Fondée en 1808, cette «Revue hebdomadaire indépendante de Politique, de Littéra-
ture, de Science et d'oArt » a toujours eu pour collaborateurs les écrivains les plus éminents, et jouit de
la plus légitime autorité dans la Presse de la libre Angleterre. Quelque amitié inconnue m'a fait
parvenir ce numéro du 22 mai dernier en m'y signalant un article intitulé : l'cArt et la Critique en France.
Je pense qu'il vous sera agréable, Monsieur, que je le résume fidèlement ici; j'ai tellement le désir de
vous plaire que je vous donnerai la traduction littérale des passages de nature à vous intéresser le plus.
Pour bien comprendre l'auteur, il faut savoir que toute exposition de la Royal Academj est précédée
d'un banquet offert parle Président à l'héritier de la Couronne, aux princes du sang, aux ministres, etc.,
et que l'on échange force discours et force compliments qu'impriment le lendemain tous les journaux.
Cela dit, je cède la parole au critique de l'Examiner.

« Ce serait un fait fort important pour l'art anglais, si, ne pouvant nous débarrasser des Académiciens,
nous parvenions au moins à abolir le banquet de la Royal Academj. Les deux institutions sont mauvaises,
mais la seconde est peut-être la pire à cause de son influence sur le goût du public. Quand le prince
de Galles affirme que quiconque a du goiit « doit reconnaître avec lui » que l'exposition actuelle est aussi
bonne qu'aucune des précédentes, un grand nombre de personnes ignorantes sont portées à croire que
l'assertion est vraie, et quand M. Disraeli proclame que le triomphe spécial des peintres anglais actuels
réside dans l'inspiration créatrice qui distingue leurs œuvres, le public, qui a foi en M. Disraeli, se
considère comme tenu à découvrir dans cette exhibition celles de ces hautes qualités qu'il est précisé-
ment impossible d'y trouver. Une piètre Académie ne serait pas en elle-même une chose si désastreuse
pour les intérêts de l'art anglais si elle était reconnue telle, et s'il y avait assez de courage et de
discernement critique pour exposer clairement la déplorable étendue de la décadence, et combien
grande est la nécessité d'études sérieuses, persévérantes. Mais lorsque d'un côté nous avons une
corporation d'artistes ornés de certificats à vie de peintres de génie, et que de l'autre ces mêmes
hommes invitent chaque année Princes, Archevêques et Premiers Ministres, pour confirmer cette
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