L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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EXHIBITION OF THE ROYAL ACADEMY OF ARTS. 215

leur permet toutes les audaces, les suit partout où il plaît aux artistes de les conduire, accepte
sans les discuter tous leurs points de vue ; souvent même il récompense cette audace par une faveur
qui ne se dément plus.

Il est certain qu'en France nous parquons nos artistes, à quelque branche de l'art qu'ils
appartiennent, dans la spécialité qu'ils ont d'abord choisie. Il nous en cotite de permettre à
M. Fromentin de renoncer à peindre les mœurs arabes et, quand par hasard, il nous peint des
centaures, il faut que ce soit M. Alexandre Dumas fils qui achète cette fantaisie de l'excellent artiste.
Que M. Luminais essaye de renoncer à ses Bretons, à ses Gaulois et à ses Francs, que M. Daubigny
renonce aux bords de l'Oise, il nous faut au moins quelque temps pour nous familiariser avec cette
idée nouvelle et ce n'est qu'en protestant que nous nous mettons au point de vue. Ici, rien de tout
cela, il faut s'attendre à toutes les surprises, non-seulement celles qui viennent du point de vue, de
l'idée, du sujet; mais encore celles qui viennent de la main, de la facture et du procédé.

Il y a en Angleterre un artiste, bien connu en France et presque populaire dans nos ateliers, John
Everett Millais dont le nom me vient à la pensée en traçant ces lignes. Jeune, célèbre, riche, honoré,
il tente tout, il ose tout, et tout lui réussit; il a ensorcelé le public qui jamais ne proteste contre ses
singularités, ses fantaisies et ses soubresauts. Dans cette exposition d'aujourd'hui il se présente avec
sept toiles, et chacune d'un genre différent. Ici il est paysagiste pur et il s'est mesuré avec un espace
de terrain énorme dont il a amoureusement exécuté les premiers plans; là il a emprunté son sujet à
un poëte national; plus loin il est portraitiste; il passe ainsi de l'histoire à la fantaisie, du portrait au
paysage, du drame à l'élégie, du naturalisme à l'idéalisme ; il fait ce qu'il voit, ce qu'il sent, ce qui
l'agite ou le préoccupe pour l'instant; tout l'intéresse, rien ne le décourage, il voit un tableau dans
tout, et a pour maxime que la nature sait mieux composer que nous, mais qu'il y a un choix à faire
dans les motifs qu'elle nous offre. Les bizarreries qu'un autre repousserait, les effets difficiles ou inat-
tendus qu'il éviterait comme n'étant pas du domaine de l'art, il les réalise sur toile. Grand pêcheur
de saumon, grand chasseur de grouses, le peintre d'histoire d'hier s'arrête aujourd'hui au bord d'un
lac et peint les premiers plans de ses mille roseaux; plus loin il foule la bruyère et il peint la lande avec
ses belles colorations violacées de l'automne; puis le voilà qui passe à Moore, à Byron, à Walter Scott
et vous déconcerte encore à deux pas de là avec quelque beau portrait plein d'audace.

Je ne crains pas de dire qu'en France, avec nos habitudes et notre façon d'être, nous aurions
renoncé depuis longtemps à suivre un tel artiste dans ses incarnations multiples.

Il y a aussi les peintres de la vie intime et les animaliers, très-nombreux, et qui toujours sont sûrs
d'aller droit au cœur des Anglais; les peintres de la mer avec J. C. Hook à leur tête, toute une classe
d'artistes ont planté leurs tentes dans un repli de la falaise abritée, épiant la vie maritime dans toutes
ses manifestations et la traduisant dans toutes ses phases. A Londres, comme partout ailleurs, un
tableau en engendre cent et une personnalité crée immédiatement toute une petite école, à ce point
qu'on doit attentivement regarder la signature d'une toile avant de l'attribuer au créateur du genre.

A côté de cela il surgit tout d'un coup une personnalité bien tranchée qui ne se rattache à rien
et ne puise ses inspirations que dans son cœur, comme ce Frédérick Walker qui vient de mourir et
qui, selon nous, tenait une place à part dans l'École anglaise. Ce Walker était avant tout un homme
de sentiment; qu'il exprimât sa pensée par le pinceau, la sanguine ou le crayon, on sentait en lui une
âme : la main n'existait point et la forme disparaissait devant la profondeur de son sentiment. L'émotion,
c'était là sa force ; comme il était profondément ému lui-même, le spectateur, à son tour, était profon-
dément touché. Il faudra revenir un jour sur cet étonnant artiste mort avant l'âge et dont l'œuvre est
marqué dans l'École par une personnalité très-décidée et un charme mélancolique et tendre, auquel,
malgré le succès décisif des derniers temps, on n'a peut-être pas tout à fait accordé sa place.

Toute la force de l'École ne réside cependant pas dans la peinture; les illustrateurs anglais par
exemple peuvent revendiquer une grande part; il y a dans ce pamphlet permanent, vivant et spirituel
qui s'appelle le Punch tel ou tel dessinateur qu'on doit considérer hardiment comme vin grand artiste,
et de nos jours le Graphie et Ylllustrated London News ont produit des pages dignes d'un musée. Les
noms des artistes auxquels nous faisons allusion sont connus de tous. L'un d'eux, Sir John Gilbert,
associé de l'Académie, a été honoré d'un titre et occupe une belle place dans les arts.

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