L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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L'ART.

tableaux y étaient exposés pêle-mêle, sans méthode, confondus, mal soignés. Les livrets de la peinture
étaient tout à fait insuffisants, les attributions mises souvent avec une légèreté impardonnable. Mais il
faut se rappeler que tous les efforts de la liste civile, à qui appartenait l'administration des Musées,
étaient dirigés sur le Musée de Versailles, étrange création bourgeoise, qui absorbait les fonds et
détournait du Louvre le travail et les soins vigilants. Cependant MM. E. Soulié et Daudet, que le feu
sacré et l'amour du classement soutenaient dans le travail, rassemblaient des notes, faisaient des
fiches d'inventaire et d'ordre, et préparaient, à l'insu même de leur chef, des matériaux qui allaient
permettre d'exécucer de sérieuses entreprises.

L'arrivée de M. Villot fut le signal d'un mouvement inattendu. Cet esprit actif se donna pour
tâche de remanier entièrement tout ce qui appartenait à sa Conservation. Il se mit à l'œuvre avec une
fermeté et une ardeur qui ne se démentirent pas un moment. En peu de temps, en effet, il livra au
public les catalogues des Écoles italienne (1849), Aamande et hollandaise (1852), et française (1855).
Tout le monde a ces livrets entre les mains : il est donc inutile d'en parler longuement. Une seule
remarque doit être faite : c'est que M. Villot a marché bravement au-devant de la critique et que les
erreurs qu'il pouvait craindre de commettre ne l'ont pas arrêté dans son travail. Il a fait bon marché
, de lui-même; car il a eu la pensée juste qu'il fallait, pour le plus grand avantage de tous, publier un
livre dont les fautes seraient signalées, ce qui permettrait de les faire disparaître. A coup sûr il eut
raison, et si quelques esprits taquins lui firent querelle sur des erreurs, en lui reprochant de s'être ainsi
compromis, il donna la meilleure des réponses en publiant coup sur coup des rééditions corrigées.
C'est là, en somme, le vrai moyen de faire de bons catalogues, à moins qu'on ne préfère n'en pas
publier du tout, ce qui se voit. Mais tel fut le succès de ces livrets qu'en 1855 celui de l'École italienne
en était à sa dixième édition, celui de l'Ecole flamande à la cinquième, et que M. Villot dut faire'une
traduction anglaise, afin de satisfaire aux demandes empressées qu'il recevait. En même temps, le
classement par Écoles était opéré dans les salles, et la fièvre de travail qui animait la Conservation de
la peinture gagnait presque toutes les autres Conservations, qui publièrent leurs livrets et remanièrent
les collections. En moins de douze années le Louvre était transformé!

Mais nous touchons à une époque (1860) où tous les services rendus par M. Villot ne trouvèrent
pas grâce pour lui devant l'acte de vandalisme qu'on lui reprocha d'avoir commis en faisant restaurer
le Saint Michel et la galerie des Rubens. Sans rechercher si la responsabilité d'une pareille mesure
remontait plus haut, sans même se demander s'il y avait nécessité de sauver des toiles que les
conservateurs seuls pouvaient savoir en danger, on s'acharna sur M. Villot avec une passion, une
rigueur et une injustice qui l'affectèrent profondément. La presse fut partagée, suivant en cela ses
courants de sympathie politique, bien plus qu'elle n'était véritablement émue d'une entreprise dont elle
n'avait guère de motif pour s'ériger en juge. Parmi ceux qui étaient convaincus sincèrement et en me-
sure de discuter la question, Emile Galichon se porta comme un adversaire implacable et il fit une
campagne sérieuse, mais tout à fait désintéressée, comme la noblesse de son caractère et de ses
erreurs le comportait. Quant à l'Institut, frappé en plein par sa destitution du jury du Salon, il
se dressa tout entier contre l'auteur de la brochure qui avait renversé son autorité et l'avait condamné
à n'être plus que le gardien platonique des traditions de l'art. L'émotion fut extrême et M. le comte
de Nieuwerkerke, oubliant qu'en définitive il était seul responsable de ce qui s'était passé, ne sut pas
défendre son subordonné avec assez d'énergie et d'indépendance. L'Institut exigeait une satisfaction,
et on parlait déjà de remplacer M. Villot par l'illustre M. Robert Fleury.

M. Villot tomba (1861) et on lui offrit comme compensation et pour le remercier de ses services
antérieurs la croix d'officier de la Légion d'honneur (mars 1861), puis le titre et les fonctions, créés
pour lui, de secrétaire général des JVIusées (avril 1861).

Mais la revanche de l'Institut ne fut pas complète. On comprit qu'un peintre s'occuperait plus
de sa peinture que du Musée, que Granet, conservateur avant M. Villot, habitait Aix et ne venait
faire que de rares apparitions à Paris, et c'est M. Frédéric Reiset qui fut appelé à prendre le
poste vacant.

M. Villot, enlevé ainsi aux galeries de peinture, transporte son activité sur un autre point; il
prend la direction du Musée Napoléon III, jusqu'à son installation au Louvre (juillet 1862), et il se
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