L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

Seite: 219
DOI Artikel: DOI Seite: Zitierlink: i
http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/art1875_2/0244
Lizenz: Creative Commons - Namensnennung - Weitergabe unter gleichen Bedingungen Nutzung / Bestellung
0.5
1 cm
facsimile
M. FRÉDÉRIC VILLOT. 219

consacre entièrement à la surveillance administrative des Musées impériaux. En 1867, il reçoit le
titre de vice-président du Conservatoire. C'est dans cette situation que le trouve le mouvement
du 4 septembre. 11 doit à l'Empire la position qu'il occupe ; une amitié étroite le lie à M. de
Nieuwerkerke. Que va-t-il faire ?

Un arrêté de M. Gambetta, en date du 6 septembre, le nomme président du Conservatoire,
et lui adjoint comme vice-président M. Ravaisson, qu'un récent décret de l'Empereur venait de faire
entrer au Louvre comme conservateur des Antiques (7 juillet 1870).

On a beaucoup reproché à M. Villot d'avoir accepté cette haute position et de s'être assis dans le
fauteuil de M. le comte de Nieuwerkerke, son ami. On a regretté qu'il n'ait pas suivi ce dernier dans
sa retraite et imité le bel exemple d'Alfred Arago qui, le soir du 4 septembre, remettait sa démission
entre les mains de tous ses frères et rentrait sans fortune dans la vie privée.

On fait à M. Villot un reproche bien dur; il n'est pas mérité. La hauteur de son caractère l'ëloi-
gnait de commettre une telle bassesse que d'aller quémander de l'avancement à un gouvernement
nouveau, le jour même de la chute de celui de qui il avait tenu ses fonctions. 11 dédaigna de
répondre à une aussi malveillante interprétation des faits, estimant que pas un des vieux serviteurs du
Louvre ne pouvait être soupçonné par d'honnêtes gens d'une pareille platitude. Mais comme toute
calomnie reste, aujourd'hui que M. Villot n'est plus là pour répondre par le dédain et le mépris, qu'il
nous soit permis de conter cette histoire : nous la tenons de sa bouche même, et comme elle est hono-
rable pour tout le monde, on nous saura gré peut-être de mettre une bonne chose à la place d'une
méchante.

Lorsque la révolution fut accomplie et que M. Gambetta fut installé au ministère de l'intérieur,
M. le comte de Nieuwerkerke se rendit immédiatement chez lui pour lui remettre sa démission. L'en-
tretien fut grave et tel qu'il convient entre deux hommes dont l'un est obligé de se retirer et l'autre reste
en face des plus grandes difficultés. M. Gambetta, qui envisageait avec perplexité l'avenir et qui sen-
tait la lourde charge du Louvre, si Paris était assiégé comme il le prévoyait bien, fit part très-franche-
ment de son embarras à M. de Nieuwerkerke et le pria de lui indiquer la personne qu'il croyait la plus
capable de diriger provisoirement la nouvelle administration. Le surintendant lui nomma de suite
M. Villot, et comme M. Gambetta paraissait croire que ce dernier ferait quelque difficulté d'accepter,
M. de Nieuwerkerke s'engagea à intervenir personnellement et promit que M. Villot consentirait,
dans un moment aussi périlleux, à prendre la direction des affaires du Louvre.

11 vit en effet M. Villot et l'envoya le lendemain chez M. Gambetta, avec lequel les premières
mesures furent discutées et arrêtées. Le Conservatoire du Louvre devait continuer ses fonctions sous
la présidence de M. Villot. A ce moment rien de plus n'était changé.

Ainsi tout se borne donc à une entente réfléchie, désintéressée, entre trois hommes fort éloignés
les uns des autres politiquement, mais rapprochés' par une préoccupation commune ; et dans toute
cette affaire, il n'y a que deux faits à noter : c'est la confiance très-honorable de M. Gambetta et le
sacrifice accepté par M. Villot, qui, déjà malade de cette maladie qui le tuera, n'hésite pas à mettre
son devoir de citoyen au-dessus de sa vie.

On sait ce qu'a été le siège, ce qu'a été la période affreuse qui l'a suivi : tout le monde a lu ce
que le Louvre a éprouvé d'angoisses au milieu de ces effroyables tourmentes. Lutte contre la commis-
sion nommée le 4 septembre, mesures de précautions de toutes natures réception des colonnes prus-
siennes au Musée, lutte contre les commissaires de la Commune, rien n'a été épargné à ces hommes de
dévouement et de devoir, contre lesquels on n'avait pas eu honte d'élever une accusation odieuse,
réduite à néant du reste, et qui a été réprouvée par les honnêtes gens qui composaient la commission
chargée de la poursuivre.

On voit d'ici la part d'action réservée à M. Villot dans ce désordre. Présent à tout, ferme et tenace
devant les exigences, patient et habile contre les intrigants, dévoué à toutes les heures, il oubliait les
angoisses de sa maladie pour défendre le dépôt dont il avait reçu la garde, et ce n'est que le 17 mai,

t. N'oublions pas que c'est aux réclamations incessantes de M. Villot qu'on doit les travaux si importants de distribution des eaux
dans toutes les parties du Louvre.
loading ...